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C. N. L. comme l’été dernier

mai 13, 2013

Nous auteur(e)s, traducteurs, libraires et éditeurs soussignés, nous nous opposons et nous opposerons résolument à une fusion des Commissions du CNL destinée à confier le sort des auteurs et éditeurs à un collège d’experts extérieurs contractualisés, nommés par le président du C.N.L. et révocables à merci, les commissions faisant office de simples chambres d’enregistrement de décisions prises dans l’opacité la plus totale. En tout état de cause, la commission de poésie, spécialement, n’a pas à servir de variable d’ajustement, rôle qu’elle jouerait mécaniquement si elle devait être intégrée à un ensemble plus vaste (« Théâtre, roman, poésie »), où quatre membres de la « commission » seraient d’ailleurs chargés de « représenter »le milieu poétique… Les budgets seraient réduits à proportion, naturellement. Bien au-delà du cercle des poètes, bien au-delà des supposées corporations, c’est tout le champ littéraire tel qu’il a été jusqu’à présent protégé, l’exception française, qui est menacé si la concertation qui va avoir enfin lieu en mai et juin ne fait, comme nous le craignons, que modifier légèrement un projet unanimement récusé.

 

PS

Avec l’accord de l’auteur, nous republions ci-dessous la lettre ouverte de Jean-Christophe Bailly (déjà publiée ici par Poezibao),  elle n’a malheureusement rien perdu de son actualité, le projet de réforme étant inchangé.

 

 

 

Premiers signataires.

Nadine Agostini. Laurent Albarracin. Pierre Alferi. Jacques Ancet. Philippe Annocque. Silvaine Arabo. Christian Arthaud. Jean-Marc Baillieu. Jean-Christophe Bailly. Marie-Claire Bancquart. Jacques Barbaut. Stéphane Batsal. Philippe Beck. Christian Bernard. Stéphane Bérard. Sereine Berlottier. Arno Bertina. Patrick Beurard-Valdoye. Daniel Biga. Julien Blaine. Jean-Pierre Bobillot. Mayotte Bollack. Béatrice Bonhomme. Oscarine Bosquet. Yves Boudier. Stéphane Bouquet. Frédéric Boyer. Christophe Bregaint. Jacques Brémond. Charles-Mézence Briseul. Pierre Bruno. Olivier Cadiot. Nicole Caligaris. Pascale Casanova. Benoît Casas. Claude Chambard. Patrick Chamoiseau. Marc Cholodenko. David Christoffel. Françoise Clédat. Eric Clémens. Hubert Colas. Michel Collot. Pascal Commère. François Cornilliat. Jean-Gabriel Cosculluela. Fabienne Courtade. Jean-Patrice Courtois. Alain Cressan. Norbert Czarny. Jean Daive. Jacques Darras. Bertrand Degott. Ludovic Degroote. Michel Deguy. Florence Delay. Marc Delouze.  Henri Deluy. Philippe Denis. Alexander Dickow. Yves Di Manno. Suzanne Doppelt. Franck Doyen. Ariane Dreyfus. Eric Dubois. Patrick Dubost. Jean-Pascal Dubost. Antoine Dufeu. Katrine Dupérou. Stéphanie Eligert. Antoine Emaz. Jean-Michel Espitallier. Claude Favre. Guillaume Fayard. Bruno Fern. Frédéric Forte. Dominique Fourcade. Alain Freixe. Alain Frontier. Christian Garcin. Jean-Louis Giovannoni.  Eric Giraud. Liliane Giraudon. Jean-Marie Gleize. Matthieu Gosztola. Sylvie Gouttebaron. Fred Griot. Frédérique Guétat-Liviani. Georges Guillain. Annie Guillon-Lévy. Gérard Haller. Bernard Heidsieck. Bernard Hœpffner.  Tristan Hordé. Eric Houser. Isabelle Baladine Howald. Leslie Kaplan. Patrick Kéchichian. Abigail Lang. Hadrien Laroche. Pierre Le Pillouër. Laure Limongi. Aurélie Loiseleur. Kristell Loquet. Xavier Löwenthal. Hubert Lucot. Claude Lutz. Yves Mabin. Sabine Macher. Eric Maclos. Laurent Margantin. Cyrille Martinez. Jérôme Mauche. Michèle Métail. Natacha Michel. Yvan Mignot. Morvandiau. Sandra Moussempès. Joseph Mouton. Jean-Luc Nancy. Bernard Noël. Pierre Ouellet. Jean-Luc Parant. Anne Parian. Maxime Pascal. Florence Pazzottu. Charles Pennequin. Mathias Pérez. Eric Pessan. Eric Pesty. Gérard Pfister. Jean-Claude Pinson. Véronique Pittolo. Goria et Pascal Poyet. Christian Prigent. Martine Pringuet. Dominique Quélen. Nathalie Quintane. Katy Rémy. Antonio Rodriguez. Christian Rosset. Jacques Roubaud. Claude Royet-Journoud. Martin Rueff. Dina Sahyouni. Jean-Pierre Salgas. Tiphaine Samoyault.  Hélène Sanguinetti. Jean-Luc Sarré. Isabelle Sauvage. Lucien Suel. Chantal Tanet. Nicolas Tardy. Esther Tellermann. Gérard Tessier. Michel Thion. Florence Trocmé. Jean-Charles Vegliante. Alain Veinstein. André Velter. Jean-Pierre Verheggen. Didier Vergnaud. Pierre Antoine Villemaine. Jean-Jacques Viton. Dorothée Volut. Vincent Wahl. Catherine Weinzaepflen. Laurent Zimmermann.

 

 

 

Lettre ouverte à Jean-François Colosimo, directeur du Centre National du Livre

par Jean-Christophe Bailly

Le 6 juillet 2012

 

         Vous avez voulu réunir le 29 juin dernier l’ensemble des présidents de commissions en exercice pour leur exposer le sens de la réforme du CNL que vous avez entreprise.

Je m’y suis rendu et vous ai longuement écouté. Ensuite une amorce de discussion a eu lieu, où très peu de problèmes ont pu être abordés, bien que la réunion ait duré plus de trois heures. Au fur et à mesure qu’elle se déroulait, je voyais les questions affluer en une série de vagues successives, mais je voyais aussi qu’il n’y aurait aucune chance de les aborder. C’est pourquoi je le fais maintenant, et sous cette forme, la lettre ouverte, afin que tous les intéressés puissent en prendre connaissance : les intéressés, c’est-à-dire le personnel du CNL, les présidents et les membres des actuelles commissions et, plus généralement tous ceux que cela concerne, tous ceux que l’avenir du livre concerne.

 

Tout d’abord j’ai été quelque peu surpris de la date que vous avez retenue : le vendredi 29 juin à 18h30, et en ne prévenant qu’assez tardivement. Il me semble que cela reflète la méthode que vous avez choisie, qui consiste davantage à mettre devant le fait accompli que de procéder à une véritable consultation fondant un authentique débat.

Mais le fait n’est pas accompli – du moins je l’espère, et c’est tout le sens de cette lettre. Je vais vous donc vous dire pourquoi je pense que la réforme que vous proposez met en danger la fonction même du CNL, et pourquoi, par conséquent, je pense qu’elle doit être combattue, et remplacée.

Je commencerai par un rappel. J’ai été membre de la commission « Beaux-Arts » il y a fort longtemps, dans les années quatre-vingt, et j’en gardais un très bon souvenir. C’est en repensant à ce que j’y avais vu pendant trois ans – un travail très sérieux en même temps que convivial, des discussions serrées, aucune aide téléguidée – que j’ai accepté de présider la commission « Beaux-Arts et bibliophilie », où j’ai retrouvé, je dois le dire, les mêmes qualités, et aucun aspect de routine.

Des problèmes se posaient sans doute : le nombre des demandes à examiner devenant excessif, la question des revues – mais rien de bien grave. La diversité des domaines visités  au cours d’une réunion (musique de tous les temps, histoire de l’art, archéologie, esthétique, cinéma, danse), loin de jouer un rôle néfaste, permettait au contraire, grâce notamment à un très bon gisement de rapporteurs, d’aboutir à des séances certes épuisantes mais justes et instructives, où rien de notable, il me semble, n’était oublié. L’ampleur du champ n’empêchait pas qu’une certaine unité de vigilance se dégage, car elle restait malgré tout circonscrite.

 

Aujourd’hui je vois que cette commission, comme toutes les autres, est dissoute, et que les demandes dont elle avait la charge sont appelées à se retrouver dans une nouvelle commission intitulée « Erudition, arts, sciences ». Deux remarques s’imposent aussitôt :

1) Comment sera-t-il possible qu’un travail sérieux soit fait au sein d’une commission aussi large, ayant à juger de domaines cette fois vraiment trop distincts et activant des zones de compétence sans rapport les unes avec les autres ? Qui donc, de nos jours, est susceptible de se faire une idée juste d’un ouvrage d’épistémologie, d’une monographie sur un cinéaste d’avant-garde, d’un relevé de fouilles puis d’un livre sur la biologie, en passant par une étude sur les quatuors de Haydn et un livre d’histoire des mathématiques ? La réponse est bien simple : personne.  Le risque est dès lors grand ouvert de décisions arbitraires, faisant suite à des discussions inconsistantes, voire inexistantes, chacun s’en remettant à la seule logique induite par les rapports, ce qui revient à faire sauter la fonction même des séances, qui est celle d’un contrôle et d’une évaluation.

2) Le champ devient si vague qu’on ne sait absolument pas ce qui peut y entrer. Qui en décidera ? Qui choisira, par exemple, qu’un livre d’histoire de l’art ou d’histoire des sciences soulevant des questions de méthode, passe dans cette commission plutôt que dans la commission « Idées, savoirs, débats », dont l’intitulé, d’ailleurs, est tout aussi flottant, et dans lequel, apprend-on, la philosophie est tout bonnement engloutie ?

 

Et le plus grave est que si l’on observe les autres délimitations, elles sont tout aussi confuses, à commencer par la fameuse commission « Littérature, poésie, théâtre », qui a été la seule pour le moment à susciter une levée de boucliers, les poètes et ceux pour qui la poésie constitue un laboratoire essentiel estimant à juste titre que le risque était plus que certain de voir dans ce nouveau cadre la poésie noyée et renvoyée à ses marges, alors qu’elle a besoin, plus encore que le reste de la littérature, d’être soutenue.

Au cours de la réunion, vous avez dit être blessé par les réactions venant des milieux de la création poétique, et vous avez affirmé que la poésie comptait énormément pour vous. On ne demande qu’à vous croire, mais le doute est permis, et pour les mêmes raisons que pour les autres commissions prévues : les questions liées à la publication théâtrale et celles de la « littérature » (que recouvre donc cet indéfini ?) ne faisant pas forcément bon ménage avec les spécificités de l’édition de poésie : encore une fois le champ devient trop vaste et tout est extraordinairement vague.

Je pourrais continuer ainsi longtemps mais je me contenterai de signaler encore d’autres brouillages : les nouvelles commissions seront elles déchargées de ce qui concerne l’aide aux auteurs et l’aide aux traductions ?  C’est en tout cas ce que l’on comprend en lisant le découpage que vous proposez. Inutile de dire qu’une commission qui serait chargée d’examiner toutes les demandes d’aide à l’écriture, quel que soit le domaine concerné, serait une aberration.

 

L’impression que l’on retire de tout cela est moins celle d’une réforme nécessaire, ou d’une refonte, que celle d’une redistribution arbitraire conduisant à un fonctionnement peut-être plus rapide et expéditif mais certainement pas plus juste et plus conforme à la mission du CNL. Mais j’en viens à ce qui est sans doute le plus grave, qui est le problème de la composition des commissions. Vous avez, au cours de la réunion, insisté sur le fait que les membres des commissions, comme les présidents, étaient tous nommés par le directeur du CNL, sans cooptation d’aucune sorte. Je me souviens que l’usage était un peu différent autrefois, et qu’il était naturel qu’au bout de trois ans celui qui partait indique un ou deux noms, de façon consultative, certes, mais cela faisait partie de la vie du CNL. En tout cas, si votre réforme devait passer, vous vous retrouveriez devant une situation qui ne peut être enviable que pour vous-même, puisque selon vos dires vous auriez la liberté, toute liberté, pour nommer la totalité des membres des commissions renouvelées. En gardant ou non ceux des commissions existantes, on ne le sait pas, rien n’étant dit ni fixé sur ce point.

Quoiqu’il en soit et dans tous les cas, un tel pouvoir régalien et une telle situation sont aux antipodes de ce que l’on est en droit de considérer comme un fonctionnement républicain. Et permettez-moi de vous dire qu’ici la question de la forme rejoint tout naturellement une certaine pente idéologique que l’on a pu voir se dessiner peu à peu à travers, justement, les nominations qui ont été faites ces derniers temps : sous le couvert de refléter l’entièreté de la chaîne de l’ « industrie culturelle » que serait le livre, ce qui s’est profilé, c’est l’évitement subtil de ce qui ne se sent pas en phase avec cet aspect industriel – qu’il s’agisse de personnalités attachées à l’aspect plutôt artisanal de l’édition (et cela touche directement le secteur de la poésie, mais aussi bien d’autres) ou de personnalités attachées d’abord aux aspects conceptuels et projectuels des livres.

Pour ne froisser personne, je ne prendrai qu’un seul exemple : au cas où vous conserveriez certains des présidents ou membres actuels des commissions, comment seulement imaginer qu’un chroniqueur de télévision proche du théâtre de boulevard comme Philippe Tesson (le fait qu’il soit là n’est déjà pas bon signe !)  puisse avoir à examiner des projets s’efforçant de redéfinir aujourd’hui le poème ? C’est tout simplement absurde, voire scandaleux. Et je ne peux pas croire que de telles hypothèses « de travail » viennent par inadvertance… 

Ce que je redoute par conséquent, c’est que la réforme que vous projetez transforme un simple glissement en phénomène irréversible et que le CNL, au lieu de servir, comme sa mission le lui impose, des œuvres de lente venue où le travail du sens est réel, imposant, parfois difficile, aille au devant de ce qui remplace ces exigences par des parades d’efficacité évaluées en termes de librairie.

Il ne s’agit aucunement de tourner le dos aux réalités économiques de la chaîne du livre et de prospérer dans des sphères irresponsables. C’est tout le contraire. La mission du CNL est justement, compte tenu des difficultés économiques que rencontrent les actes d’édition privilégiant le travail du sens, d’aider ceux-ci en les encourageant par un apport substantiel. Je suis bien persuadé que vous me répondrez que c’est justement ce que vous voulez, mais pourtant je pense que votre réforme n’a pas véritablement cette volonté et qu’elle s’en détourne même très dangereusement. C’est pourquoi je m’y oppose.

 

Le hasard fait que la dernière séance de commission à laquelle je dois assister, ma période de présidence venant à échéance, coïncide avec ce qui devrait être également, si votre réforme passait, la dernière séance « ancienne manière ». Ce sera le 30 Octobre prochain. D’ici là beaucoup de choses peut-être auront évolué. Nous verrons bien.


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