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Angèle Casanova : « Là où l’humain se planque » extraits choisis

mai 2, 2017



Là où l’humain se planque
Angèle Casanova
Editions Tarmac

extraits choisis

Il habite dans un immeuble étudié pour l’ensoleillement maximal. Chaque balcon, orienté. En quinconce. Plein sud. Isolé. Des autres appartements. Des voisins. Du bruit. De tout. Sauf du soleil. Vie parallèles, étagées. De la rue, la façade accroche la lumière. On la devine, sa capacité d’ensoleillement. Au retrait sur rue. Aux drôles de balcons triangulaires. Tellement triangulaires qu’à part venir se pencher rêveusement à la balustrade, clope au bec, on ne peut rien y faire. Pas moyen d’y mettre une table. A la rigueur, l’étendoir à linge. Mais alors, plus possible de venir y rêver clope au bec. C’est l’un ou l’autre. Faut choisir. La clope ou le linge sec.

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Il finit par aménager le cagibi à sa convenance. Elle râle. Où mettre le balai. Le seau. L’aspirateur. Là-dessus, il lui rappelle. Ses 80 pourcents. Son balcon bien orienté. Idéal pour ranger les ustensiles ménagers. Prêts à l’emploi, juste à ouvrir la baie coulissante. Elle menace. Fulmine. Bat des bras. Peut-être des jambes aussi, mais impossible à vérifier, à l’abri derrière la porte du cagibi. Il y fait bon, c’est là qu’est planquée la chaudière. Il a posé un futon dans un coin. Une étagère avec des vieilles revues, quelques bouquins. Un petit bureau où il s’attable des heures. Sérieux. Les yeux dans le mur. Attendant que. Attendant quoi. Il a vu cette plaque sur une porte de baraque de chantier. Rouge sur rouge.

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Un jour il craque. Ça s’est fait petit à petit. A coup de gueulantes. Interminables. Fais pas ci. Fais pas ça. Dors pas. Tu ronfles. T’as pas fait les courses. Vu le salaire que tu gagnes. Tu pourrais au moins te magner le cul. Laisse-moi la chambre. Va dormir dans ton clapier. Tu l’aimes tellement. Et puis. Vu ce que tu baises. Autant plus venir dormir avec moi. Mais qu’est-ce qui m’a foutu un raté pareil. Va te faire foutre. Je te remplace quand je veux. Débarrasse le plancher. Minable. Petit à petit, elle gagne. Il traverse sa vie comme un automate. N’écoute plus. Ne pense plus. Chantier en cours.

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Alors. Il prend les choses en main. Viril. De nouveau. Il calcule. Il décide. Ce qu’il doit trancher. Dans le vif. Ce qui est à lui. Ce qui est à l’autre. Ses 20 pourcents. Il les met de côté. Il les empaquette soigneusement. Avec jubilation. Il danse. Saute à la corde. Rit dans le carré de soleil, pieds nus sur la moquette. Montre sa bite aux voisins d’en face. Pile au milieu du rectangle. Il regarde. Dehors. Il la voit. Elle. La ville. Son amante impérieuse. Alors il continue. Fiévreux. 20 pourcents. Un moment, rigolard, il sort sa calculette. 20 pourcents de 763 livres, ça fait combien. Idem les couverts. Idem les serviettes de bain. Heureusement. Elle travaille tard ce soir, la chieuse. Comme tous les soirs. Il a tout le temps. Lui.

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« Là où l’humain se planque » est disponible ici : Editions Tarmac

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