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Cédric Merland : Choix de textes

juin 23, 2017

peut-être l’océan
après tout
les heures perdues dans
l’absence de soi
le regard inachevé

***

comme des heures incomplètes
se joindre aux images
aux parfums
à tous les visages croisés
retrouver
son enfance
peut-être

***

dans la rue des heures
plus tard
malgré le soleil le silence
se perdre et aimer
toutes ces choses
qui ne durent pas

***

bien sûr son visage
dans le miroir
le feu de la cigarette
qu’elle porte à ses
lèvres

retourner au silence

***

à ses heures perdues
il lui arrive de
prendre le train
jusqu’à l’océan
échapper au silence
sourire
un peu

Cédric Merland, extraits de À ses heures perdues (manuscrit en cours)

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Jean Leznod : « Choix de textes »

juin 6, 2017


L’aveugle

Il n’existe plus le temps
Lorsque la pluie grise s’arrête
S’entêtent
Les mauvais jours opaques
L’aveugle
Avance à peine
Tate le sol de sa canne
Blanche ensevelie de noir
De la vue vaine essaime
Une nuée de goutes en déroute
Des trombes d’eau
Et le brouillard
Tapissent le trouble soir

*
*


L’affiche

Dans leurs lignes
Taille fine
Souffle élancé
Amourachés

Des signes gambadent
Sur un mur
Et murmurent
Une ballade

De troubadour
Qui laboure
Le champ de vie
Le trait de poésie

Voilà l’affiche
Qu’elle en jette
Fichtre biche
Guillerette

*
*


Deux poèmes à Paul Eluard



Dos à dos ils s’ignorent
Comme le jour et la nuit
La douleur des caresses
L’ivresse langueur

Un à un ils font deux
Comme la nuit et le jour
Se dispersent tour à tour
Les songes éveillés d’éther

Un à trois, ils se cachent
S’étiolent le soleil et la lune
À l’orée du bois maigre
Comme le jour et la nuit



Ils s’aimaient tel fruit mur
Salive sur les lèvres
Murmure le soleil
Peau d’ambre irisée

Ils rêvaient de voyages
Corps à corps de sueur
Au goût âcre de marin
Aux nuits sans lendemain

Ils s’accrochaient à la rampe
Qui mène le pied au sommet
Au ciel et aux cœurs fatras
Un antre de draps de soie

*
*


La terre

La terre
Encrasse ses ongles
Noirs et sales
Depuis toujours
Elle courbe l’échine
Quémandant nourriture,
Un don, un dernier regard
Mais personne n’ose…
La voir

La bêcheuse
Sans relâche
Pourtant en sa demeure
À l’abri du cimetière
Arrosera les fleurs
De nos tombes

*
*


Le vent

Le vent
Avec ses grands bras
Mouline à tout va
Ses bourrasques
Ivre, de cavalcades en bousculades
Je le bois à grandes dents, ardemment
Un marin assoiffé qui engloutit sec sa cruche
Fier, debout sur le plus haut des rochers
En bourlingueur éméché
Je m’apprête à danser
Telles les mouettes tourbillonnent
Avec frasque
Et je m’en vais de ce pas voler

*
*


Le feu

Le feu
Brûle son âme
Rouge à la folie
Crépite sa raison
De fougue déraison
Il consume tout
En fumée, s’en est parti
Sombre et si épais
Ce qu’elle avait aimé

Mais les coups
Qu’il assénait
À son cœur de damnée
Sempiternels sont restés
Des braises exacerbées

*
*


L’eau

L’eau
Sur les mains
Roule
Tisse drôles de desseins
À la fontaine
Où l’on boit dans le creux
Quand en dessous la pierre reflète
Un imparfait, un flou destin
Le visage crispé d’une brute
Qui rêve pourtant d’humain
L’eau picote
Les doigts s’allongent
Dans le bassin plongeant
La peau s’ouvre au courant
Et la difforme bête
Au limpide
Touché du pur
Retrouve son âme d’esthète

*
*

Mario URBANET « Couleurs Noir » Extraits

juin 6, 2017


chacun sa route

le crocodile
en forme de cercueil
glisse au fil d’une eau trouble
gondole convoyant un défunt inconnu
exode post mortem
croisière vers une vie rêvée
sous le vol planant des barbuzards

sur le fleuve de bitume ou de poussière
innombrables
l’un courant après l’autre
par paires ou seuls
les pieds
parcourent le destin africain

des existences progressent en noir et gris
d’une vignettes de bédé à une autre

ainsi cheminent
les révoltes intérieures de vies subies
en un concert de voix tues
qui font des pieds et des mains
pour laisser entendre
leur besoin vital non satisfait

s’en fout le président
dans son Palais blanc si blanc
et quand il en sort
à l’abris de vitres noires
dans sa limousine noire si noire

des gendarmes en tenue léopard
paradent tels des matamores
ici comme partout
le poids des barrettes sur les épaules
rend rigide la gent militaire

les chevaux des taxis hipomobiles
lèchent les lunettes arrières des automobiles
des chèvres en procession
traversent au péril de leurs cornes
elles seront en retard à la messe
des bébés circulent à dos de mères

dans une cour d’école
aux limites immatérielles
des enfants aux blouses vertes
courent en tous sens
après leur présent

de frêles adolescents
marqués de taches bleues
traînent ces signes du passage rituel
de l’enfant à l’adulte

sur la mer lagune
des pirogues s’allongent sur l’horizon
figurines noires
sur l’orangé du couchant

un vieillard
repose ses mains usées
sur le bâton passé derrière sa nuque
parti à l’aube vers son destin

des femmes longilignes
ayant tiré la corde au puits
portent comme de majestueuses coiffes
des outres pleines

la sueur nécessaire pour tirer l’eau
ou pour tourner un robinet
l’eau n’a pas le même goût partout
il faudrait prendre le temps de dessiner chaque arbre
pour comprendre la nature
et l’apprécier

la vie ordinaire
tue l’offrande faite au ciel

*
*


noire attitude

elle est terrible et froide la main nue
qui se tend
dans les rues de Dakar

le soleil indifférent attise la soif
brûle le corps
endort la vindicte
les doigts interrogent
les yeux sans vis-à-vis renoncent
l’abstinence du regard devient
habitude

la vie tient exactement
dans une boite de conserve

chaque matin questionne
quand finira l’avenir ?
la réponse viendra
dans la langueur des heures
ventre vide
regard vide
sébile vide
lassitude

quelques pièces tintent
qui sifflent la prolongation
comme l’arbitre au foot
l’avenir sera nourri un jour de plus
Dieu est grand

la misère recule d’une escarbille
venue du monde pourvu

le mendiant de couleur n’a pas de couleur
sa joue est creuse
comme la dent qui creuse la tombe
des mangeurs
dans les réserves pour blancs

la poussière des rues
habille les cœurs de néant

*
*

la kora mandingue

écoute la corde qui vibre
unique
sa mélopée grave obéit au doigt
et à la voix de l’homme
en modulations rauques
c’est la plainte des ancêtres
bannis de leur condition d’homme
extirpés de cette terre
pour mourir en mer
ou servir de biens mobiliers
en application du code noir

griots et sorciers furent inopérants
autant que les grigris
bagues amulettes et ceintures chargées

orpheline de tant de fils
la terre latérite
pleure des larmes rouges et sèches

les chèvres faméliques
seules à se croire en liberté
offrent leur sollicitude
au peuple noir

les baobabs
aux allures de bougeoirs éteints
en sont tout retournés
ils se sont mis la tête sous terre
pour que leurs racines
puisent des prières dans le ciel

fervente quête
aussi futile que le parfum d’encens
que sèment au vent les eucalyptus
en pure perte
*
*
*
Né à Saint-Germain-en-Laye en 1935, Mario Urbanet a grandi entre deux langues, celle du Frioul paternel et le français de sa mère. L’occupation allemande, les chantiers du bâtiment à quatorze ans, la guerre d’Algérie à vingt, et un fort engagement citoyen lui ont appris l’essentiel sur la vie. Les livres lui en ont dit les valeurs. Il tente de découvrir comment fonctionne ce monde étrange. Il appareille ses mots comme les pierres d’un mur où s’ouvre la fenêtre du vent, qui répète inlassablement : Pourquoi ?
Ses poèmes sont édités au Temps des Cerises, Le Serpolet, éditions Henri, l’Amandier, La lune bleue, Couleurs et Plumes, dans diverses revues et anthologies collectives. Ses contes sont publiés par Albin Michel, Glénat, Milan, Père Castor, L’Harmattan.
*
*
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« Couleurs noir » est disponible ici : http://www.editions-unicite.fr/auteurs/URBANET-Mario/couleurs-noir/index.php
..
.

PERRIN LANGDA : « Choix de textes »

juin 6, 2017


PERRIN LANGDA : Extraits de Glace Belledonne

Regarder passer les falaises
en grimpant dans le ciel


celui-là ressemble à un clebs
et lui on dirait une mémé
regarde regarde
une grosse quenotte
un condor géant
une tête de macaque
la pierre aussi a ses nuages
ils font juste plusieurs
milliards de tonnes de siècles

.

La Nouvelle ode
(Collection automne-hiver 2015)


cette année
la campagne porte une robe
léopard jaune et rouge
sous une veste encore légèrement verdoyante

un fleuve
passe
dans les tons bleus
et roses pastels
d’un foulard brumeux

les cimes ont mis
de drôles de bonnets de premières laines
au-dessus de leurs gorges échancrées

on aimerait
bien rester un peu plus
sous l’œil bleu ciel
à la pupille couchante
de cette grande
créatrice de mode
qu’ils surnomment
Versatile

mais les jambes
maigrichonnes
de la route sont déjà loin
sur le podium de la nuit

.

Pipi dans l’eau

les deux pieds dans l’Isère
sous un soleil de furieux
j’fais pipi sur les soldats du ciel
j’fais pipi sur les phobies nationalistes
j’fais pipi sur les milliardaires
j’fais pipi sur tous les pauvres pantins
un souffle d’air frais me caresse les
joues avec un bruissement de feuilles
j’fais pipi sur la rivière qui s’écoule
j’fais pipi sur tout c’que j’peux
pas changer mais ça fait du bien

.
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Glace Belledonne
Perrin Langda
31 pages
5€
Editions de la Pointe Sarène
5 traverse de l’orée du bois
06 370 Mouans-Sartoux
http://www.patrick-joquel.com/editions/

.



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Perrin Langda : extraits de L’Aventure de Norbert Witz’n Bong !,



I
Départ en folie
Sans la moindre raison


Chapitre 1 :
Récit venu d’une autre dimension


Eviscéré par un seigneur vampire, il s’est planqué au fond d’un bar. Un bar du monde réel. Du monde où des ados bourrés l’écoutent. Estomaqués.

.


Chapitre 2 :
Le genre de truc qui pourrait arriver à tout l’monde


Des marques lumineuses. Absurdes. Et des nuées de sens. Martèlent. Des vérités publicitaires. Au-dessus des avenues. Il n’y comprend plus rien.

.


Chapitre 3 :
Rhume de cerveau


Au carrefour de la rue de l’asile. Klaxons. Bagnoles. Jeune homme. Immobile. Hébété. Nu.

.


Chapitre 6 :
Journée de ouf’

Se réveiller sur un matelas en flammes… Sortir promener son nounours en peluche… Manger des pâtes… Au yaourt à la fraise…

.


Chapitre 4 :
Norbert, c’est vraiment un type extraordinaire

.


Avant, Norbert, c’était… Quelqu’un de bien, une vraie rock-star, Jésus. Un vieux moine Shaolin. Un loup-garou furax. Quelqu’un. Comme ça.

Chapitre 5 :
Mon groupe de rock imaginaire

.


Boum boum ! Batterie du cœur ! La la la ! Chœurs de voix ! Bzz ! Basse acouphène ! Solo ! Presque comme Kurt Cobain ! Juste un peu plus désaccordé ! Et vraiment seul.

.


Chapitre 9 :
Seigneur, pardonnez-les, ils ne savent pas ce qu’ils font


« Je suis Celui Que vous cherchez » tonna-t-il aux rois Mages du marché de Noël. Tout le monde rigola au stand des saucissons. Pas lui.

.


Chapitre 8 :
S.O.S. âme fantôme


Un appareil dentaire ! Une boîte à diode faite au collège (il y a 10 ans) ! Sans oublier… doudou ! Voilà ! Prêt au combat ! Gare aux mauvais esprits !

.


Chapitre 7 :
La voix du maître Shaolin


Vol de la grue alambiquée ! Grand écart de la paume du dragon ! Plexus solaire génuflexé ! Lui dit la Voix ! Pendant qu’il gesticule en vain !

.


Chapitre 10 :
Merci Maman pour le ménage


Elle dit « T’as encore mis d’la boue partout ! » Il choppe une lame. Elle une poêle. WITZ ! BONG ! Il sort en hurlant. Elle passe la serpillère.
.
.
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L’Aventure de Norbert Witz’n Bong !, Perrin Langda
5€, 99 pages
Editions Gros Textes
Fontfourane, 05380 Châteauroux-lès-Alpes
ISBN 978-2-35082-335-5

Préface de Thierry Roquet
Couverture d’Eric Demelis

Cathy GARCIA : « Choix de textes »

juin 6, 2017

COUPÉ DE PARAFFINE

c’est la saison la belle saison
des parades politiques
publicitaires militaires mensongères
paroles paroles paraboles
bon lait cathodique
à tous les foyers du monde

brouillards matinaux laxatifs longue durée
paranoïa planquée paravents pare-chocs
pare-brise pare-balles pare-tout
sauf des parangons de bêtise

chacun sa part
lèche mon parabellum
ô mon beau parachute à dorer
paix aux paradis fiscaux

paroxysme des temps bénis oui-oui
de paramnésie paraphrase paraphasie
bazar du paraître bon cœur paralysé
acte de soumission à parapher chaque jour
et avec le sourire, bravo
parodie c’est parfait !

.

LA VILLE

traîne au lit sa misère
la ville matin crasse
coulé gris dans lavabo
journée nausée in caniveau

ne peut s’enfuir la ville
incarcérée bouclée périphérique
ses au-delàs dévastés
visent un cœur déjà mort

cités rageuses couturées de bitume
éblouies de bleu tournis
toussent crachent leurs pans
de cervelle bétonnée

la ville se couche en chienne
fatiguée d’avoir trop mis bas
rêves et crapules
et se laisse mourir
sous ses phares
de feintes opulences

sirènes tapageuses
sur ses trottoirs crottés
s’en meurt la ville
grise au sang caillé

.

DES PEAUX DE NUIT

sous l’ongle l’écharde
passage forcé
l’ennui le mensonge

nuit efflanquée
à paupières mauves mangées
par l’effort de tenir
et tenir encore
serrée contre soi
la petite douleur de l’amour
la valise rongée
fiévreuse mémoire

les cous flasques font le guet
les poches crèvent d’un trop-vide
mémoire bouffie huile rance
fragments gris des peaux de nuits
carreaux sales candeur jaunie

à-quoi-bon persiste et gagne

.

EXIL

failles fissures entailles blessures
par où se glissent les condamnés
fuite dans la gueule puante du mépris camouflé
sous de belles déclarations avec lesquelles
le grand commerce se torche

et chacun chacune
clandestin clandestine
promu étranger étrangère
à sa propre existence

clouer son sourire
ne pas faire de bruit de remous
ne pas déranger

à l’étroit d’affublements de convenance
mâchonner une langue malapprise
qui écorche la bouche
cloue le sourire

.

C’EST TENDANCE

nos dirigeants paternalistes
ces coquelets phallocrates
dînent en complet guêpière
et prédisent notre avenir
dans leurs boules de geisha
les mercredis ont rendez-vous
dans les latrines très publiques
avec des ouvriers qualifiés
aux très brutales manières
ainsi se sentent-ils
proches du peuple

.

CONSOMPTION

joker triste mine
léthargie dégainée
folie compensatoire
à la foire aux paumés
où la terre est égale
à elle-même

profonde

la merde n’a paraît-il aucune saveur
les substances taboues ne nous gênent plus
nous cherchons les sutures de l’extrême limite
sans jamais connaître le nom de l’opérateur

il n’y a personne au bout du fil
pas même un corps qui se balance
seulement ces voix surfaites
parfaitement anonymes

une anesthésie en boucle
profondément insipide

j’en ai d’autres encore…

.

brève bio : Cathy Garcia Canalès, ce n’est pas encore le nom dans toute son intégralité, mais ça viendra, poètiste, artiste, revuiste, que des trucs bizarres et encore je ne dis pas tout. Vit dans une réserve naturelle. Aime le vin de sureau.

Christophe BREGAINT en signature le 10 Juin au Marché de la Poésie

mai 29, 2017


Au Marché de la Poésie, sera en signature le Samedi 10 Juin à 16h00 pour « Encore une nuit sans rêve » Ca sera sur le stand des Carnets du Dessert de Lune (Stand :209/516)

J’y serai en compagnie de Jean Christophe Belleveaux qui signera pour « Démolition » paru chez le même éditeur et qui a préfacé mon livre, dont vous pouvez lire quelques extraits ici :

Au plaisir de vous y voir, les amies et amis

http://www.dessertdelune.be/store/p817/Encore_une_nuit_sans_r%C3%AAve_%2F%2F_Christophe_Bregaint.html

Au plaisir de vous y voir, les amies et amis

Pour le programme complet du Marché de la Poésie c’est par ici : http://www.marche-poesie.com/signatures/entry/1399/

Isabelle Bonat-Luciani, Fanny Chiarello le 9 JUIN à l’espace de L’autre livre

mai 29, 2017

Maggy De Coster Extrait de : « Les versets simplifiés du soleil levant »

mai 29, 2017

12-
Comment assainir les sentiers broussailleux
et retrouver les statuts des jours de paix ?
Je cache les pétales de joie dans les profondeurs de mon être
…..pour les épargner de la flétrissure
Je conjure à voix basse les revers du quotidien
Je lève ma coupe à la gloire de l’esprit sain
et je sautille en extase au clair du jour

Tant de fois inconnue à moi-même
je frissonne d’effroi au trot de mes pensées
dans l’antichambre de mon cerveau
Quel Prince convoquer à nos conciliabules
pour donner le ton à la plaidoirie des faibles ?
Ô nature immarcescible je t’adjure de nous être favorable !

.

.
.

13-

Quand la terre disparaîtra
Je gémirai dans les limbes
Les souvenirs du passé seront portés disparus
La vie sera-t-elle aux abonnés absents ?
Quoi qu’en pensent d’aucuns
Le temps continuera sa course inexorable
Et chacun aura peut-être fait son temps
sans avoir rien fait de son temps
Est-ce le temps qui nous marque
ou nous qui le marquons?

.
.
.

31-
L’ombre trace lentement son chemin
Après le passage du soleil
Et les frêles épis frémissent au souffle du vent

Je me dérobe au silence de la nuit
Et me réfugie dans l’antre de mes pensées
J’invoque l’éclat tutélaire d’Altaïr
A l’acmé de mes sentiments

Et se dessine en filigrane la trame de l’espoir
Que j’abrite sous l’auvent d’une saison nouvelle

.
.


32-

L’été exhale ses complaintes dans la grille des jours
Une nouvelle page volante de plaintes se remplit
Un chapitre se referme sur les clauses du désespoir
Que de rêves brisés au matin dans les soupiraux !

Un autre jour se lève
Mais demeurent présentes sur la grève
Les traces de sang des innocents

Il court tant de bruits dans les parages du vide
Tant de sons discordants remplissent les espaces libres
Comme des épaves délaissées sur les chemins malaisés

La geste mémorielle ne comble pas la béance des souffrances
Ne répare pas non plus la toile trouée par l’éclat des forfaits
Voire moduler la pensée perverse des actionneurs
……….de la machine infernale

.

34-

Souffle le vent de la terreur
Disparaît la récolte de l’amour
Et se brise la vie

Les liens de l’horreur
Enchaînent le mendiant de l’espérance
Et du ciel tombe la rosée en guise de larmes

Dans le profil des jours se distingue
La marche de l’hécatombe
des âmes insoumises
et la colère se fait ténor dans l’agora

.
.
.

35-

Les cadavres au couchant dérivent dans la frénésie des fous
Comme des pierres qui n’amassent pas mousse
Ou comme les proies de l’ombre
A l’ubac du tertre solitaire
Où les heures noires se décalquent dans l’ossature de nos vies
Comme une douche froide dans la transe des soliloqueurs

.
.

40-
Embaumons de nos passions l’âme des forêts en péril
Embrasons d’Amour les tissus fragiles de l’humanité
Sous le regard luminescent de Cassiopée
Achevons la symphonie inachevée des disparus
Et des versets simplifiés du soleil levant
Comblons le vide laissé par l’absence

Patricia LARANCO : « choix de textes »

mai 29, 2017

Les églises se sont penchées

Les portes de verre ont frémi

Les phrases
ont formé des îlots

J’ai entrevu des eaux figées
sur le bord du champ de vision

L’ombre s’est laissé
dériver – avant-garde –
pour nous saisir
tout au creux de sa paume molle

Les vieux escaliers fourbus
tournaient bride
sans prévenir

mais, au vrai, que contournaient-ils ?

On repérait une clarté
à petits pas

que longeait-elle ?

Sous le feuillage des forêts
couraient des plis de terre sèche

on eût dit qu’ils voulaient bondir

Je respirai l’odeur d’un bénitier : elle était fraîche et fauve.

Fauves aussi, les ruisseaux de soleil réunis en delta

Les huis qui béaient, battaient n’étaient que de simples panneaux d’osier devant lesquels plastronnait le vaste éventail ouvert de la lumière
.
.
*
.
.


SAMARCANDE.

Samarcande, pour moi, ce n’est pas un lieu
c’est un nom qui m’a promené dedans les airs
comme un tapis volant ou un oiseau simorg,
un nom bleu, un nom d’azur chargé d’infini,
de faïence et de mirage poussiéreux.

Non, je ne veux pas voir les oasis jaunis
pas plus que l’altier Altaï ou le Pamir,
je ne veux pas que Boukhara entre en mon œil

ces noms y perdraient leur magie d’évocation !
.
.
*
.
. 
SENSATION.

Impression d’irréalité :
étrangers, les objets, les murs,
heurtés
par l’interrogation,
par la panique
du regard.

Qui sait si une part de moi
n’est pas restée
coincée ailleurs,
peut-être en mon passé profond
ou en mon avenir lointain ?

Que dire ? Je me sens aussi
creuse qu’un cocon déserté,
j’ai le sentiment de flotter
sans plus d’attache avec ce lieu
qui pourtant
m’est quotidien
mais que je ne reconnais
pas ;
je ne m’explique pas pourquoi
croule une telle sensation,
bientôt, la chair de poule
vient
dans un grand vertige spiral,
un lézardement du réel
engendrant malaise et questions :
qui, de ces murs désormais sans
consistance ou du noir recul
qui m’habite
est réalité ?
Une infime fraction de temps
à se sentir perdue ainsi
au milieu des choses qu’on sait
suffit à vous faire
gémir
et supplier le dieu des dieux
de vous rendre enracinement
dans la texture du moment,
dans l’épaisseur de votre chair,
de vous faire renouer avec
cette chaleur de l’évident,
cette façon de s’imposer,
de relier
qu’a la vraie vie !
.
.*
. 
SOLEIL-SOMMEIL.

Le soleil dort, aplati sur
les verdures, il s’est endormi
sur leur fouillis comme sur un
oreiller, où poser sa joue.

Le soleil dort, brutalement,
comme brute bien empâtée,
ivrogne jeté en fossé,
d’un sommeil opaque et bien gras.

Nul ne se risquerait à le
tirer hors de ce granit où
il est coulé, où, épaissi
par le sommeil, il se ventouse.

Il forme comme un buisson
de respiration
alourdie
que rien ne peut venir heurter,
ni entamer,
ni entailler.

Le soleil dort, en animal,
il a ramassé sa chaleur
et sa fourrure pour bâtir
une forteresse
d’absence.
.
.
*
.
.

Sur le chemin,
des chiens
qui attendent la pluie,
aux carrefours,
des pyramides à degrés
empoussiérées portent
à leur sommet tout plat
des fusées dressées sur rampe de lancement;
dans le fond des vallées
l’ombre s’est accroupie
sur la langue marmoréenne des glaciers.
Le silence et les rochers froncent le sourcil…
A l’est on ne peut plus distinguer le soleil
d’un gigantesque lâcher de bulles montant
en grésillant au ciel de résille irisée.
A l’ouest, de grandes draperies pourpre et lilas
s’agitent nonchalamment dans le firmament
telles soieries, tels tissus de foulards qui ondoient
et au centre, la campagne sillonnée par
la voie ferrée, surmontée par ce gros glaçon
qu’est la lune, voit se ruer le long train gris…
Je n’ai pas de passé je n’ai pas
d’avenir
je n’ai que moi au fil du temps accéléré,
au pied des villes qui se lovent tout en rond,
sous le vaste cristal acéré
de la vie.
Et le train n’a qu’une loi : se précipiter
parmi les crépuscules qui frôlent le sol
dans la bile brune d’entre chiens et loups
où il ne connait pas les arrêts caillouteux;
même à l’intérieur, dans les wagons glacés
vous sentez la longue ligne de mouvement,
l’effilement qui plaque l’oreille des chats
et des lapins sur leur crâne aplati par l’air.
La fuite encadrée simplement par les deux rails,
aérodynamique, n’accordera pas
la halte, car autour, la campagne est piégée,
elle refermerait sans attendre sur vous
ses maxillaires hérissés de dents qui broient !

Jean Marc Flahaut : « BAD WRITER » Extraits

mai 29, 2017


ROMAN BLANC, POÉSIE NOIRE

il fut un temps où
je me rêvais
en auteur inspiré
à la Jack Torrance
martelant
trop de travail, pas assez de plaisir…
un roman par semaine
de plusieurs milliers de pages
toutes bonnes à balancer dans la cheminée
ou au vide-ordures
mais
à la vérité
j’étais bien plus proche
d’un Norther Winslow
écrivant
l’herbe est si verte, le ciel est si bleu…
un seul et unique poème
en douze ans

.
.


COMMENCER PAR LA FIN

je te vois passer
tu as l’air de te rendre quelque part
je ne te connais pas
je me réjouis pour toi

à peine
on se parle
on se frotte
on se touche
que déjà
on se brouille
que déjà
on se sépare
après avoir épuisé
toutes les formules
magiques, chimiques, mathématiques,
d’aires, d’appel, d’usage, de base,
d’adresse, de politesse, d’adieu
et maintenant

c’est l’heure des retrouvailles
le temps des excuses
& des réconciliations

on imagine
l’avenir qui s’ouvre
derrière nous

.
.


LA NOUVELLE

c’est un homme
il sort d’un bar
un cinéma un théâtre ou un restaurant
il vient d’apprendre
la terrible nouvelle
l’amour tue
il est sous le choc
il ne s’en remet toujours pas
l’amour tue
c’est écrit
noir sur blanc
et comme
il pense
qu’il est le dernier
à pouvoir aimer quelqu’un
dans cette ville
qu’il est à la fois
le tueur et la cible
l’antidote et le poison
il décide
sans tarder
de rentrer chez lui

.
.


MY BOSS IS DRIVING ME MAD

il y a
deux hommes en moi
l’un écrit
l’autre pas
il lit – il classe – il range – il trie

lorsque le premier
se met au travail par une question qui
en réalité
ne s’adresse qu’à lui-même
le second répond
en quittant la pièce
et part en quête d’un éditeur
avec le regard perdu
de ces animaux promis à l’abattoir

avec ces deux-là
j’ai souvent fait faillite
(et puis)
(et puis)
je me suis refait
et chaque fois que j’ouvrais à nouveau
boutique
ces deux-là m’attendaient
bien sagement
devant la grille
que je vienne leur ouvrir
les deux seuls à postuler

.
.

BLACK SPRING

il existe sur le Net
une vidéo particulièrement choquante
où l’on me voit sur scène
décapiter une sculpture
en papier mâché de Paul Valéry
et lire des haïkus à toute vitesse
avec autant de charisme
qu’un égouttoir à vaisselle
sous l’extrait de très mauvaise qualité
les commentaires des internautes déchaînés
m’implorent de laisser la poésie tranquille
et de fuir en Belgique
pendant qu’il en est encore temps

http://www.dessertdelune.be/store/p829/Bad_Writer_%2F%2F_Jean_Marc_Flahaut.html

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