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Laurent Bouisset, poèmes

avril 23, 2013

Le bord exact de la combustion

Un battement de cil à peine
Le cliquètement fugace d’un briquet
Et elle est là

Elle est là loin

Très loin de se laisser anéantir par le cyclone vorace
Des gens autour
Fumée chants cris les rires
Les crânes barbares furieusement entrechoqués comme des verres

Tout cela maintenant n’existe plus

Elle a consumé tout

Apparaissant

Même l’horizon

Ou plutôt non

Disons qu’apparaissant

Elle a ensommeillé

D’on ne sait où vraiment jaillie
Une eau se verse

Entre vous deux

Limpidement

Tes yeux
Vers elle
Y vont

Maintenant

Lancer un voilier

Ce voilier-là
Ses cils revêches
Ne l’accueillent pas avec douceur

Ce voilier-là
Ses yeux de louve
Le déchirent même

Le déchiquètent

L’envoient sombrer quelque part loin

Dans les tréfonds d’obscurité du comptoir lourd

Loin de te refroidir
Ce carnage-là
Je crois bien oui qu’on peut le dire

T’a attisé

A elle maintenant

A elle maintenant d’aller jeter une pirogue
Subtile
Discrète

Presque en papier

Cette pirogue si pleine de grâce
Et dérivant fragilement

A la surface muette des eaux

Tes yeux s’en bâfrent

Animalement

Vous voilà ainsi donc rendus au bord

Au bord exactement de l’imprudence

Vous pouvez parfaitement plonger
Maintenant

Plonger très fort

D’une tête une seule

Et déserter l’attente

Vous pouvez parfaitement aussi rester

Lointains longtemps

De part et d’autre de cette eau

A l’explorer avidement

Egalement encore tout suicider
Bien sûr

Reprendre vos yeux comme si de rien n’était
Et repartir

Maintenant seuls

Seuls et rongés magnifiquement par le fantôme d’un même regret

Mais ce serait mentir
Que dire cela

Dire que tous deux
A l’heure qu’il est

Avez encore le choix

L’instant s’est maintenant gorgé de lave

Gorgé de lave jusqu’à craquer

Une seconde
Un siècle au moins

Que plus un seul de vos gestes ne dépend

Que plus une seule de vos pensées n’infléchit plus du tout
Le cours

Une seconde un siècle au moins que l’issue même de la nuit est arrimée

C’est tout

Seulement

Avant toute chose

Au mouvement ou non d’une planète

Lointaine

Brûlante

Au bord d’entrer précisément
A cet instant

Avec une infinie lenteur

Silencieusement

En combustion entre vos doigts

Jocotenango, Guatemala, le 15/07/10
.
.
.

Un sourire vrai

Pour mes amis guatémaltèques

A une valeur
Cette photographie

Que mentalement
Du grand volcan
Je suis en train de développer

Parce que justement elle n’a rien d’immortel

Parce que la conscience totale
Que l’impression de ma mémoire
Et à jamais toujours
S’avèrera

Insuffisante

Et que je la sais s’en allant
La presque infime moustache de brume
Tenant caché
Le haut secret du grand cratère
Et que je le sais volatil
Le caféier
Que je la vois gonflée de nuit
Cette prairie imperturbable
Mourante son eau
Mourants ses arbres
Que je le vois liquide et beau
Et s’éteignant
Le cheval brun
Au loin

Paissant

Parce que cette conviction intime que rien ne tient
Jamais

Qu’à un ruisselet bleu

Que je me sais
Moi
Comparable
A cet instant

A la plus petite cendre en fuite

Au bout fini de ma toute dernière clope

Parce que cela tout cela oui je l’ai perçu
Profondément
Sur un cheveu

Que m’est venue l’envie
Soudain
D’un sourire vrai

Face au volcan

Une heure ou deux

M’éternisant

Jocotenango, Guatemala, le 15/07/2010
.
.
.

Pesamment là
Là bruyamment

Dans l’attente d’un mauvais
Conseil

Pesamment là
Là bruyamment
Dans l’attente effrénée
D’un vers
Assez fou
Sur le champ
Pour m’arracher la tête

Rapide
Léger
Violent
Dribbler entre les flics
Sans la moindre pitié
Du haut d’une tour
Aller tirer un penalty
Avec

Là dans l’attente d’un coup de pied au cul
N’importe lequel
Téquila
Punk rugueux
Décharge
Tout ça oui fort
Féroce
En flammes
Et qui m’arrache
Et sur le champ
Me shoote
Un corps d’anguille
Et m’éjacule cent ans plus tard

Cheveux dressés
Ventre fumant
Plein cœur de braise d’une mêlée sauvage
Faite de gens échevelés
Canines en sang
Tous
Résolus à en découdre
A FISSURER TOUS LES THEATRES
A TEMPETER CONTRE LA NUIT

Pesamment là
Là bruyamment

Dans l’attente d’un réveil
Idiot

San Francisco, Californie, août 2009
.
.
.

La route du couchant

Plus de vitre à désembuer
Demain
Plus d’aube à fendre

Toute chose baigne
Et meurt
Auprès d’une eau paisible

L’aurore s’estompe
La fumée boit

Sereinement les bracelets
De carapaces
Ont pris la route du couchant

San Francisco, Californie, août 2009
.
.
.
Laurent Bouisset

Email : laurentbouisset@yahoo.fr
Blog collectif : http://www.fuegodelfuego.blogspot.com

– Naissance en France, à Lyon, en 1981.
– Etudes de lettres modernes à l’université Lumière Lyon 2 débouchant sur la rédaction d’un mémoire de maîtrise intitulé : « Qu’est-ce que le post-exotisme ? Essai d’introduction à l’œuvre d’Antoine Volodine ».
– Formation en parallèle d’un groupe de free-rock nommé LA LANCHA et enregistrement en tant que guitariste-compositeur-chanteur de deux albums : « AU CONTACT » et « DES HACHURES », tous les deux aujourd’hui disponibles sur la plateforme de téléchargement Jamendo (www.jamendo.com).
– Publication en 2004 d’un article consacré au rapport entre cinéma et fiction dans le roman d’Antoine Volodine « Nuit blanche en Balkhyrie », dans la revue lyonnaise SANGUINE.
– Départ en Guyane en 2006 (enseignement dans un collège de Cayenne), et publication, à l’automne, d’un long poème, « Java », dans le numéro 10 de la revue en ligne CHAOID (www.chaoid.com), où figurait également le plaidoyer de Christophe Fiat « Pour une littérature audio ».
– Publication en 2009/2010 de trois poèmes dans trois numéros du mensuel SIC imprimé par le collectif toulousain DIXIT : « L’abord des lianes » écrit en Guyane, « Soleil blanc » écrit au Mexique et « La Route du couchant » écrit à San Francisco.

– Toujours en 2010, co-création avec le peintre guatémaltèque Erick Gonzalez du blog de création collective FUEGO DEL FUEGO (www.fuegodelfuego.blogspot.com), où vont régulièrement être associés et mis en perspective poèmes, tableaux, dessins, photos, et aussi traductions/réécritures des amis poètes latino-américains suivants : Alan Mills (Guatemala), Javier Payeras (Guatemala), Hector Hernandez Montecinos (Chili), Luis Miguel Hermoza (Pérou)… Mise en ligne également de vidéos et bandes sonores permettant de rendre aux poèmes leur ampleur musicale et rythmique, ainsi que de tisser et renouer des liens avec un passé musical enfoui.

– Publication en 2011 d’un poème écrit au Guatemala, « Le Bord exact de la combustion », dans le numéro 24 de la revue PYRO.

– Publication, toujours en 2011, d’un poème intitulé « Kafka aurait dû tout brûler » dans le premier numéro en français du fanzine LE CORNELISME INTERNATIONAL créé et co-dirigé avec le poète péruvien Luis Miguel Hermoza.

– Publication en juin 2012 de deux poèmes dans le numéro 149 de la revue VERSO : « Avec les loups » écrit au Mexique et « Un sourire vrai » écrit au Guatemala.

– Publication, à l’automne 2012, d’un long poème écrit au Mexique : « LA EXPLOSION DEL FRUTO GIGANTESCO » dans le numéro deux du fanzine LE CORNELISME INTERNATIONAL et performance publique à l’occasion de cette parution à la galerie parisienne NMARINO.

– Publication, à l’automne 2012, de dix poèmes sur le site du COLLECTIF RHIZOME (www.collectif-rhizome.com) et début d’une collaboration musicale avec son fondateur, le photographe et musicien Fabien de Chavanes, visant à aboutir à une présentation musico-littéraire du long poème : « Enfin nu le silence ».

– Publication en janvier 2013 de « STAMBOULIOTE IMPROVISATION », long poème musical réalisé en collaboration avec Fabien de Chavanes et écoutable sur internet à l’adresse suivante :

– Performance en direct sur Radio Galère (http://www.radiogalere.org/) dans l’émission DATAPLEX présentée par Damien Morel et Fabrice Jahk. Interview + lecture habitée du poème : « LA EXPLOSION DEL FRUTO GIGANTESCO ». Performance filmée par l’artiste mexicaine Anabel Serna Montoya et visible à l’adresse suivante :
http://fuegodelfuego.blogspot.fr/2013/02/free-poetry-mit-wurst-mardi-12-fevrier.html
Performance écoutable également sur le site de Radio Galère à l’adresse suivante :
http://www.radiogalere.org/node/3848

– Publication, en février 2013 toujours, du long poème sonore « Enfin nu le silence », réalisé en collaboration avec Fabien de Chavanes et écoutable à l’adresse suivante :

– Publication, en mars 2013, de deux poèmes (écrits au Guatemala et en Guyane française) dans la revue de poésie contemporaine LE CAPITAL DES MOTS (www.le-capital-des-mots.fr/) dirigée par Eric Dubois.

– Nouvelle performance en direct sur Radio Galère le 12 mars 2013, dans l’émission de free-poésie DATAPLEX : « LA POESIA ES UN ARMA CARGADA DE FUTURO », collage de différents textes poétiques réunis sur une musique de Akosh S. Unit. (performance disponible à l’écoute intégralement sur FUEGO DEL FUEGO)

– Lecture au théâtre Toursky dirigé par Richard Martin, à l’invitation d’Evelyne Levasseur (adaptatrice d’œuvres de théâtre connue pour son travail sur l’œuvre de Raymond Queneau) et de la REVUE DES ARCHERS, le mercredi 20 mars.

Et sont à venir également, dans le courant de l’année 2013 :

– de nouvelles performances en direct une fois par mois dans l’émission DATAPLEX sur Radio Galère (avec laquelle s’entame une collaboration fidèle).

– les parutions de cinq poèmes dans la revue VERSO dirigée par Alain Wexler.

– l’achèvement sans doute d’un roman intitulé : « Je ne devrais pas être là » dont un extrait (finalement absent de la version finale) avait déjà été publié dans le numéro 1 du fanzine franco-péruvien LE CORNELISME INTERNATIONAL.
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« ENFIN NU LE SILENCE » que vous pouvez écouter à l’adresse suivante :

« L’inspiration est jazz, bien sûr. La figure de Coltrane, mais de bien d’autres saxophonistes aussi parsème le texte, mais nous ne cherchons pas pour autant à coller à des images, ou à des références, ou encore à des icônes inhibantes. Nous cherchons à déplacer les symboles, à peindre des instants, des pouls et dans l’eau des nappes de son, à mieux nager. Et, revenus sur terre, courir alors. Courir loin des drapeaux. Comme le gueulent les gamins des favelas ou bien d’ailleurs, à la fin du poème, après la mort du musicien : « Son tibia frappe un rêve de tambour / Un rêve de carnaval enfui / Que l’on rattraperait / C’est sûr / Si l’on pouvait seulement / Courir encore / On laisserait crier / Dans ce feu / Toute la nuit / Ce feu de nos jambes / Et des notes / L’amertume et le bleu / Et le vent bleu des vagues / Revenues calmement / Ecorcher l’ombre »

Nous cherchons à scruter le plus noir des cauchemars possibles, c’est-à-dire déterrer l’os encore chaud du vingtième siècle et nous pensons à son achèvement surtout, après le sentencieux « plus jamais ça », ayant vu la répétition la pire, le retour de l’infect au pied des acacias du côté du Rwanda, au fond des Balkans mutilés pour ce qui est du génocide bosniaque. Nous cherchons à scruter cela, par les mots, par les sons, par l’extension de nos voix démultipliées mais sans volonté d’en devenir les otages amers. C’est le contraire. Nous puisons tout au fond de nos échecs, de nos échecs en tant qu’espèce, mais pas seulement, de nos échecs en tant qu’individus, l’insatisfaction primordiale, l’indignation élémentaire donnant rage et folie et ses couleurs au saxo-flux de mots, de notes et d’horizons ressuscités. Comme il est dit au plateau 5 : « Précisément parce que / Cracher t’est impossible / Que tu craches à te tordre l’âme / Parce que l’avenir s’est éteint pour ta pomme / Que t’évolues / Te crames / Et tu deviens / La frustration est le terrain / Elle est la corde aussi où tu t’enlaces / Où t’aimerais monter / Mais tu l’avoues que / T’as du mal… »

Ce silence dont il est question à la fin. Ce silence-là ne peut s’étreindre qu’au terme d’un chant endiablé. Qu’après l’immolation du duende, pour reprendre les termes de Lorca. Qu’après l’épreuve et l’exorcisme pour reprendre les termes de Michaux. Car il s’agit d’une transe avant tout, dans le sens chamanique du terme. D’un long chorus ou d’un solo qui, s’il est bien joué, pourrait amener les lecteurs et spectateurs, les spectateurs-lecteurs, les auditeurs, à se resituer sur la carte en lambeaux de ce monde en charpie, ou à se perdre… A se perdre et saigner, et respirer, derrière… Derrière la vie qu’on nous veut faire… Nu, seul, et libre, au pied d’un phare hanté… Hilare.)

– ensuite l’autre très long poème écrit en Turquie « STAMBOULIOTE IMPROVISATION disponible à l’adresse suivante :

(Dix jours de feu. Dix jours où dormir n’était pas le propos. C’était bien plutôt rencontrer. Arpenter les rues d’Istanbul, explorer loin, parler. En turc ou pas ou en anglais, ou du français, ou des silences, très peu importe. Très peu importait le langage. Il fallait décoller, c’est ça le but. Il fallait décoller, danser, voler. Et ce qui s’est condensé sur ses pages, ce serait le récit d’une insomnie, au fond. Le récit de cette nuit blanche étendue qui, dans la fièvre et la folie, de part en part se serait vue poignardée par des rythmes.)

Nous vous invitons également à visiter le blog Fuego del fuego (www.fuegodelfuego.blogspot.com), où l’ensemble de notre travail est regroupé (ainsi que sur le site du collectif Rhizome : http://www.collectif-rhizome.com/).

Amitiés poétiques et bien cordialement,
et bonne chance pour la suite de votre travail !

Laurent Bouisset (poète-performer) et Fabien de Chavanes (musicien-photographe)

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