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BUKOWSKI, poèmes

mai 18, 2012

JEUNE à NEW ORLEANS

Crever de faim là-bas, faire la tournée des bars,
et à la nuit tombée marcher dans les rues
pendant des heures
la lumière de la lune me semblait toujours artificielle
et peut-être qu’elle l’était
et dans le quartier français je regardais
les chevaux et les buggys qui passaient,
plus sur l auteur?tous étaient assis en hauteur dans les carrioles ouvertes
le conducteur noir, et,
à l’arrière l’homme et la femme,
jeunes en général et toujours blancs
Et j’étais toujours blanc
et difficilement séduit par le monde
La Nouvelle Orléans c’était pour se cacher
je pouvais foutre ma vie en l’air
on me foutait la paix
A part les rats
les rats dans ma petite chambre sombre
qu’ils n’appréciaient pas du tout de devoir partager
avec moi
Ils étaient gros et n’avaient peur de rien
et ils me fixaient avec des yeux
qui me vouaient
une mort
implacable

.
.

une des plus belles lignes de Lorca :
‘’l’agonie, l’agonie
toujours’’
pense à cela quand tu tues un cafard
ou que tu prends un rasoir pour
te raser

ou le matin quand tu t’éveilles
pour
faire face au
soleil

.
.

L’hiver sur mon

plafond mes yeux gros comme des réverbères.
J’ai quatre pattes comme une souris mais
je lave mes propres sous-vêtements à barbe j’ai
la gaule, la gueule de bois et pas d’avocat.
J’ai la tête en gant de toilette. Je chante
des chansons d’amour et je soulève de l’acier.
Je préfèrerais mourir que de pleurer. Je ne peux pas
blairer les cabots je ne peux pas vivre sans eux.
Je colle ma tête au réfrigérateur blanc
et j’ai envie de pousser un cri comme
on pleure les dernières larmes de sa vie, à jamais mais
je suis plus grand que les montagnes.

.
.

IL Y A UN ROSSIGNOL…

Il y a un rossignol bleu dans mon cœur
qui veut sortir
mais je suis trop fort pour lui
je lui dis
reste là
je ne laisserai personne
te voir

Il y a un rossignol bleu dans mon cœur
qui veut sortir
mais je l’arrose de whisky
et de fumée de cigarettes
et les putes, les patrons de bar
et les épiciers
ne sauront jamais qu’il
est là

Il y a un rossignol bleu dans mon cœur
qui veut sortir
mais je suis trop fort pour lui
je lui dis reste tranquille, qu’est-ce que tu veux, foutre le bordel
en moi
tu veux foutre en l’air mon travail ?
tu veux bousiller mes ventes de livres en Europe ?

Il y a un rossignol bleu dans mon cœur
qui veut sortir
mais je suis trop intelligent, je ne le laisse dehors
que certaines nuits
à l’heure où tout le monde dort
je lui dis, je sais que tu es là,
alors ne sois pas si
triste

et puis je le fais rentrer
mais il chante encore un peu
à l’intérieur ; je ne laisse presque pas
mourir
et on dort ensemble comme
ça
avec notre
pacte secret
et c’est assez agréable de
faire pleurer un homme, mais moi
je ne pleure pas
et toi ?

.
.

Traduction S. Druet
© Linda Bukowski
Black Sparrow Press

.
.

TROP

Brawdley était un brave type
aussi normal qu’une bouillotte
puis il
a pris des kilomètres au compteur
et commencé à avoir peur de
veillir

à enfourner des vitamines comme des
cacahuètes

quand j’ai été le voir
chez lui c’était plein de
fonte

il soulevait de la fonte

et
à chacune de mes visites
je remarquais qu’il
devenait
plus gros et plus
bleu :

une masse
métallique

ses yeux lui
rentraient
dans le
front

son sourire se
tordait
comme
un
élastique

il huilait son
corps
et se regardait dans
les
glaces

je ne savais plus
qui il
était

il soulevait
soulevait et
soulevait

et se regardait
se regardait et
se regardait

il m’a dit :
tu devrais
t’y mettre, c’est
comme une
renaissance.

à un de ces jours
je lui ai
dit.

maintenant quand on me
demande : tu as vu
Brawdley
recemment ?

je réponds :
pas vraiment

et on passe
à des sujets
plus intéressants

comme
le Nucléaire
l’Hiver.

.
.

vies de merde

le vent souffle fort ce soir
un vent glacial
et je pense aux
copains à la rue.
j’espère que quelques-uns ont une bouteille
de rouge.

c’est quand on est à la rue
qu’on remarque que
tout
est propriété de quelqu’un
et qu’il y a des serrures sur
tout.
c’est comme ça qu’une démocratie
fonctionne :
on prend ce qu’on peut,
on essaie de le garder
et d’ajouter d’autres biens
si possible.

c’est comme ça qu’une dictature
aussi fonctionne
seulement elle a soit asservi soit
détuit ses
rebuts.

nous on se contente d’oublier
les nôtres.
dans les deux cas
le vent
est fort
et glacial.

.
.

La cause et l’effet

les meilleurs meurent souvent de leur propre main
juste pour se libérer
et ceux qui restent
ne comprennent jamais vraiment
pourquoi
on voudrait
se libérer
d’eux

Charles Bukowski, poème extrait du recueil Le ragoût du septuagénaire (1990) / Éditions Grasset et Livres de Poche / Traduction de Michel Lederer..

.
.

LA FILLE DEHORS AU N°I DE STRAWBERRY PATCH

II est une heure et demie
lundi
30 degrés en novembre
sur Western Avenue.
Une fille apparaît sous un porche
et reste là à regarder.
Une femme plus âgée sort et s’appuie
au montant de la porte.
La fille a tout juste vingt ans.
Une minirobe rouge
boutonnée par devant. Des collants
et des chaussons orange.
On a l’impression qu’elle
vient à peine de se réveiller.
Un grand sourire éclaire son visage.
Elle esquisse un pas de danse en souriant.
Elle est pâle. Elle est blonde.
Tout à coup elle fait signe à quelqu’un qui passe
en voiture.
La vie est intéressante.
Elle est jeune.
C’est une fille.
Elle danse encore une fois. Elle fait signe. Elle
sourit.
Tout ça est bien agréable à une heure et demie
l’après-midi quand il fait 30 degrés.
Elle veut de l’argent.
Elle fait signe. Elle danse.
Elle sourit.
La vieille femme s’ennuie et retourne
à l’intérieur.
Je démarre ma voiture dans le parking de l’autre côté de la
rue.
Je pars vers l’ouest, vers Oakwood et je perds la fille
de vue.
Je pense, c’est tellement bizarre,
on a tous besoin d’argent.
Puis j’allume la radio et j’essaie
d’oublier ça.

.
.

Un cheval avec des yeux gris bleu

ce que vous voyez est ce que vous voyez :
les maisons de fou sont rarement
des maisons de verre.

que nous marchions encore
que nous continuions à nous gratter et à
allumer une cigarette

tient plus du miracle

que les bathing beauties
que les roses et les papillons.

rester assis dans une pièce minuscule
et boire une bière
et rouler une cigarette
en écoutant du Brahms
sur un petit transistor rouge

c’est comme d’être revenu
sain et sauf
d’une douzaine de guerres

en écoutant le bruit
du frigo

alors que pourrissent les bathing beauties
et que disparaissent
oranges et pommes.

Charles Bukowski in L’amour est un chien de l’enfer


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