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Isabelle Bonat-Luciani « Quand bien même » extrait

juin 16, 2016

Quand bien même

Si un jour tu ouvres mon portefeuille, tu sauras que j’ai une carte vitale comme presque tout le monde, un vieux permis de conduire avec une photo qui ne me ressemble plus, pleine d’élans, des places de concert que certains ne feront plus parce que la pluie à fini de les effrayer de trop.
Une carte de fidélité d’une librairie où je ne suis allée qu’une seule fois, pendant un séjour de vacances, mais que je garde quand même parce qu’elle s’appelle la Balançoire et que c’était un jour de soleil mais pas trop, des tickets de manège, un carrousel avec des chevaux immobiles qui n’attendent qu’elle qui n’est pas là aujourd’hui et qui grandira un jour, il faut y penser.
Tu sauras que j’ai un enfant, oui, parce qu’il y a une carte « Orchestra » dont je ne me sers jamais parce que j’oublie qu’elle est là et que je n’y vais pas forcément faire l’orchestre.
Tu sauras que j’ai un abonnement à la bibliothèque, que j’achète des trucs à la FNAC, que j’ai une carte des Galeries Lafayette parce qu’un jour je n’ai pas réussi à dire non quand on m’a proposé de la faire, j’ai préféré dire oui à tout pour être tranquille, elle ne me sert à rien.
J’ai des tickets de CB au cas où je fasse mes comptes, un jour où je voudrai savoir à quel point je ne peux plus rien m’offrir.
Tu sauras que je viens d’avoir une carte Nespresso, et quand je vais chercher du café je me demande si c’est vraiment du café qu’ils vendent ou des intouchables.
Tu verras que mon planning de RDV chez le dentiste s’est arrêté en 2010.
Tu sauras que je n’ai jamais encaissé ce chèque de ma mère.
Tu sauras que j’achète mes CD chez le disquaire du coin.
Peut être que tu verras les deux jetons, un rouge, un vert, du caddie.
Peut être qu’il y aura un billet, pas grand non plus et est-ce que tu prendras le temps de lire ce mot que je n’ai jamais adressé et que je garde comme un regret parce que le temps n’est immortel que tant qu’une voix est là pour porter un intime.
Et toi qui liras ce mot
tu ne pourras pas savoir quel est son interstice.

Quand bien même est disponible ici Isabelle Bonat-Luciani « Quand bien même »

 

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