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Poète: Interview avec Jean Portante sur le métier du poète.

avril 24, 2013

Source Culture.Lu



Résumé

Une interview transcrite de Jean Portante sur le métier du poète.

L’entretien a été enregistré dans la Grande nuit de la Poésie, le 13 avril 2013, à l’Abbaye de Neumünster. 

Expliquez-nous comment devient-on poète aujourd’hui ?

Il y en a qui disent on ne devient pas poète mais on est poète. Moi je ne le pense pas. Je pense tout simplement qu’à un certain moment d’une vie on se rend compte que les mots sont beaucoup plus réels que la réalité. On peut plus les saisir que la réalité et donc on entre en eux pour pouvoir vivre et survivre car sinon le reste qui nous entoure et tellement laid. On peut avec les mots s’échapper de tout ceux et créer son monde qui est le monde de la personne qui la crée. A ce moment là on est peut-être devenu poète. C’est seulement un élément de la réponse bien entendu car la poésie c’est écriture et l’écriture est un métier.

La poésie est-elle bien représentée au Luxembourg ?

Je pense, je crois que le Luxembourg a une dizaine de très bons poètes qui voyagent un peu partout, qui sont lus un peu partout. Je crois que pour un territoire aussi petit c’est beaucoup.

Il y a donc un fort intérêt pour la poésie au Luxembourg ?

Il y a aussi un fort intérêt mais c’est suspect. La poésie est dans toutes les écritures la seule qui échappe à la marchandisation et au marché. Si elle veut à tout prix entrer dans ce marché là elle va perdre son âme. C’est peut être mieux qu’elle reste à l’extérieur, qu’elle ne devienne pas culture de masse mais qu’elle reste ce regard posé sur le monde parce que c’est presque la seule qui le fait encore.

Vous écrivez en luxembourgeois et en français, aussi en italien ?

J’écris apparemment en français. Tout ça c’est comme si c’était du français mais en réalité j’écris dans une langue « baleine » c’est-à-dire la baleine a à l’intérieur d’elle, comme tout le monde le sait, un organe qui n’a rien à voir avec la mer qui est son poumon, qui est quelque chose qui lui viens de la terre ferme, et donc elle ne peut pas vivre dans la mer. Donc on croit que c’est un poisson mais en fait c’est un mammifère. Moi, on croit que j’écris en français mais à l’intérieur il y a le poumon italien que j’ai mis dans la langue, et donc la langue respire à l’italienne, le rythme est italien mais ce qu’on voit est français.

Dans un sens vous avez donc votre propre langage ?

Je pense que tout écrivain doit avoir sa propre langue. On ne peut pas dire que Proust écrit en français, Proust écrit en proust, et il n’y a aucun autre qui écrit dans cette langue là. Je pense que si un écrivain n’écrit pas dans sa propre langue, que d’ailleurs dans la psychanalyse on appelle une « malangue » – chacun a une « malangue » – si on n’écrit pas dans sa « malangue » alors on écrit dans la langue d’un autre et on n’est plus dans la littérature.

Pensez-vous qu’il y a assez d’événements comme le « Printemps des poètes » ou voudriez-vous qu’il y en ait plus ?

Je pense qu’il y a pas mal de choses qui se font au Luxembourg au niveau des présentations de textes. Maintenant on peut toujours être impatient et dire qu’il en faudrait plus. Mais pour revenir à la question que vous me posiez avant, c’est-à-dire pour la poésie c’est mieux de rester dans la sphère du privé et de l’intime. Dès qu’elle se mêle du massif elle entre dans des choses qui n’ont plus rien avoir avec elle. C’est une parole intime. Le mieux c’est qu’on ait le livre dans la main, qu’on le lise tout seul et qu’on ait cette confrontation avec l’écrit. Quand c’est un grand groupe je pense qu’il y a quelque chose qui se perd.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune poète aujourd’hui ?

Peut être une seule chose. Il faut qu’il sache dès le départ que les mots et les choses, ce n’est pas la même chose. Que quand il dit « chaise » il ne dit pas une chaise, il dit le mot « chaise ». Le mot « chaise » est l’image de la  chaise, c’est une métaphore. Je lui dirai donc, sur le mot « chaise » je ne peux pas m’asseoir. Ce qui veut tout simplement dire que le mot « chaise » et la chaise n’est pas la même chose. Si on ne coupe pas les mots de leurs objets on ne fait pas de la poésie. Ce n’est qu’en coupant les mots, un peu comme un enfant qui a un ballon dans la main. Il faut couper le cordon qui va des mots aux choses. A ce moment-là, les mots sont libres et ils peuvent vraiment dire les choses.

Aujourd’hui le « Printemps des Poètes » était multilingue, on eut de l’allemand, du français, du néerlandais, est-ce que vous trouvez que c’est une bonne idée ?

Bien entendu puisqu’il n’y a pas de langue de la poésie. La langue c’est la poésie. Donc toutes les langues c’est la poésie. Moi, je pense que de toute façon, chaque langue a, à l’intérieur d’elle-même toutes les langues. On n’a qu’à prendre le français, dedans il y a le latin, dans le latin il y a le grec, dans le grec il y a l’attique, dans celui-ci il y a l’indo-européen, dedans il y a l’indo-persan. Donc toutes les langues du monde sont dans une langue. On pense que c’est quelque chose ‘un territoire petit’. Non chaque langue parle toute les langues. Ici nous en avions beaucoup, le hollandais parle toutes les langues, le français parle toute les langues l’Allemand parle toutes les langues, donc c’est extraordinaire.

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