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Fabien SANCHEZ : « Dans le spleen et la mémoire » extraits

mai 8, 2017

Gloire aux vaincus

Errant en tristesses voluptueuses
dans les ruines pourpres
d’un monde spolié
comme un calque sur le présent calciné

je joue pour la dernière fois
les rôles d’autrefois
tenus, enfant,
dans le vieux sang.

Ils sont quelques braves,
de par le monde
suspendus aux décors enfuis,
que je saluerai toujours

d’une intelligence triste
car mon cœur est ce pays d’ombres
d’où j’observe en coulisses
l’étendue sombre de l’amical sacrifice.

.

Dire

À Cyril Collard

L’œil se scrute
écrivait Charles Juliet
mais que dire des mains
qui ne savent plus faire l’amour
des poèmes qui ne peuvent plus naître
des pensées qui se blessent sur la feuille
des mots qui saignent
que tu abandonnes
pour livrer au néant
des amis auxquels tu ne peux plus donner ;
vois au compte-goutte
les femmes que tu t’es mis à mépriser
ou trop aimer
que tu n’embrasses plus que par doses
homéopathiques
de l’enfant que tu n’as jamais eu
de la petite fille à laquelle
tu ne raconteras jamais d’histoires
de ta solitude dans les jardins publics
parmi les enfants des autres
et des bus
que tu ne prends plus que seul
de ton père qui n’est plus qu’une photo
des églises où voyant les fidèles
tu te demandes avec Gide
si c’est bien pour ces gens qu’un Christ est mort
que dire de la crucifixion en rose qui à présent te
tombe des mains
de ton vieux manteau vert
que tu ne peux plus voir en peinture
des principes bouddhistes auxquels
tu n’entends plus rien
de même les exercices spirituels de tel père du désert
des mots lumière amour vérité
que tu vomis
du rock’n’roll qui a fini de signifier
de Lou et Iggy à Thunders
de LA Woman à Transformer
même Miles ou Billie
les jours de pluie
sont comme des fruits pourris
et le nom d’Hemingway n’évoque plus la mer salée
les personnages de Carver
ont trop rongé le mauvais os de la vie
que dire ce soir
si ce n’est merci au clochard
qui te rend ton briquet
après que tu lui aies donné du feu
hélant un taxi dans lequel
une fois encore
tu rassembleras tes pensées
qui ressembleront
à ta vie
cette petite fille sans père
dans un jardin public
qui ne te tendra pas la main
car tu as préféré
la vie sans chemin

.Lettre de démission

Le soleil dans l’évier
la poussière dans mes narines
ces veines que le tabac enivre
la fatigue dans mes journées

les heures dures rivées à leurs tâches
moyennant ce salaire
aux relents d’ennui
les dimanches comme des cimetières

la fenêtre où le ciel se porte pâle
dehors la ville
la semaine a eu son métier
la tristesse des bus livides

avec leur goût de cendres
il pleut trop sur ces parages
et le passé se rassemble
frissonnant comme au grand large

je suis lourd de cauchemars et de larcins nocturnes
où quelques jeunes filles de ma mémoire
caressent encore de leurs chevelures
ce cœur sans chagrin.

.

Retouche au dimanche

Le volubilis de mes pensées
au ciel un lointain lamento
jusqu’aux falaises du soir
l’entaille d’un désir de Brésil
dans les futaies des heures en péril.

Mon innocence tremble à la fenêtre.

.
.

disponible ici Dans le spleen et la mémoire

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