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Pascal BOULANGER, poèmes

mai 15, 2013


Quand vous serez tout simplement là, lancées dans notre monde, dressées sur notre planète rocheuse ; prenez soin de vos âmes, suivez le meilleur du présent, oubliez le temps sur le fil au-dessus du néant.  
 
J’entends sonner les secondes. Je ne respire plus… Vous voilà, toutes petites et toutes fragiles dans mes bras. 
 
Depuis, j’ai beau faire, j’ai beau ne pas faire : toutes mes sensations dépendent des vôtres. Je suis comme cette branche que le vent courbe, que la lumière éclaire.  
 
Bonheur de ne plus être seul depuis votre naissance.  
 
[…] 
 
Chaque jour est un appel, une révélation. 
 
Chaque jour s’enflamme dans le moindre pli du ciel, dans un fragment de lune, n’importe où et même maintenant quand les nuages font les gros yeux aux étoiles de mer. 
 
Et c’est toujours à vous qu’ils s’adressent ces oiseaux, ces arbres, ces fleurs et ce lièvre qui, sous une rafale de pluie, traverse le chemin. C’est pour vous qu’ils amassent du soleil pour l’hiver, ces feux d’écume sur les plages. 
 
Maintenant un rayon de soleil touche la fenêtre, vous dormez encore. 
 
Près des vagues hautes, sous le regard avide des mouettes, des marins déplient les filets. Les poissons aux écailles fragiles se nourrissent de légendes.  
 
Au loin, quand les cloches d’une église sonnent, quelqu’un qui était très malade ressuscite dans une chambre. Une barque prolonge l’ombre d’un saule sur la rivière. Une rose prononce un vœu sur la cendre. Un homme et une femme, se tenant par la main, s’engagent dans une ruelle pleine de hasard. Toutes les fontaines se mettent à fredonner dans toutes les villes du monde.  
 
 
Pascal Boulanger, Un ciel ouvert en toutes saisons, Le Corridor bleu, 2010, pp. 11 et
..
.
.Départ

Il me faut partir maintenant
pour atteindre des pays gorgés d’eau et de lumière
des océans noyés d’incendies
Mais quand les églises s’habillent
de blé et de lin
je redoute l’exil et le crachat
J’aimerais ressembler à ces vitraux
qui naissent et périssent dans la pierre
Pareil à ces bois
où s’enracinent les fougères
Tant de départs d’attentes et de doutes dans la prière
je me tais et je tremble
Et sans cesse le vacarme des tyrans
sans cesse un même sang lézardant la parole
.
.
.
Il faut porter ce corps
Peau lacérée page écrite
Dans le péché et l’absence et la musique qui sauve tout
Par exemple :
Elle traverse des qualités de matière
Elle est habile en tous jeux
Elle se déshabille lentement
Elle laisse bâiller le linge sur sa peau
J’ai tout mon temps
Je l’invente
.
« le bel aujourd’hui (extrait) »
.
.
.
Prenant le risque
de la plus folle des franchises

je m’arrache
jusqu’à l’épuisement des possibles
à mon destin

pour un destin plus sombre encore

qui dressera
– devant moi, derrière moi –
un mur noir

*

Pyramide de faux pères

(fils et filles hantés)
.
.
.
Pascal Boulanger, né en 1957, vit et travaille, comme bibliothécaire, à Montreuil. Parallèlement à son travail d’écriture, il cherche depuis une trentaine d’années, à interroger autrement et à resituer historiquement le champ poétique contemporain qui, pour lui, passe aussi par la prose. Marqué par la poésie rimbaldienne et le verset claudélien, il a donné de nombreuses rubriques à des revues telles que Action poétique, Artpress, Le cahier critique de poésie, Europe, Formes poétiques contemporaines et La Polygraphe. Il a été responsable de la collection Le corps certain aux éditions Comp’Act. Il participe à des lectures, des débats et des conférences en France et à l’étranger sur la littérature et il a mené des ateliers d’écriture dans un lycée de Créteil en 2003 et 2004.
Il a publié des textes poétiques dans les revues : Action poétique, Le Nouveau Recueil, Petite, Po&sie, Rehauts…
Parmi les études qui lui ont été consacrées, signalons celles de Gérard Noiret dans des numéros de La Quinzaine Littéraire, de Claude Adelen dans Action poétique, d’Emmanuel Laugier dans Le Matricule des anges, de Bruno Cany dans La Polygraphe, de Serge Martin dans Europe, de Nathalie Riera sur le site Les carnets d’Eucharis ainsi qu’une analyse formelle de Jean-François Puff (sur le recueil : Tacite) dans Formes poétiques contemporaines.
Certains de ses textes ont été traduits en allemand et en croate.

Livres :

Septembre, déjà (Messidor, 1991)
Martingale (Flammarion, 1995)
Une action poétique de 1950 à aujourd’hui (Flammarion, 1998)
Le Bel aujourd’hui (Tarabuste, 1999)
Tacite (Flammarion, 2001)
Le Corps certain (Comp’Act, 2001)
L’émotion l’émeute (Tarabuste, 2003)
Jongleur (Comp’Act, 2005)
Les horribles travailleurs, in Suspendu au récit, la question du nihilisme (Comp’Act, 2006)
Fusées et paperoles (L’Act Mem, 2008)
Jamais ne dors (Corridor bleu, 2008).

A paraître en 2009 :

Cherchant ce que je sais déjà (Editions de l’Amandier)
L’échappée belle (Wigwam)

Anthologies :

Histoires, in Le poète d’aujourd’hui par Dominique Grandmont, Maison de la Poésie Rhône-Alpes, 1994.
L’âge d’or, in Poèmes dans le métro, Le temps des cerises, 1995.
Grève argentée, in Une anthologie immédiate par Henri Deluy, Fourbis, 1996.
En point du cœur, in Cent ans passent comme un jour par Marie Etienne, Dumerchez, 1997.
Ça, in 101 poèmes contre le racisme, Le temps des cerises, 1998.
Le bel aujourd’hui (extrait), in L’anniversaire, in’hui/le cri et Jacques Darras, 1998.
L’intime formule, in Mars poetica, Editions Skud (Croatie) et Le temps des cerises, 2003.
Dans l’oubli chanté, in « Les sembles » par Gilles Jallet, La Polygraphe n°33/35, 2004.
Jongleur (extrait), in 49 poètes un collectif par Yves di Manno, Flammarion, 2004.

Parmi ses études et ses entretiens :

Henri Deluy, Un voyage considérable, in Java n°11, 1994.
Gérard Noiret, Une fresque, in La sape n°36, 1994.
Marcelin Pleynet, L’expérience de la liberté, in La Polygraphe n°9/10, 1999.
Philippe Beck, Une fulguration s’est produite, in La Polygraphe n°13/14, 2000.
Jacques Henric, L’habitation des images, in Passages à l’acte n°1/2, 2007.

Photographie de Nora Boulanger
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