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soutenir publie.net, bien plus largement

mai 13, 2013

Source : Le Tiers Livre


se rassembler pour une vraie plateforme de textes exigeants, à la hauteur des enjeux de création

publie.net, c’est 5 ans de présence, et un travail accumulé considérable : presque 600 titres en diffusion numérique, plus de 70 textes en diffusion papier.

Dans ces périodes d’incertitude sociale, d’absence de boussole politique, de précarité qui envahit tout le pays et donc aussi nos propres situations personnelles, l’onde de choc s’amplifie quand elle va aux périphéries, en l’occurrence les acteurs émergents.

Je ne le nie pas : publie.net aborde la phase la plus délicate de son existence.

En même temps, une plateforme viable : nous avons, grâce à l’équipe (Gwen, et Roxane pour les epubs, plus aide de Morgane en alternance, formidable équipe de relecture correction autour de Christine et Jean-Yves, outil de workflow tout aussi innovant via Daniel), et l’appui de 2 bastions extérieurs, Immatériel-fr pour la diffusion numérique, Hachette Livre pour la diffusion papier, un socle que tout le monde nous envie.

Mieux, grâce à Immatériel nous sommes sur tous les créneaux qui vont solidifier encore la diffusion numérique, plein de projets :
- notre abonnement streaming avec accès à totalité du catalogue, une quarantaine de bibliothèques abonnées (oui, une quarantaine seulement, même si c’est ce noyau qui nous a permis d’exister et tenir)
- un dialogue créateur avec 80 établissements proposant des liseuses et tablettes en prêt, via le soutien CNL à l’opération #100bibs50epubs
- des choses un peu confidentielles dans les cartons : nous nous réjouissons de voir les libraires enfin s’organiser en groupements et vouloir prendre au sérieux la diffusion numérique, et nous serons les premiers volontaires aussi pour expériences pionnières d’Amazon, ventes couplées papier+num, location de titres…

Côté papier, la révolution que représente l’unité de production Maurepas, en flux informatique continu, l’arrivée du papier bouffant et de couvertures mates, la souplesse économique de l’outil, une mutation considérable se dessine pour l’édition traditionnelle et Hachette Livre nous a mis au coeur du processus. Et comme nous l’utilisons de façon créative et non pour du reprint, nous sommes au front de l’expérimentation avec eux.

Alors, qu’est-ce qui manque ?
- un temps d’avance par rapport aux usages ? c’est probablement seulement depuis l’automne dernier qu’avec l’iPad mini et le Kindle Fire, la lecture numérique accède enfin à maturité, même si les liseuses progressent elles aussi (mais toujours à l’écart du web, qui fait respirer la lecture numérique), l’équipement devient massif, mais il y a toutes ces phases d’exploration des bécanes, où nous devons surgir de très loin dans le fond du jardin, faire de grands gestes et dire : eh, n’oubliez pas la littérature d’aujourd’hui…
- un temps d’avance par rapport à la presse et à l’université ? le boycott quasi systématique de la presse papier sur nos titres (merci à Livres Hebdo, ces derniers mois, d’avoir été des premiers à manifester son intérêt), difficile de leur en vouloir, ils sont dans leur propre processus d’effondrement, faites la compile des livres qu’ils ont défendu ces dernières semaines, de l’opération Iacub à l’opération Houellebecq et plus besoin de faire un dessin, à nous de faire sans eux. Merci à ceux qui ont été l’exception, comme Alain Veinstein recevant Antoine Emaz ou Dominique Dussidour. Je suis plus sur la réserve concernant l’université, là aussi bien sûr sauf exceptions, et on sent que dans la nouvelle génération ça secoue quand même la carapace – le retard où ils sont concernant la réflexion sur le numérique, culture, identité, usages, et ce qui s’en induit pour la littérature même, n’est pas intellectuellement pardonnable.
- un temps d’avance par rapport aux auteurs ? combien d’amis issus du monde papier qui se fient à leur éditeur pour établir des versions homothétiques de leur travail. Pour quelques dizaines qu’on commence à voir sur Facebook ou sur Twitter, quel investissement personnel via sites et blogs ? Ah si, parlez des indisponibles ou du taux de rémunération des versions numériques, les consultations des billets grimpent vertigineusement, mais ça cesse là. Et l’idée de départ de publie.net c’est la notion de coopérative, pas l’éditeur dans le cliché (ça a sacrément battu en brèche dans l’édition traditionnelle aussi) de l’éditeur maternage, et du cricuit de prescription attaché de presse pour tenter son coup comme au Loto, dans un système de plus en plus basé sur la rotation rapide, la surproduction et la tentation du coup. Nous aurions pu accepter des dizaines d’auteurs comme nous avons accueilli Régine Detambel, Leslie Kaplan, Jacques Serena, Martin Winckler et d’autres qui continuent leur activité papier avec bonheur – ceux-là ont pris le risque qu’on entende désormais bien plus parler des Séné, Vissac, Jeanney et les autres que d’eux-mêmes.

Est-ce rédhibitoire ? Non. Il ya juste que notre situation amplifie les paradoxes :
- l’offre numérique reste une offre croupion, et c’est inexcusable. Les grands éditeurs ont numérisé des milliers de titres de leur fonds, en bonne partie grâce à l’argent public, mais retiennent ces titres en amont de la diffusion (de l’ordre de 20 000 titres numérisés chez Gallimard pour 1600 titres en diffusion, par exemple). D’autre part, une logique de prix dissuasive : le numérique maintenu artificiellement au-delà du prix du poche, alors que le gain éditeur n’est pas du tout le même dans la répartition des coûts, ou une simple démarque du prix papier. De cette politique, ce sont nous, acteurs émergents, qui pâtissons.
- l’idée provisoire que le numérique c’est un, pour la littérature jetable, documents liés à l’époque, divertissement, ou deux, genres populaires comme aux US la romance et la fantasy, ou le polar à la moulinette, les séries et sagas en sujet verbe complément avec passé simple dès la première ligne. Je n’ai rien contre – je ne vise personne, et surtout pas la surprenante expérience de Bragelonne ou de NumerikLivres, les frères d’armes –, plutôt la banalisation du paysage avec des dizaines et dizaines d’acteurs qui peinent à rejoindre le niveau technique que nous donne l’ancienneté. Et nous nous incluons dans ce champ, avec notre collection publie.noir (y compris via reprises de titres d’éditeurs comme Série Noire), sauf qu’on ne va pas dans le sens du poil et qu’on veut d’abord une politique d’auteurs, pas de la camelote en masse, ou l’effort qu’on continue de maintenir sur nos classiques. Mais là aussi, contemporain égale double peine.

Côté papier, tout le monde est à la peine. Nous bénéficions désormais d’une soixantaine de libraires ayant fait l’effort (et comment les en remercier) de quelques-uns de nos titres en commande ferme, donc disponibles immédiatement sur leur site ou en magasin. L’effondrement de la diffusion du contemporain est le même pour tout le monde, sauf que nous on monte, on va donc se croiser, mais là l’équation est une question de temps : vous sortez des merveilles comme le Coup de tête de Vissac, des livres à potentiellement grande diffusion comme le merveilleux cadeau que nous a fait Claude Ponti, et il faut que ça s’installe… Paradoxe mineur : on augmente chaque mois le nombre d’exemplaires diffusés, on paye la fabrication à fin de mois, et les ventes nous sont (très respectueusement) versées par Hachette à 90 jours fin de mois, on doit fournir une avance de trésorerie qui est la rançon même de notre progression…

Côté papier : nous avons eu, les tout premiers, le culot de la complémentarité :
- secret de polichinelle que ça va devenir la règle pour tout le monde, et Folio Classiques devrait arriver très vite avec eux aussi le petit code d’accès epub inclus. Pas non plus dévoiler un secret de polichinelle en signalant qu’aux US, quand vous achetez chez Amazon un CD physique, vous avez droit au téléchargement inclus des mp3, l’outil existe, il va se porter vers le livre et nous aurons un coup d’avance…
- pas réussi à faire passer le message aux bibliothèques – un ami de chez eux m’avait dit en juillet : (tu verras, il faudra 10 mois, les 10 mois sont là, et le message n’est pas encore passé… L’epub inclus dans nos livres publie.papier n’est pas la totalité de l’oeuvre, qu’incarne l’achat du livre papier chez votre grossiste ou libraire habituel, mais un service associé à l’oeuvre. Quand vous achetez un titre publie.papier, vous disposez légalement de l’epub pour vos supports numériques en prêt usagers. Alors, on y va ? Je peux régulièrement identifier une trentaine de nos titres qui émanent de commandes bibliothèques, mais il suffirait qu’on franchisse cette petite boucle, même pas être privilégié, non, juste être traités à l’égal des autres, et nous on est hors d’eau…

Donc, quelques annonces :
- publie.net, on ne lâchera pas. Si on a des problèmes de fins de mois cet été, on ira faire les vendanges ou de l’alimentaire, mais la boutique tiendra.
- les projets publie.net les plus merveilleux, ceux qui demandent du codage, de l’image, on ne peut les développer qu’avec le soutien de nos lecteurs. Pas possible de bosser 2 mois sur Meydan|La Place et qu’au bout de 10 jours on ait 6 téléchargements en tout et pour tout, c’est aussi raide que ça, quand je paye les salaires en fin de mois. Et tout en sachant gré à nos abonnés qu’eux ils ne passent pas à côté d’une nouvelle parution, et donc qu’il y a pourtant, et solidement, création de lecture.
- nous continuons les partenariats co-édition avec universités, théâtres ou résidences d’écrivain : le principe est exposé là, plusieurs projets en route, et nous assurons, pour une somme modeste compte tenu du travail, la disponibilité papier + numérique, la commande via TOUTES les librairies diffusant Hachette Livre, France Suisse Belgique, et la disponibilité numérique, y compris dans toutes les bibliothèques abonnées. N’hésitez pas à prendre contact.
- nous lançons ce mois-ci (enfin) à la fois notre collection publie.noir, avec notamment les John Barnett (7 titres prévus, 1 par mois…) et notre collection publie.monde avec collection Grèce, et le mois prochain la première traduction en français de Berit Ellingsen, Une ville vide.

La semaine prochaine, avec Immateriel-fr (merci Elisa Boulard, et Roxane Lecomte), nous proposerons un prix d’ami sur la tétralogie Al Teatro de Stéphanie Benson, avec même un titre inédit gratuit…

Mais voilà, une fois de plus nous en appelons à vous, nos lecteurs et visiteurs… Si vous ne pouvez pas dépenser des sous chez nous, on ne vous en veut pas, mais alors faites acheter nos titres par des proches, ou bien vos CDI, vos bibliothèques – un titre plus un titre plus un titre. Sachez que vous offrez ce cadeau à une plateforme très jeune et très modeste, pour laquelle chaque titre à l’unité est un cadeau repérable.

Et, si vous le pouvez :
- s’abonner à publie.net pour un an (95€), libre téléchargement de tous nos titres, tous formats, 2 nouveautés par semaine soutien 135€ si vous le pouvez (vous avez été nombreux à le faire, nous vous en sommes reconnaissants).
- pourquoi ne pas explorer les singuliers auteurs qu’on vous propose ? passez voir publie.papier et tentez l’expérience… Les pages du site incluent adresse de libraires pour passer votre commande dans les meilleurs conditions possibles, et c’est une aventure sismique dans les modalités même de l’édition, ne passez pas à côté, c’est là que ça s’invente…
- si vous en avez la volonté, passez donc voir La table ou Questions d’importance de Claude Ponti, ne serait-ce que ces deux titres, et soyez chic : offrez-en un…

Vous le savez, sous le terme de web-édition un autre projet considérable se met en place, dont nous sommes aussi aux premières loges : sur iPad mini ou Kindle Fire, vous lisez le web comme un livre. Chaque site devient un livre. C’est une responsabilité supplémentaire pour les webmasters et auteurs ou blogueurs : assurer en retour navigation, ergonomie, confort, ne serait-ce que la vitesse de chargement, et l’optimisation tablette ou téléphone… C’est un travail qui a un coût, et cet le noeur d’un autre axiome, sur lequel je n’ai d’ailleurs pas de réponse a priori : rémunérer la création en elle-même. Vous aimez suivre tel site, et tel blogueur a autour de son site une constellation de quelques dizaines de fidèles, nous avons développé un outil qui rend possible cette rémunération directe (abonnement au site Tiers Livre Magazine par exemple, pour accès illimité), ou proposer, nous, des bouquets de sites – notamment en bibliothèques – pour lesquels nous nous chargeons de valoriser des ressources qui sinon ne sont plus consultées…

Il y a une question sous-jacente très lourde, ici : en bloquant au maximum de leurs moyens la transition vers la diffusion numérique, les éditeurs traditionnels ont pris un risque. Ils ne peuvent entraver que nos usages de lecture s’installent de plus en plus sur le web. Mais du coup, contrairement aux pays voisins, tout confirme qu’on est en train directement de sauter l’étape du livre numérique, et s’orienter vers un principe d’édition du web lui-même. Ils auront en ce cas contribué eux-mêmes à leur propre érosion, puisqu’ils ne pourront être acteurs de ce nouveau paysage.

Voilà pour le point. L’appel est solennel, une fois de plus. Nous aider dans cette phase où l’incertitude culturelle globale rejaillit plus lourdement sur les acteurs émergents.

Je confirme que nous envisageons en ce moment, sans aucun a priori, toutes alternatives possibles y compris via l’apport de partenaires extérieurs.

Je confirme, tout aussi solennellement, que c’est dans un esprit de ténacité, de confiance, de solidarité, et qu’on tiendra le coup. La clé, c’est vous.

Et ci-dessus, Meydan, que vous ayez au moins vu la couv !

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