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Pablo Neruda, poèmes

octobre 5, 2012


Madrid 1936

.
Madrid seule et solennelle, Juillet t’avait surprise avec ton allégresse
de ruche pauvre: claire était ta rue,
clair était ton rêve.

Un hoquet noir
des généraux, une vague
de soutanes rageuses
rompit entre tes genoux
ses eaux fangeuses et ses fleuves de crachat.

Les yeux encore tout meurtris de sommeil,
avec escopette et des pierres, Madrid, récemment blessée,
tu te défendis. Tu courais
dans les rues
sillonnant de ton sang sacré,
rassemblant et appelant d’une voix d’océan,
avec le visage changé à jamais
par la lueur du sang, comme une vengeresse
montagne, comme une sifflante
étoile de couteaux.

Quand dans les ténébreuses casernes, quand dans les sacristies
de la trahison entra ton épée flamboyante,
il n’y eut qu’un long silence d’aurore, il n’y eut
que tes pas des drapeaux,
et une honorable goutte de sang dans ton sourire.
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Il meurt lentement

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Il meurt lentement
celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver
grâce à ses yeux.
Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.
Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l’habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu
Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d’émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les coeurs blessés
Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu’il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n’a fui les conseils sensés.
Vis maintenant!
Risque-toi aujourd’hui!
Agis tout de suite!
Ne te laisse pas mourir lentement!
Ne te prive pas d’être heureux!
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PÈRE DU CHILI

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Recabarren, fils du Chili,
père du Chili, notre père,
dans ta construction, dans ta ligne
forgée par terres et souffrances,
naît la force des jours futurs
qui marqueront notre victoire.

Tu es la patrie: la pampa, le peuple,
le sable, l’argile, l’école, la maison,
la résurrection, le poing, l’offensive,
l’ordre, le défilé, l’assaut, le blé,
la lutte, la grandeur, la résistance.

Recabarren, sous ton regard
nous jurons de nettoyer les blessures
de notre patrie mutilée.

Nous jurons que la liberté
et sa fleur nue se dresseront
sur le sable déshonoré.

Nous jurons de suivre ta route
jusqu’à la victoire du peuple.
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Si tu m’oublies

Si tu m’oublsies
je veux que tu saches
une chose.

Tu sais ce qu’il en est:
si je regarde
la lune de cristal, la branche rouge
du lent automne de ma fenêtre,
si je touche
près du feu
la cendre impalpable
ou le corps ridé du bois,
tout me mène à toi,
comme si tout ce qui existe,
les arômes, la lumière, les métaux,
étaient de petits bateaux qui naviguent
vers ces îles à toi qui m’attendent.

Cependant,
si peu à peu tu cesses de m’aimer
je cesserai de t’aimer peu à peu.

Si soudain
tu m’oublies
ne me cherche pas,
puisque je t’aurai aussitôt oubliée.

Si tu crois long et fou
le vent de drapeaux
qui traversent ma vie
et tu décides
de me laisser au bord
du coeur où j’ai mes racines,
pense
que ce jour-là,
à cette même heure,
je lèverai les bras
et mes racines sortiront
chercher une autre terre.

Mais
si tous les jours
à chaque heure
tu sens que tu m’es destinée
avec une implacable douceur.
Si tous les jours monte
une fleur à tes lèvres me chercher,
ô mon amour, ô mienne,
en moi tout ce feu se répète,
en moi rien ne s’éteint ni s’oublie,
mon amour se nourrit de ton amour, ma belle,
et durant ta vie il sera entre tes bras
sans s’échapper des miens.

Traduction de Ricard Ripoll i Villanueva
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Angela Adonica

Aujourd’hui je me suis couché près d’une jeune pure
comme au bord d’un océan blanc,
comme au centre d’une étoile ardente
d’espace lent.

De son regard longuement vert
la lumière tombait comme une eau sèche,
en de transparents et profonds cercles
de fraîche force.

Sa poitrine comme un feu de deux flammes
brûlait en deux hautes zones,
et en un double fleuve atteignait ses pieds,
grands et clairs.

Un climat d’or mûrissait à peine
les longitudes diurnes de son corps
le remplissant de fruits étendus
et de feu caché.
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Au Salvador, la mort

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Au Salvador rôde encore la mort

Le sang des paysans disparus

n’a pas séché, le temps ne le sèche pas,

la pluie ne l’efface pas sur les chemins.

les mitraillés furent au nombre de quinze mille.

Martínez s’appelait l’assassin.

Depuis ce temps-là prit un goût de sang

au Salvador la terre, le pain et le vin.
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J’aime la mansuétude

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J’aime la mansuétude et lorsque j’entre
sur le seuil d’une solitude
j’ouvre les yeux et les remplis
de la douceur de sa paix.

J’aime la mansuétude par-dessus toutes
les choses de ce monde.

Je trouve dans la quiétude des choses
un chant immense et muet.
Et tournant les yeux vers le ciel
je trouve dans les tremblements des nuages,
dans l’oiseau qui passe et le vent
la grande douceur de la mansuétude.
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Fusions

Après tout je t’aimerai
Comme si c’était toujours avant
Comme si à force d’attendre
Sans te voir sans que tu viennes
Tu étais éternellement
En train de respirer près de moi.

Près de moi avec tes habitudes
Avec ta couleur et ta guitare
Comme sont ensemble les pays
Dans les leçons de l’école
Et deux contrées se confondent
Et il y a un fleuve près d’un fleuve
Et deux volcans s’élèvent ensemble.

Près de toi c’est près de moi
Et loin de tout est ton absence
Et la lune est couleur d’argile
Dans la nuit du tremblement
Quand dans la terreur de la terre
S’assemblent les racines
Et l’on entend tinter le silence
Avec le son de l’épouvante.
La peur est aussi un chemin.
Et entre ses pierres effrayantes
La tendresse peut marcher
à quatre pieds et quatre lèvres.

Car sans s’éloigner du présent
Qui est une bague délicate
Nous touchons le sable d’hier
Et dans la mer l’amour évoque
Une fureur incessante.

Pablo Neruda (extrait de Le coeur jaune)
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Un excellent site sur Pablo Neruda ICI


One Comment leave one →
  1. octobre 7, 2012 7:50

    sur le ciel des nuages blancs si bleu du ciel bleu
    par Patrick Aspe,
    faire comme si rien n’était
    faire un silence
    sur le ciel des nuages blancs
    si bleu
    du ciel bleu
    blanc
    effacer les traces des cendres
    des mémoires
    laisser aller le vent
    soufflant
    les grands navires blancs
    dans le port
    rouges verts
    étrangers
    la danse des tangos flous
    bercent les images
    les images troubles
    femmes filles
    dans les lèvres des cœurs
    comme le sang des cerises sauvages
    les livres sans dessus dessous
    le bureau renversé
    les portes arrachées
    il y va des hommes à côté de ceux qui restent
    d’autres comme des oiseaux migrateurs
    sur les collines
    sur les rochers
    les sables noirs des fugues

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