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Daisy Mercier

mai 2, 2017

Sans ailes.

Ce qu’il y a avec ces longues histoires, c’est qu’elles vous brisent et vous font parler de manière énigmatique et décousue pour qui vous découvre. Demeurent bien souvent l’incompréhension et l’impression d’être définitivement devenue marginale.
Après les mails diarrhéiques d’explications, vomitifs de demandes à l’aide vient le silence. Le souffle coupé. L’insupportable, le suffoquant qui désensibilise et qui font que les mots se meurent. C’est peut-être la solution, ne plus ressentir. Mais c’est synonyme de mort. J’avais choisi de vivre depuis longtemps.
Alors revient la syllabe puis le mot sur certains maux. Mais ce n’est plus pareil, ça ne le sera jamais plus. On a appris. On a grandi.

*

Le vol.
C’est mercredi matin, le jour des enfants. Elle se réveille. Envolé l’œil de biche affolée, envolé le regard vitreux dans le vague sous neuroleptique et depuis un moment déjà. Des signes d’appel m’avait-on dit.
Elle a piscine, elle est contente, elle n’a plus peur de se déshabiller. L’après-midi, elle suit les cours du conservatoire. Elle apprend la musique et elle danse. Elle est encore avec ses frères, ses compagnons de jeux et de galère.
C’est ce qui devait se passer.
Ce fut le dernier matin avant longtemps.
Ça commence comme ça.
Ces enfants-là quand ils parlent, les sourds les écoutent sans les entendre et sans les comprendre. Ces enfants-là sont mûrs. Ils ont subi des sévices. Ce sont mes enfants et je ne le veux pas.
Il paraît que les anges n’aiment pas devenir grand. Alors ils grandissent quand même, mais sans ailes.
C’est ce que le juge avait ordonné ce matin-là qu’elle devait grandir sans ailes et surtout sans nous.
Si j’avais su je l’aurais embrassé autrement.

Elle avait piscine et les yeux rouges. Elle a pleuré.
C’était le chlore ou la police. Elle venait de boire la tasse, une lame de fond. Encore, elle m’appelait. Ses petits bras m’ont serré très fort la taille pendant que je levais mon regard au ciel.
J’ai dû être forte, encore. J’étais condamnée, poursuivie et nous avions tort aux yeux de tous.
Elle adore jouer aux échecs. Nous avions perdu cette partie. Le Roi avait évincé la Dame et elle devenait un pion. J’avais juste répondu à son appel à l’aide. J’avais signé sans le savoir notre décomposition en l’accompagnant dans ce que les spécialistes appellent le processus de dénonciation.
Cette salle de classe était devenue celle des adieux imposés.
Il est déjà midi, l’heure à laquelle les instits rentrent chez eux.
Elle ne reverra pas chez elle avant longtemps. Elle est maintenant avec lui. A moi de repartir avec le frère qu’il me reste pour aller rejoindre l’autre et expliquer pourquoi ils n’ont pas eu de « au revoir » avec leur sœur.

Je n’ai pas réussi à mettre la table sans son assiette. J’ai continué à acheter les gâteaux par trois. Je l’ai attendu quelques fois après la classe avant de m’apercevoir qu’elle n’y était plus.
Aujourd’hui, je fige, je capte. Il parait que les images sont belles.
Pour moi, peu importe, elles freinent chaque instant sans elle.
L’arrêt sur image permet à ce sale temps de suspendre son vol d’enfant.
J’avais choisi de dormir en ne fermant pas les yeux sur ce que j’avais vu d’horreur, d’intolérable. Je ne me suis pas détournée. J’avais ainsi échappé à une condamnation à perpétuité par ma conscience mais pas à celle des hommes. Après tout six mois ferme, c’est quoi dans une vie fragmentée.

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