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Laurence Bouvet « Comme si dormir » : extraits

juin 8, 2016

Première partie

En allant se coucher
Belle mort beau visage
N’a pas souffert on dit bien reposée
Comme on dirait
Comme si dormir
Comme si c’était possiblement comme
Tamèreest morteta mèreestmorte
Façon serviette enfant trop sage
Belle tenue beau pliage

II

Alors j’ai cinq ans
De la terre jusqu’au ciel
Ai perdu tamère croix de fer je ne mens
Ai perdu mamère s’en est allée bilboquet
Rien ne m’est d’elle qui ne soit moi qui ne soit elle
Ai perdu maman compte jusqu’à trois
Un marteau écrase mille abeilles à mon front les années
A la vie pour la vie j’avais une mère – ne l’ai plus –
Alors j’ai cinq ans
P’tit Jésus si elle meurt je te tue !

III

Pourtant j’étais riche
Rondeurs des bras rondeurs des seins des hanches
Rondeurs des joues
J’avais une mère
Rondes heures de mon enfance
Ce qui de l’épaule sur sa peau fraîche
Ce qui de l’expression insistant
Dans mes veines sang de son sang
Fière du rouge à ses lèvres
Fière de sa beauté zyeux verts

 

Deuxième partie

I

C’est-à-dire que ton rire rit en moi
Que ton sourire sourit en moi
Que ta voix est ma voix
Cette manière d’apothéose
Ce mal je m’y pique d’un seul mot cette démarche
Être ce sablier cette fissure je m’y glisse
C’est-à-dire que tu es ce par quoi du sel
Sur la plaie du désordre de la vitesse
Sur les éléments de ma nature particulière
De l’affolement

II

C’est-à-dire que ton rire rit en moi
Que tes pleurs pleurent en moi
Qu’il a plu d’un ciel sans nuage
Des lambeaux insoupçonnés
Que ton pas ô rythme de mes pas sur cette neige
Ôtant au décor et l’époque et son âge
Les pleins et les creux courant sur ton visage
L’oiseau noir mesure matin borgne
Le dernier de tes soupirs mais la terre délicate
Te prolonge de ses encres déliées

III

C’est-à-dire que ton rire rit en moi
Que ta mort mord en moi
Qu’il est des moments où je voudrais t’imiter
Mais à moins de mourir chacune à mon tour
Celui-ci n’est pas joué
Déjà ton air roulant sur ma peau d’herbe et de vitre
Ton reflet s’y accorderait
Si les lunes pleines des légendes
Et pour vivre ce que vivent les fantômes
Quand se taisent les loups

IV

Car ils se tairont sous mes pas de mousse
Là où le bruissement des sèves baptise la vie
Désirant être plutôt que ne naître pas
Cet arbre je m’y colle
Puis j’avance augmentée du silence végétal
Où les solitudes ne sont pas de celles
Qu’il suffit d’effeuiller
Cette marche je m’y tiens
Non pour l’épreuve mais pour les traces
J’avance courant d’air mais le vent doit m’y pousser

Couv.L.Bouvet2-231x300

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