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Patricia LARANCO : « choix de textes »

mai 29, 2017

Les églises se sont penchées

Les portes de verre ont frémi

Les phrases
ont formé des îlots

J’ai entrevu des eaux figées
sur le bord du champ de vision

L’ombre s’est laissé
dériver – avant-garde –
pour nous saisir
tout au creux de sa paume molle

Les vieux escaliers fourbus
tournaient bride
sans prévenir

mais, au vrai, que contournaient-ils ?

On repérait une clarté
à petits pas

que longeait-elle ?

Sous le feuillage des forêts
couraient des plis de terre sèche

on eût dit qu’ils voulaient bondir

Je respirai l’odeur d’un bénitier : elle était fraîche et fauve.

Fauves aussi, les ruisseaux de soleil réunis en delta

Les huis qui béaient, battaient n’étaient que de simples panneaux d’osier devant lesquels plastronnait le vaste éventail ouvert de la lumière
.
.
*
.
.


SAMARCANDE.

Samarcande, pour moi, ce n’est pas un lieu
c’est un nom qui m’a promené dedans les airs
comme un tapis volant ou un oiseau simorg,
un nom bleu, un nom d’azur chargé d’infini,
de faïence et de mirage poussiéreux.

Non, je ne veux pas voir les oasis jaunis
pas plus que l’altier Altaï ou le Pamir,
je ne veux pas que Boukhara entre en mon œil

ces noms y perdraient leur magie d’évocation !
.
.
*
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. 
SENSATION.

Impression d’irréalité :
étrangers, les objets, les murs,
heurtés
par l’interrogation,
par la panique
du regard.

Qui sait si une part de moi
n’est pas restée
coincée ailleurs,
peut-être en mon passé profond
ou en mon avenir lointain ?

Que dire ? Je me sens aussi
creuse qu’un cocon déserté,
j’ai le sentiment de flotter
sans plus d’attache avec ce lieu
qui pourtant
m’est quotidien
mais que je ne reconnais
pas ;
je ne m’explique pas pourquoi
croule une telle sensation,
bientôt, la chair de poule
vient
dans un grand vertige spiral,
un lézardement du réel
engendrant malaise et questions :
qui, de ces murs désormais sans
consistance ou du noir recul
qui m’habite
est réalité ?
Une infime fraction de temps
à se sentir perdue ainsi
au milieu des choses qu’on sait
suffit à vous faire
gémir
et supplier le dieu des dieux
de vous rendre enracinement
dans la texture du moment,
dans l’épaisseur de votre chair,
de vous faire renouer avec
cette chaleur de l’évident,
cette façon de s’imposer,
de relier
qu’a la vraie vie !
.
.*
. 
SOLEIL-SOMMEIL.

Le soleil dort, aplati sur
les verdures, il s’est endormi
sur leur fouillis comme sur un
oreiller, où poser sa joue.

Le soleil dort, brutalement,
comme brute bien empâtée,
ivrogne jeté en fossé,
d’un sommeil opaque et bien gras.

Nul ne se risquerait à le
tirer hors de ce granit où
il est coulé, où, épaissi
par le sommeil, il se ventouse.

Il forme comme un buisson
de respiration
alourdie
que rien ne peut venir heurter,
ni entamer,
ni entailler.

Le soleil dort, en animal,
il a ramassé sa chaleur
et sa fourrure pour bâtir
une forteresse
d’absence.
.
.
*
.
.

Sur le chemin,
des chiens
qui attendent la pluie,
aux carrefours,
des pyramides à degrés
empoussiérées portent
à leur sommet tout plat
des fusées dressées sur rampe de lancement;
dans le fond des vallées
l’ombre s’est accroupie
sur la langue marmoréenne des glaciers.
Le silence et les rochers froncent le sourcil…
A l’est on ne peut plus distinguer le soleil
d’un gigantesque lâcher de bulles montant
en grésillant au ciel de résille irisée.
A l’ouest, de grandes draperies pourpre et lilas
s’agitent nonchalamment dans le firmament
telles soieries, tels tissus de foulards qui ondoient
et au centre, la campagne sillonnée par
la voie ferrée, surmontée par ce gros glaçon
qu’est la lune, voit se ruer le long train gris…
Je n’ai pas de passé je n’ai pas
d’avenir
je n’ai que moi au fil du temps accéléré,
au pied des villes qui se lovent tout en rond,
sous le vaste cristal acéré
de la vie.
Et le train n’a qu’une loi : se précipiter
parmi les crépuscules qui frôlent le sol
dans la bile brune d’entre chiens et loups
où il ne connait pas les arrêts caillouteux;
même à l’intérieur, dans les wagons glacés
vous sentez la longue ligne de mouvement,
l’effilement qui plaque l’oreille des chats
et des lapins sur leur crâne aplati par l’air.
La fuite encadrée simplement par les deux rails,
aérodynamique, n’accordera pas
la halte, car autour, la campagne est piégée,
elle refermerait sans attendre sur vous
ses maxillaires hérissés de dents qui broient !

Jean Marc Flahaut : « BAD WRITER » Extraits

mai 29, 2017


ROMAN BLANC, POÉSIE NOIRE

il fut un temps où
je me rêvais
en auteur inspiré
à la Jack Torrance
martelant
trop de travail, pas assez de plaisir…
un roman par semaine
de plusieurs milliers de pages
toutes bonnes à balancer dans la cheminée
ou au vide-ordures
mais
à la vérité
j’étais bien plus proche
d’un Norther Winslow
écrivant
l’herbe est si verte, le ciel est si bleu…
un seul et unique poème
en douze ans

.
.


COMMENCER PAR LA FIN

je te vois passer
tu as l’air de te rendre quelque part
je ne te connais pas
je me réjouis pour toi

à peine
on se parle
on se frotte
on se touche
que déjà
on se brouille
que déjà
on se sépare
après avoir épuisé
toutes les formules
magiques, chimiques, mathématiques,
d’aires, d’appel, d’usage, de base,
d’adresse, de politesse, d’adieu
et maintenant

c’est l’heure des retrouvailles
le temps des excuses
& des réconciliations

on imagine
l’avenir qui s’ouvre
derrière nous

.
.


LA NOUVELLE

c’est un homme
il sort d’un bar
un cinéma un théâtre ou un restaurant
il vient d’apprendre
la terrible nouvelle
l’amour tue
il est sous le choc
il ne s’en remet toujours pas
l’amour tue
c’est écrit
noir sur blanc
et comme
il pense
qu’il est le dernier
à pouvoir aimer quelqu’un
dans cette ville
qu’il est à la fois
le tueur et la cible
l’antidote et le poison
il décide
sans tarder
de rentrer chez lui

.
.


MY BOSS IS DRIVING ME MAD

il y a
deux hommes en moi
l’un écrit
l’autre pas
il lit – il classe – il range – il trie

lorsque le premier
se met au travail par une question qui
en réalité
ne s’adresse qu’à lui-même
le second répond
en quittant la pièce
et part en quête d’un éditeur
avec le regard perdu
de ces animaux promis à l’abattoir

avec ces deux-là
j’ai souvent fait faillite
(et puis)
(et puis)
je me suis refait
et chaque fois que j’ouvrais à nouveau
boutique
ces deux-là m’attendaient
bien sagement
devant la grille
que je vienne leur ouvrir
les deux seuls à postuler

.
.

BLACK SPRING

il existe sur le Net
une vidéo particulièrement choquante
où l’on me voit sur scène
décapiter une sculpture
en papier mâché de Paul Valéry
et lire des haïkus à toute vitesse
avec autant de charisme
qu’un égouttoir à vaisselle
sous l’extrait de très mauvaise qualité
les commentaires des internautes déchaînés
m’implorent de laisser la poésie tranquille
et de fuir en Belgique
pendant qu’il en est encore temps

http://www.dessertdelune.be/store/p829/Bad_Writer_%2F%2F_Jean_Marc_Flahaut.html

mai 29, 2017

© Cédric Merland

DOUGZ – JOUR SANS FIN

mai 15, 2017

20 Mai : Rencontres Poésie vivante avec Sabine Huynh

mai 15, 2017


Dans le cadre du Printemps des poètes et des rencontres de poésie d’Adeline Baldacchino.
La rencontre du 20 mai, animée par Adeline Baldacchino, sera ponctuée de temps lectures et de conversations sur la manière dont Sabine Huynh est venue à la poésie, et dont elle écrit et traduit de la poésie.
Venez, ça nous fera plaisir !
Informations sur le lieu :
Salle Vicky Messica
Les Déchargeurs
3, rue des Déchargeurs
RDC Fond Cour
75001 Paris
Métro : Châtelet
http://www.lesdechargeurs.fr/spectacle/sabine-huynh

20-21 Mai : Proteste/Conteste à OBLIK

mai 15, 2017


L’atelier OBLIK acceuille l’exposition

PROTESTE/CONTESTE
Opinion, révolte, cri d’amour ou de colère, discours contestataire,témoignage, provocation,exigence, évidence révélée, l’art comme témoin de son époque, lanceur d’alerte, secoueur de consciences

EXPOSITION COLLECTIVE
Alain Tardieu (peinture) – Catherine Ursin (peinture) – Claire Courdavault (dessin) – Damien Roudeau (reporter graphique) – Erwan Keruzoré (plasticien)- Hm Saïd (peinture) – Ka (peinture)- Karotte (peinture) – Xavier Péron (graphiste typographe)

INTERMEDE MUSICAL
Sheriff Perkins ….samedi à 19h

IMPRESSION D’AFFICHES EN DIRECT
Choisis ton fond et ton slogan,imprime, repars avec ton tirage (participation aux frais : 2€)

et aussi : Visite des ateliers des artistes résidents à Oblik.
OUVERTURES:
Samedi 20 mai de 16h à minuit – dimanche 21 mai de 15h à 20h
Commissaires d’exposition : Sonja The Red et Ka

Association Oblik
19 rue du docteur Emile Roux 92110 Clichy la Garenne
oblik.atelier@free.fr
http://www.atelieroblik.com

Comment venir à Oblik :
M13 Mairie de Clichy
M13 et RER C Porte de Clichy Bus 74 ou 54
Périphérique extérieur sortie Porte de Clichy

26 Mai 2017 : Poètes en Résonances avec Gérard Cartier et Lili Frikh

mai 15, 2017


Ce mois-ci la Compagnie Résonances est très heureuse de vous inviter, en partenariat avec le Marché de la Poésie à la soirée Poètes en Résonances le Vendredi 26 Mai à 20h.

**Lecture par les poètes Gérard Cartier et Lili Frikh, accompagnés de Maxime Perrin, musicien.**

Entrée libre. Accueil prévu pour les enfants,

La soirée se poursuivra autour d’une collation festive.

Poètes en Résonances est un rendez-vous mensuel proposé par Naïma Taleb, directrice artistique, et Seyhmus Dagtekin, poète, romancier et membre de la Compagnie Résonances tous les derniers vendredis du mois.

Rainer Maria Rilke : Extrait de « Lettres à un jeune poète »

mai 15, 2017

Rainer Maria Rilke : Extrait de « Lettres à un jeune poète »

Vous demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez à moi. Vous l’avez déjà demandé à d’autres. Vous les envoyez aux revues. Vous les comparez à d’autres poèmes et vous vous alarmez quand certaines rédactions écartent vos essais poétiques. Désormais (puisque vous m’avez permis de vous conseiller), je vous prie de renoncer à tout cela. Votre regard est tourné vers le dehors ; c’est cela surtout que maintenant vous ne devez plus faire. Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne. Il n’est qu’un seul chemin. Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s’il pousse ses racines au plus profond de votre cœur. Confessez-vous à vous-même : mourriezvous s’il vous était défendu d’écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit : « Suis-je vraiment contraint d’écrire ? » Creusez en vous-même vers la plus profonde réponse. Si cette réponse est affirmative, si vous pouvez faire front à une aussi grave question par un fort et simple : « Je dois », alors construisez votre vie selon cette nécessité. Votre vie, jusque dans son heure la plus indifférente, la plus vide, doit devenir signe et témoin d’une telle poussée. Alors, approchez de la nature. Essayez de dire, comme si vous étiez le premier homme, ce que vous voyez, ce que vous vivez, aimez, perdez. N’écrivez pas de poèmes d’amour. Évitez d’abord ces thèmes trop courants : ce sont les plus difficiles. Là où des traditions sûres, parfois brillantes, se présentent en nombre, le poète ne peut livrer son propre moi qu’en pleine maturité de sa force. Fuyez les grand sujets pour ceux que votre quotidien vous offre. Dites vos tristesses et vos désirs, les pensées qui vous viennent, votre foi en une beauté. Dites tout cela avec une sincérité intime, tranquille et humble. Utilisez pour vous exprimer les choses qui vous entourent, les images de vos songes, les objets de vos souvenirs. Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l’accusez pas. Accusez-vous vous-même de ne pas être assez poète pour appeler à vous ses richesses. Pour le créateur rien n’est pauvre, il n’est pas de lieux pauvres, indifférents. Même si vous étiez dans une prison, dont les murs étoufferaient tous les bruits du monde, ne vous resterait-il pas toujours votre enfance, cette précieuse, cette royale richesse, ce trésor des souvenirs ? Tournez là votre esprit. Tentez de remettre à flot de ce vaste passé les impressions coulées. Votre personnalité se fortifiera, votre solitude se peuplera et vous deviendra comme une demeure aux heures incertaines du jour, fermée aux bruits du dehors. Et si de ce retour en vous-même, de cette plongée dans votre propre monde, des vers vous viennent, alors vous ne songerez pas à demander si ces vers sont bons. Vous n’essaierez pas d’intéresser des revues à ces travaux, car vous en jouirez comme d’une possession naturelle, qui vous sera chère, comme l’un de vos modes de vie et d’expression. Une œuvre d’art est bonne quand elle est née d’une nécessité. C’est la nature de son origine qui la juge. Aussi, cher Monsieur, n’ai-je pu vous donner d’autre conseil que celui-ci : entrez en vous-même, sondez les profondeurs où votre vie prend sa source. C’est là que vous trouverez la réponse à la question : devez-vous créer ? De cette réponse recueillez le son sans en forcer le sens. Il en sortira peut-être que l’Art vous appelle. Alors prenez ce destin, portez-le, avec son poids et sa grandeur, sans jamais exiger une récompense qui pourrait venir du dehors. Car le créateur doit être tout un univers pour lui-même, tout trouver en lui-même et dans cette part de la Nature à laquelle il s’est joint.

Il se pourrait qu’après cette descente en vousmême, dans le « solitaire » de vous-même, vous dussiez renoncer à devenir poète. (Il suffit, selon moi, de sentir que l’on pourrait vivre sans écrire pour qu’il soit interdit d’écrire.) Alors même, cette plongée que je vous demande n’aura pas été vaine. Votre vie lui devra en tout cas des chemins à elle. Que ces chemins vous soient bons, heureux et larges, je vous le souhaite plus que je ne saurais le dire.

Que pourrais-je ajouter ? L’accent me semble mis sur tout ce qui importe. Au fond, je n’ai tenu qu’à vous conseiller de croître selon votre loi, gravement, sereinement. Vous ne pourriez plus violemment troubler votre évolution qu’en dirigeant votre regard au dehors, qu’en attendant du dehors des réponses que seul votre sentiment le plus intime, à l’heure la plus silencieuse, saura peut-être vous donner.

Jan Baetens : « Vivre sa vie et autres poèmes » extraits

mai 15, 2017


Deux coups, trois coups
Et une rue quelconque,
Borgne, sans vue, mais
Avec d’autres vue.
Une façade est là
Qui n’existe plus.
Un passant s’éloigne.
On dirait un nuage.
Même vu de face,
Toujours descendant,
Toujours fuyant

*
*

L’attachée de presse

Laissé ouvert, son téléphone
Etait blanc, et roses ses joues.
Elle était simple et douce et bonne
A regarder s’écouler, d’où
Elle était, le temps monotone.
Toulet eût-il dit que de Meurthe
Elle était native ? Mes yeux
Entre sa peau et son T-shirt
L’attendaient. Un appel ou deux,
Je la trouvais, ouille, un peu flirt.

*
*

Se confondent c’est fait pour
On dit à coups de clichés

Des chambres sourdes il sourd
Des paroles sous-titrées

Du cœur léger du cœur lourd
La langue paraît donnée

Enfin enfin enfin pour
La première fois parler

C’est facile quand d’amour
C’est qu’on parle tout charmé

Du charme celui qui court
N’a pas le temps d’être oublié

*
*

Des hommes habillés de leurs voitures.
Des voitures habitées par des hommes.
Pour faire l’amour les hommes qui aiment
Leur voiture, la prennent, puis la sortent.

Ils en sortent pour lire ces affiches
Qui restent pour nous le visage même
De la ville, de l’esprit de ce temps
Amoureux des voitures et du twist.

Le mouvement s’arrête. L’affiche règne.
Et la lecture. Et la question du sens.
On tue le sens, on déchiffre un regard.

Maintenant on ne voit plus la voiture.
Les femmes conduisent vers cette chambre
Sans habits et que personne n’habite.

**

Librement d’après Magritte, le « 16 septembre » (1955)

Un monde dans un arbre,
Le monde dans une feuille,
Une ligne,
Un point,
Et partout
L’idée d’un monde, l’idée du monde.
Ceci est mon tableau
Mais il ne représente pas un arbre.
C’est l’arbre qui représente le tableau.
Car dès qu’il y a arbre, il y a tableau :
Une image qui se passe de hors-cadre,
Un sapin de Noël où égarer les lunes ?
Une face cachée, du jamais vu,
Un étalement qui vaut concentration,
Un monde double,
Mais on ne veut plus de l’autre.

*
*

Schuiten-Peeters, auteur complet

Chaque fois que je me quitte
Pour marcher à mes côtés
Je préfère qu’on évite
Moi et moi-même, d’aller

Aux sujets que l’un l’autre
A nous-mêmes nous taisons.
Et avec douceur d’apôtre
Il se parle brimborions.

Après vous, m’entends-je dire ;
Et lui : mais tutoyez-moi,
Confrère, car je sais lire

En votre peu de surmoi,
Ensemble on survit pusqu’en-
Semble avec moi je suis né…

.

Sophie Brassart : Poèmes extraits d’un recueil inédit « Parenthèses de la lumière »

mai 15, 2017

Puis-je entrer

des êtres regardant le champ
comme des hommes : blé, vent

& la soie rouge des pensées
A perte de vie

(Pour chaque corolle)
Un espace se disjoint

Silence sur tes yeux
sur le front du hasard

je tresse une couronne de
coquelicots

avec un seul fil : blé, vent
qui s’engouffre à l’infini

.
*
.

(Nourri d’hommes et de pierres)

Le vent écrase la pluie sur un cheval de trait
fourre dans sa bouche les restes de l’eau paisible

j’ai
aperçu l’attente
A travers son visage

pareil au Rocher supportant le tertre

Rien ne te délivre

.
*
.

L’ombre est lente et j’erre
sous l’eau brisée

Mes mains sont des mots

Un nom coupé s’efface sur le livre des morts

Aujourd’hui comme hier arrachant
La peur qui soustrait l’enfance
& l’enfant regarde

Une libellule
Au bord de la rivière

Un sourire flotte

.
*
.

Rivages, caveaux de l’esprit

Le pas du cheval sur
le sable gris
soulève des appétits de carnage

Dans le reflet du monde
Mes pas n’oublient pas l’empreinte

Un vieil homme la mère peut-être aura marché

Les bras croisés derrière mon dos

Désirant vivre
j’avale des cendres

.
*
.

Derrière le soir
je n’attends pas de nouveau pays

Devant moi se dresse une montagne de feuilles sèches
elles s’enchevêtrent autour de mes veines. Je ressemble à l’exil

Au-milieu du silence

je ressemble au bois qui ruisselle
il contient et ne contient pas
la route vide

est-ce au-dessus du vide

J’attends ce qui jaillit

.

Sophie Brassart : Plasticienne et poète, travaille le geste poétique à l’encre; vit à Montreuil.
Les travaux sont visibles sur son blog Toile poétique (http://graindeble.blogspot.fr), sur le site Toile sonore (www.toilesonore.com) ainsi que dans plusieurs revues de poésie contemporaine.

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