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Guy Allix : Le Sang le soir (extraits)

juin 5, 2016

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Silencement

1C’est quand tu n’as plus de mots
Que tu reviens au poème
Quand tu n’as plus que ce souffle vide
Qui murmure pourtant encore l’amour
En dépit de sa défaite
Sur la page froisséeCe souffle vide
Qui retrouve le geste essentiel
L’incorruptible dénuement
à l’œuvre de la voix 

2

C’est quand tu n’es plus que poussière déjà
Quand tu ne peux plus dire
Que le poème s’insinue doucement en dépit de toi
Et de la vanité d’un nom

Comme à ton insu
Puisque tu ne sais ce qu’il sait
Puisqu’il sait peser la moindre des larmes

 

Rien une goutte de sang

à Christophe Dauphin

 

Oui ce n’est rien
Rien qu’une goutte de sang
Qui coule qui a coulé déjà
Rien d’autre
Mais la dire humblement
La dire seulement dans le nœud du poème
Est tant déjà
Que tu ne sais plus
Si ce n’était rien
Qu’une goutte de sang

 

Courage

Parfois on se dit
Qu’il faut du courage
Même si on ne sait plus au juste pourquoi

La peine n’a plus que le temps
De cet adagio lancinant de Barber
De ces notes arrachées au silence

Et on ferme les yeux
On essaie de tourner la page
De tenter d’oublier qui venait enchanter
Et qui donnait le sens

Parfois on se dit
Qu’il faut du courage
Même si on ne sait plus au juste pour qui
Même si on ne sait pas ce que cela veut dire
Du courage sans plus d’amour

 

Solus
à Marylise Leroux

1
Tu fais quelques pas dans le noir
Si longtemps quelques pas dans le noir
Si seul quelques pas
Sans nulle lumière que la recherche de la lumière

Et ce seul sens d’inscrire une absence de sens

2
Il y a autre chose
Très loin très près
Et tu sais alors
Que tu ne vois pas
Que tu ne vis pas
Que seul ce chemin que tu hésites
Existe au plus dedans

 

N’avoir pas été

Et n’avoir pas été
Ou si peu
Si peu que cet instant ténu d’un pur amour
Que la rencontre d’un regard

N’avoir été que ce souffle entre deux eaux
Ce lent murmure à l’aube d’une voix
Dans la quête insensée du sens

N’avoir été
Que cette vaine promesse
De qui n’avait pas de place ici-bas
De qui n’était pas désiré
De qui ne fut qu’à peine

Et se penche vers son seul lieu
Vers le nœud grouillant de la terre

Dans l’être du désastre
Et de l’absence

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