Skip to content

Fabien Sanchez, choix de textes

août 9, 2015

La vieille école

.
Le bruit des écoles,
ces prisons dorées de ma vie
quand j’allais libre,
parmi les enclos
où les héros
et la solitude
apprenaient à se connaître.

Cours et préaux,
à l’abri de ceux
que frôle l’oubli.
Lieux fleuris des chansons dures
où transhumaient
les effluves
de ce qui n’est plus.
Cendres aux parfums secs des garrigues.

J’escalade cette nuit
le mur de mon ancien collège.
Cour déserte,
école buissonnière

de ma vie d’homme,
silence de mes amis évanouis.

Sur un banc de granit
je m’endors
lourd, blessé,
à l’abri
de leurs regards.

Cours et préaux, la nuit,
sont des cimetières
où n’entre pas le fracas
du monde.
Si bien que l’éternité existe
enfin,
comme ça,
pour rien.

Le chemin des écoliers est le seul
que j’aie jamais pris.

.

Trois décennies

Au bord du canal,
sur un banc,
dans le soir d’un mois d’août
gris de pluie,
un livre de Seamus Heaney dans ma veste.
Un poète encore
pour les moments où tout craque et lasse et blesse.
J’en suis toujours au même point.
Cardinal.
À Paris, Barcelone, ou la garrigue du temps jadis.
Une lointaine lueur dans le présent décline.
Je crève d’enfance.

Dans l’empreinte de cette vie
prise au sillage des rêves
et des vérités révélées ou apprises,
d’orient ou d’occident,
je ne retiens que la fatigue
quand je chutais au fond de moi
pour devenir cette mémoire
à mon corps défendu.

.

Sorry for the dust

La poussière jonche mon pas
sur la route du temps
où repose l’évanoui.

Toute ma vie
j’ai vécu
en diagonale

– ma vie d’homme seulement.

Avant cela
j’étais clair et limpide.

Mon sang eau de roche
n’avait pas peur

de travailler mon cœur.

.

Postcard

Les lueurs du jour pointent
leurs langues agiles
à travers les persiennes
de ma fatigue.

La chambre du motel
qu’éclaire le feu
de tes lettres,
comme une vieille légende,
me fige
entre quatre murs
de papier beige.

Ton corps dans mon crâne cercueil
m’entraîne dans
une danse de mort.

Rouge poussière.

Un vent fou mugit dehors.

Je laisse s’échapper
cette âme damnée
qui persifle aux lieux déserts
et roule sur Wilshire Boulevard,
le long des palmiers
de Bundy Drive.

Aucune délivrance
dans le kilométrage.

Le soleil lacéré de nuages
traverse plus sûrement
le ciel américain en fuite
que je ne le fis
sur mon territoire hors sol.

La folle échappée
n’est pas encore finie :
assis dans le siège défoncé
d’une Lincoln
j’envoie Daisy
acheter de quoi grignoter
pendant que je mets
de la monnaie de singe
dans un juke invisible,

écartelé
entre deux continents.

Sur les palmiers de Bundy Drive,
un ciel en fuite
vole ton image.

.

Ensemble

Je vais comme une ombre
sous le soleil.
L’enfance me suit à la trace
qui lève le doigt.

Elle est cette ombre au tableau
sous la lumière de craie
des origines.

Je ne l’interroge pas.

Je ne lui demande pas
qui d’elle ou de moi

un jour

s’effacera.

.

Paris

Enfin bourgeonnent les arbres,
la morsure du soleil
engourdit la rue
comme aux villes chanceuses.

Le café brûle au fond
des tasses et des palais,
les caniveaux ruissellent
d’eaux saumâtres
où se lavent de vieux oiseaux.

L’accent des voix diffère
dans les jardins de misère
où le jeune orient hisse les couleurs.

Des rescapés chantent
pour nous
en de lointaines contrées
où la blessure du ciel
écoule sa beauté.
Car sous le poids des nuages
nous sommes les damnés
qui ne travaillons
pas la terre.

Minuit,
longeant la Seine,

je pense à Javert.

.

Lou Reed

Je me lève et coupe le son de la chaîne.
Je préfère écouter la pluie,
plutôt que les propos
de Caroline, Candy,
Lisa ou Stéphanie.
Je regarde la pochette d’un de tes disques,
comme une vieille photo de lycée.

Berlin.

Les cuites légendaires,
le visage de Marie.
Le claquement de métal de son Zippo,
le sang de ses lèvres,
la volupté poudreuse.

L’ange,
cet homme résigné,
infiltré dans les brumes de l’alcool,
est mon gardien paresseux.

Il me protège
de la joie consommée
par l’ancienne misère
d’un noir delta,
quand Vénus me saignait
aux quatre veines.

Il est trop tard,
en ces temps de malheur,
pour briser d’autres miroirs.

.

Ces poèmes sont extraits de « J’ai glissé sur le monde avec effort » publié aux Editions La Dragonne
..
41EZRFn1WsL._SX355_BO1,204,203,200_

Bibliographie de Fabien Sanchez

Chérie, nous allons gagner ce soir. Nouvelles 2006 éditions La Dragonne
Ceux qui ne sont pas en mer. Nouvelles ­ 2009 éditions La Dragonne
J’ai glissé sur le monde avec effort. Poèmes, 2012 éditions la Dragonne
Le sourire des évadés. Roman, 2014 éditions la dragonne

Le blog de Fabien Sanchez http://sanchezwrting.blogspot.fr/


.

Publicités
No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :