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Zéno Bianu, poèmes

juin 11, 2012


même sombre même nocturne

ma musique vient du jour

elle est un hommage

à la lumière du jour

le jour en révèle

tous les pigments

je tombe dans le jour et je vois

le reflet tremblant des lampions

dans les flaques de néant

* * *

je descends voir

ce que les autres ne voient pas

tombé abandonné basculé cassé chu

défailli descendu

dévalé effondré

renversé abattu abîmé accompli envolé

éteint déposé succombé trébuché versé

jamais jamais

je ne serai

un objet de plus dans le monde

* * *

je joue au bord du silence

chaque note a sa pesanteur

son apesanteur particulière

je ne bavarde jamais

je n’aime pas le brio

le brio c’est toujours l’égo

et ses vieilles lunes

je préfère jouer vers autrui vers l’autre

tendre sereinement mon coeur

oui ma musique s’envole vers autrui

c’est un art de l’envol quoi d’autre

* * *

je tombe

mais je monte comme un ange

je descends

jusqu’au fond du ciel

je ne sens

aucune douleur

aucune

la vie est vivante

si vivante

Chet Baker (déploration) / préface d’Yves Buin.

– Le Castor Astral, 2008. – 113 p.

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CREDO [EXTRAIT]

je crois à l’opacité solitaire
au pur instant de la nuit noire
pour rencontrer sa vraie blessure
pour écouter sa vraie morsure

je crois à ces chemins
où le corps avance dans l’esprit
où l’on surprend
le bruit de fond des univers
par ces yeux
que la nuit
a pleurés en nous
par ces yeux que la vie
a lavés en nous

je crois comme Trakl
qu’il faut habiter la lumière
par un long questionnement
sans réponse

je crois à Zoran Music
dessinant ses fagots de cadavres
sur de mauvais papiers
trouvant encore la vie
au fond du désarticulé
au fond de l’incarné
au fond de l’éprouvé
exorciste
vertical

je crois aux cassures
de fièvre
aux sursauts de nuit
aux césures de nerf

je crois
qu’il faut prendre appui
sur le vent
s’agenouiller en mer
et se vouer
à l’infini

Zéno Bianu, Infiniment proche (poème), Éditions Gallimard,
Collection L’arbalète, 2000, pp. 122-123-124.
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L’INÉPUISABLE

à Jacques Lacarrière
i.m.

Sans jamais me résoudre
à combler un désert
ni me rassasier de mourir

Maria Ángela Alvim

Voyez
écoutez
c’est un tournoiement sans fin
dans cette mort
rien de triste
disait Van Gogh à son frère Théo
avant d’entrer dans la nuit
avec ses doigts de vision
dans cette mort
juste
la traversée du souffle

Voyez
écoutez
c’est un murmure multiple
des secrets endormis
surgissent
comme une danse de lucioles
on entend
la vraie chair de la parole
on entend soudain
la brèche qui nous saisit

Voyez
écoutez
c’est la voix de la voix
cette peau sonore
dont parle René Daumal en funambule
cette peau
ouverte au fond du cœur
au bord de la vie
cette peau
que nous pouvons enfin revêtir
pour de bon

[…]

Voyez
écoutez
Icare aux bras cassés
n’en finit pas
de voler
il écrit dans le ciel
à haute voix
que nous sommes les vrais dieux
les seules étoiles
sous la voûte du cirque

[…]

Zéno Bianu, Le Désespoir n’existe pas, Gallimard, 2010, pp. 41 à 44
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DU PLUS LOIN…

du plus loin des voix éteintes
les étoiles à nu
blanches de langues

en amont du sans-fin
qui creuse les tempes

un devenu-ciel anéanti
comme on agrippe sa naissance

Zéno Bianu, Fatigue de la lumière, Granit, 1991, page 13.
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« Poudre d’infini » de Zéno Bianu, poème issu de « La troisième rive » lu par Elsa Lepoivre

.
Une biographie de Zéno Bianu


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