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Anna Maria Caroline Celli, Jean-Claude Crommelynck, Marie-Paule Bargès : « De l’humain pour les migrants »

mai 15, 2017


Anna Maria Caroline Celli

Comme les femmes de la première terre
Je marche
Avec des cheveux d’orage
Figure de barbarie
Je déracine les baobabs
Pour les planter au creux des vagues
Je bâtirai sur leurs os vastes
Une pauvre hutte
Une pirogue avec un toit
Où je coucherai ma fatigue du monde
Une barque avec des murs
Des lucarnes d’azur
Aux premiers feux de l’aube
Je viendrai boire l’hémorragie des cieux
La plante des pieds des danseurs du sable
Fera trembler mon cœur

Extrait de « Le pilon dit non », Asphodèle Editions

.


Jean-Claude Crommelynck

L’Accueil.

Avec les yeux d’exil
Et un cœur d’océan
Je tente de dormir sur la houle mauvaise
Le temps coule entre mes doigts.
Je fais le mort pour rester vivant
Le vaste vent emporte mes rêves illusoires
Le jeu cruel de la nuit sans lune
Qui épouse la mer me vrille la tête.
Le coude à coudes dans les côtes
Encastrés dans les autres
Sur la lourde barge qui joue à nous faire peur
Comme l’attraction de foire.
Le destin a tout son temps
Il attend patiemment de prendre sa part
Il a pris place, nous accompagne, il cherche
Dans nos yeux si s’attarde encore la chimère d’espoir.
La nuit ne finit pas, les eaux noires inouïes
Font de gigantesques murs d’écume
S’ouvrent et se referment les blessures d’abysses
Elles accueillent les mendiants de vie.
Il n’y a plus de temps
Ni bord ni coudes rien que l’eau furieuse
Seuls sous l’aube naissante
Les corps sans vie s’échouent sur l’accueil des plages.

.


Marie-Paule Bargès

Parfois
on est fragile
parfois
trop de lumière
sur soi
parfois
trop de douleur
de chagrin
on chancelle
parfois
on tremble
on vacille…
Parfois on aimerait
se cacher dans l’ombre
disparaître parfois
derrière les arbres
dans un bois
sous les feuilles
qui oscillent
comme soi…
Parfois
on est seul
on chavire
on tremble
on vacille
on a peur
parfois
on frémit…
Parfois
il fait chaud
mais étrangement
on a froid…
Parfois
étranger
on a juste besoin
d’un autre que soi.

*
.
*

Le père de tous nos pères
C’était L’Errant, comme il était dit…
Depuis tant de générations
Les sacs et balluchons étaient toujours prêts…
A chaque frontière passée,
C’était une nouvelle langue, de nouveaux usages.
A chaque frontière passée,
On nous jetait des pierres encore,
Nos pères étaient battus, et tues…
Montrés du doigt par la populace,
Martyrisés par des tyrans immondes,
Nous gardions notre foi aussi vive….
A chaque frontière passée
Naissaient d’autres enfants,
Dans la misère de l’errance,
Notre peuple jamais ne se désunit.
Vint le jour où il fut choisi une terre
Qui devint notre. Béni soit l’Eternel.
De l’au-delà, le père de tous nos pères
Devait sourire à ce bonheur.
A la table de ses héritiers,
Il était parlé toutes les langues de l’exil.
Une seule fut unanime, celle venue du fond des âges
Celle des berceuses de nos mères
Au travers des tourmentes des âges…

.

Ces trois auteurs participent au recueil collectif
De l’humain pour les migrants initié par Jean Leznod, initiative soutenue par poesiemuziketc

Alain Nahum "les porteurs"

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