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Dimitri T. Analis, Hommes de l’autre rive

mai 16, 2012


(Extraits)

Avec le vent bruissant au loin sur la mer

Et les eaux glauques aux courants profonds

Leur regard se creuse d’un vide qui se répand

Jusqu’à l’horizon, aux limites de la lumière.

Dans le ciel assombri s’ouvre une brèche

Et la clarté s’immobilise aux confins du jour

Ce qui pourrait changer c’est le regard.

Parmi les dunes de sable, au-delà du rivage,

Les mêmes visages ont toujours fait naufrage

– Tous les absents et tous les morts, réfraction –

Car entre eux et nous sombre la mémoire.

Et toutes ces eaux qui coulent aveuglantes

Ajoutent à leur désarroi et le vent murmure

Qu’ils ne sont que prétextes pour le temps.

Ils se rapprochent, ils sont là, ou bien

Est-ce la providence qui se joue d’eux

Ou de nous ? Cependant leurs formes avancent

Mais ils refusent de n’être que mirage, apparence,

Le reflet d’une image, une rêverie, une figure

Dans le vide ou une représentation, ils désirent

Éloigner toute chimère ou rêve, toute illusion

Ils cherchent peut-être une caresse, un sourire.

Ils ne quitteront pas cette grève L’autre rive,

La nôtre, n’est pas pour eux, et nous

Nous ne passerons jamais cette mer.

L’autre rive est leur lot, ici notre destin.

S’ils flottent, bougent, ondoient, c’est

Qu’ils sont fidèles à leur mouvement

Ils ne questionnent ni ne répondent.

Ce qui a changé c’est notre regard.

Ils sont langage inaltérable, intact, entier.


Inchangés ils réapparaissent à travers le temps,

Inaltérables, la mort ne peut rien contre ceux

Dont le regard a défié les dieux.

Ils reviennent au bord du rivage

Dans la même chaleur moite et douce

Des reflets matinaux, ils se savent libres

Car ils ne vivent pas dans la vraie solitude.

Ils ont des compagnons de par le monde

Et ils attendent l’éclaircie qui rendra

Leur regard, leur visage, à jamais transparents.

S’ils restent debout droits sur eux-mêmes

S’ils ne se reposent jamais, c’est surtout

Pour être battus par de hauts vents

Là où un orage lumineux resplendit.

Nous sommes les hommes de l’autre rive

Enfermés dans notre propre miroir

Le sable du temps coule à travers nos doigts

Nous n’avons pas voulu céder aux rêves

Pourtant notre coeur leur était acquis.

La rancune des fées, le dégoût des anges,

Le ciel à jamais fermé, nous ont allaités

Nous avons craché le sein maternel,

Rescapés nous ne sommes pas les derniers.

Nous vivons au crépuscule des terres

Notre fin est notre but, toute naissance

A été maudite, nous sommes les absents

Du désir de la mère, morts-nés d’une image

Et les mains qui nous ont caressés, vides.

© Obsidiane – Dimitri T. ANALIS

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