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Une nouvelle résistance: les revues de poésie de 1970 à nos jours

août 7, 2015

APPEL A CONTRIBUTION
Une nouvelle résistance : les revues de poésie de 1970 à nos jours
Colloque international à l’Université de Cergy-Pontoise (juin 2016)

Argumentaire :

« Tout se passe dans notre état de civilisation industrielle comme si, ayant inventé quelque substance, on inventait d’après ses propriétés une maladie qu’elle guérisse, une soif qu’elle puisse apaiser, une douleur qu’elle abolisse. On nous inocule donc, pour des fins d’enrichissement, des goûts et des désirs qui n’ont pas de racines dans notre vie physiologique profonde, mais qui résultent d’excitations psychiques ou sensorielles délibérément infligées. »

Le dernier numéro de la revue Fario (n° 14, hiver 2014-printemps 2015) s’ouvre sur ces propos de Paul Valéry alertant ses contemporains, en 1935, sur le devenir aliénant de l’homme moderne soumis à des « expériences mécaniques, physiques et chimiques toujours nouvelles » (ibid.). Vincent Pelissier, le directeur de cette revue qui offre à ses lecteurs, avec le plaisir d’un beau vergé et d’une mise en page de grand goût, de remarquables inédits, reprend en écho cette alerte : aujourd’hui, cette « vie physiologique » est d’autant plus menacée que s’abolit la diversité du monde.

« […] c’est peut-être la variété sensible des choses dont il faudrait nous débarrasser, nous défaire à la fois insidieusement et à toutes forces : une diversité du monde que l’on croyait infinie, ses nuances, ses apparitions, ses totems colorés, ses idiosyncrasies, ses ciels singuliers et ses formes coutumières, ses paysages multiples propres à l’étonnement, ruelles avec des petits jardins brouillons, reliques désuètes, ses impressions profondes et désordonnées, ruines et terrains vagues au-dedans de soi, son bric-à-brac manufacturé.
Et encore ses objets pleins d’usure, datés, faisant durer dans le présent un quelque chose d’autrefois, traces que la vie efface peu à peu mais qui résistent ; stigmates d’autres temps incrustés jusqu’ici et avec quoi on pourrait fonder le sentiment d’une possible continuité (au lieu que tout nous parvienne désormais étincelant sur l’écran, comme immuable et neuf, sans aucun signe de ce qui s’est passé). (Ni qu’il se soit passé quelque chose). »

Fario, comme bien d’autres revues dédiées aux pouvoirs de la littérature, s’efforce depuis une décennie de faire entendre des voix singulières pour contrer, autant que faire se peut, l’uniformité du présent et l’oubli — l’ignorance volontaire — du passé, marques du monde contemporain. Cette revue est menacée, comme tant d’autres, par l’interruption des soutiens à la publication. En effet, les revues de création littéraire, qui maintiennent dans le présent des voix oubliées ou négligées, découvrant des lieux possibles de rêverie, d’échappée, paraissent souvent dans des conditions difficiles et sont d’autant plus vulnérables que le nombre de leurs lecteurs est restreint, ce nombre prévalant aujourd’hui sur toute chose. Mais elles résistent par les mots, qui se révèlent aujourd’hui outils et enjeux de résistance à la fois — il est important de parler de « résistance » et non de « résilience », terme plus médiatique, car il s’agit d’un véritable combat.
Nous proposons de nous interroger sur les formes et les stratégies que prend cette résistance par le biais des revues littéraires les plus exigeantes, c’est-à-dire celles qui se vouent en partie à éditer de la poésie, de la prose poétique, et qui ne visent pas, par conséquent, un objectif mercantile pourtant garant de leur survie. De telles revues — hier, L’Éphémère, Argile, L’Ire des vents et quelques autres ; aujourd’hui, Fario, La Revue, L’Étrangère, par exemple, ou des revues en ligne tels Les Carnets d’Eucharis — ont traversé ou traversent encore les difficiles décennies marquées par la disparition orchestrée des repères sensibles de générations entières. Elles ont malgré tout tenté de maintenir vivants et de faire entendre aux quelques happy few des mots propres à couvrir le bruit de fond médiatique et à se distinguer des flux ininterrompus de la « communication ». Dans la course au progrès et la sacralisation positiviste des sciences et techniques, qu’est-ce que les revues littéraires (poétiques) apportent aujourd’hui ? Celles qui ont disparu, qu’ont-elles apporté hier ? De quelle résistance font-elles ou ont-elles fait la preuve ? Autrement dit, qu’ont-elles voulu exprimer publiquement qui ne fut ou qui n’est encore que peu entendu et qui relève d’une stratégie de contre-courant ou de « contre-attaque » ? Où se situent-elles entre tradition et « révolution », entre mémoire et table rase ? Témoignent-elles encore de cette course à l’homme nouveau qui fut au principe des avant-gardes littéraires et artistiques du XXe siècle ? La résistance au mercantilisme du monde contemporain a-t-elle changé de nature, entre les grands courants libertaires et gauchistes des années 70 et « l’indignation » qui semble leur avoir succédé ? Plus largement, quels sont, dans ce domaine, les rapports entre résistance et idéologie ? En outre, dans quelle mesure le format numérique change-t-il la portée de cette résistance et peut-il aujourd’hui sauver les revues de la disparition ? Comment et à quel prix réussissent-elles à se maintenir encore vivantes ?
Nous souhaiterions examiner ces questions à l’échelle du monde francophone car, selon les contextes, les revues littéraires peuvent être aussi le lieu de transmission d’une langue française devenue en tant que telle outil de résistance.
Eu égard à la diversité des cas, les axes choisis ne relèvent pas de thématiques mais sont fonction à la fois de la chronologie et du support et correspondront, si les communications retenues s’y prêtent, au déroulé du colloque :
une première journée sera consacrée aux revues d’hier : des années 70 à 1995 environ ;
une deuxième journée concernera les revues fondées au cours des deux dernières décennies : vers 1995 – 2015 ;
une demi-journée (3ème jour) sera consacrée aux revues numériques.

Informations :
Les propositions de communications sont à adresser à corinne.blanchaud@gmail.com et pierre-henri.kleiber@wanadoo.fr avant le 30 septembre 2015. Elles comprendront :
– un titre
– un court résumé d’environ 200 mots (hors bibliographie) précisant l’axe du colloque dans lequel s’inscrit l’intervention
– quatre mots-clés
– une biobibliographie personnelle de 50-100 mots.

RESPONSABLE :
Corinne Blanchaud & Pierre-Henri Kleiber, MCF(s), U. Cergy

URL DE RÉFÉRENCE
http://www.u-cergy.fr

ADRESSE
Université de Cergy-Pontoise

Source
ICI


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