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Jan Baetens : « Vivre sa vie et autres poèmes » extraits

mai 15, 2017


Deux coups, trois coups
Et une rue quelconque,
Borgne, sans vue, mais
Avec d’autres vue.
Une façade est là
Qui n’existe plus.
Un passant s’éloigne.
On dirait un nuage.
Même vu de face,
Toujours descendant,
Toujours fuyant

*
*

L’attachée de presse

Laissé ouvert, son téléphone
Etait blanc, et roses ses joues.
Elle était simple et douce et bonne
A regarder s’écouler, d’où
Elle était, le temps monotone.
Toulet eût-il dit que de Meurthe
Elle était native ? Mes yeux
Entre sa peau et son T-shirt
L’attendaient. Un appel ou deux,
Je la trouvais, ouille, un peu flirt.

*
*

Se confondent c’est fait pour
On dit à coups de clichés

Des chambres sourdes il sourd
Des paroles sous-titrées

Du cœur léger du cœur lourd
La langue paraît donnée

Enfin enfin enfin pour
La première fois parler

C’est facile quand d’amour
C’est qu’on parle tout charmé

Du charme celui qui court
N’a pas le temps d’être oublié

*
*

Des hommes habillés de leurs voitures.
Des voitures habitées par des hommes.
Pour faire l’amour les hommes qui aiment
Leur voiture, la prennent, puis la sortent.

Ils en sortent pour lire ces affiches
Qui restent pour nous le visage même
De la ville, de l’esprit de ce temps
Amoureux des voitures et du twist.

Le mouvement s’arrête. L’affiche règne.
Et la lecture. Et la question du sens.
On tue le sens, on déchiffre un regard.

Maintenant on ne voit plus la voiture.
Les femmes conduisent vers cette chambre
Sans habits et que personne n’habite.

**

Librement d’après Magritte, le « 16 septembre » (1955)

Un monde dans un arbre,
Le monde dans une feuille,
Une ligne,
Un point,
Et partout
L’idée d’un monde, l’idée du monde.
Ceci est mon tableau
Mais il ne représente pas un arbre.
C’est l’arbre qui représente le tableau.
Car dès qu’il y a arbre, il y a tableau :
Une image qui se passe de hors-cadre,
Un sapin de Noël où égarer les lunes ?
Une face cachée, du jamais vu,
Un étalement qui vaut concentration,
Un monde double,
Mais on ne veut plus de l’autre.

*
*

Schuiten-Peeters, auteur complet

Chaque fois que je me quitte
Pour marcher à mes côtés
Je préfère qu’on évite
Moi et moi-même, d’aller

Aux sujets que l’un l’autre
A nous-mêmes nous taisons.
Et avec douceur d’apôtre
Il se parle brimborions.

Après vous, m’entends-je dire ;
Et lui : mais tutoyez-moi,
Confrère, car je sais lire

En votre peu de surmoi,
Ensemble on survit pusqu’en-
Semble avec moi je suis né…

.

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