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Umberto Saba, poèmes

avril 24, 2013


Cendres

 

Cendres
de si mortes choses, de maux perdus,
de contacts ineffables, de muets
soupirs;

 

flammes vives
vous me basculez dans ce moment où
d’anxiété en anxiété je m’approche
du seuil du sommeil

et dans le sommeil
avec ces liens passionnés et tendres,
de l’enfant à sa mère, à vous, cendres,
je me fonds.

 

L’angoisse
m’attend au passage, je la désarme. Comme
un bienheureux la voie du paradis
je monte un escalier, je m’arrête à une porte
où je sonnais en d’autres temps. Le temps
il a cédé d’un coup.

Je me sens,
avec les vêtements et l’âme d’alors,
dans une foudroyante lumière ; au cœur
ne se résout pas une joie vertigineuse
comme la fin.
Mais je ne crie pas.
Muet
je pars pour l’immense empire des ombres.

Parole (1935-1934)

adaptation personnelle
.
.
.
La vitre brisée

Tout contre toi se meut. Le mauvais temps,
les lampes qui s’éteignent, la vieille maison
secouée par une rafale et que tu aimes
pour le mal enduré, les espoirs déçus,
les quelques biens par elle octroyés.
Il te semble que survivre est un refus
d’obéissance aux choses.

Et ce fracas
de la vitre de la fenêtre est la condamnation.

Parole (1935-1934)

adaptation personnelle
.
.
.
OISEAU EN CAGE

Tenorino di grazia il ne sait pas, lui,
les strophes du rossignol et il n’a pas le cœur
ardent du merle.

Repu avec deux feuilles de chicorée, en cage,
où il est né, il ne fait pas naître d’angoisse : libre
dans la pièce il vient à ma rencontre ou vers elles.

Mes réveils sont un peu moins
tristes grâce à lui qui appelle à la fenêtre les passereaux :
aériennes échauffourées. Et moi, de mon lit,
je jouis de ce rien merveilleux.
.
.
.

Milan.

Parmi tes pierres et tes brumes

je passe mes vacances : me repose

Place du Dôme. Au lieu

d’étoiles

chaque soir s’allument des mots.

Rien ne repose de la vie comme la vie.
.
.
.
Une nuit

 

Comme l’autre nuit vient le sommeil,
il s’insinue déjà dans mes pensées.
Alors,
comme pour une lavandière un drap, se tord
la nouvelle angoisse en mon cœur. Crier
je voudrais, mais ne le peux. La torture,
qu’on souffre une seule fois, est souffrance muette.

Ah, tout ce que j’ai perdu, moi seul le sait.
Il canzoniere
Adaptation personnelle

.
.
Un dossier sur Umberto Saba sur le site Esprits Nomades


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