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ADONIS, poèmes

avril 18, 2013

DIALOGUE

« Où étais-tu ?
Quelle lumière pleure sous tes cils ?
Où étais-tu ?
Montre-moi, qu’as-tu écrit ? »

Je n’ai pas répondu. Je n’avais plus de mots
Ne trouvant pas d’étoile sous le brouillard de l’encre
J’avais déchiré mes feuilles

Quelle lumière pleure sous tes cils ?
Où étais-tu ?

Je n’ai pas répondu
La nuit était hutte bédouine
les lanternes étaient tribu
et moi soleil émacié
sous lequel la terre changeait ses collines
et le vagabond croisait la longue route
.
.
.

Index des travaux du vent (aphorismes)

J’ai écrit mon identité
A la face du vent
Et j’ai oublié d’écrire mon nom.

Le temps ne s’arrête pas sur l’écriture
Mais il signe avec les doigts de l’eau

Les arbres de mon village sont poètes
Ils trempent leur pied
Dans les encriers du ciel.

Se fatigue le vent
Et le ciel déroule une natte pour s’y étendre.

La mémoire est ton ultime demeure
Mais tu ne peux l’y habiter
Qu’avec un corps devenu lui-même mémoire.

Dans le désert de la langue
L’écriture est une ombre
Où l’on s’y abrite.

Le plus beau tombeau pour un poète
C’est le vide de ses mots.

Peut-être que la lumière
T’induira en erreur
Si cela arrive
Ne craint rien, la faute est au soleil
.
.
.

MIROIR POUR UNE QUESTION

J’ai questionné et on m’a dit
La branche couverte de feu
est oiseau
On m’a dit que mon visage était la houle
Et le visage du monde miroirs
peine du matin, phare

Je suis venu
Encre était le monde sur ma route
Phrase tout frémissement
J’ignorais qu’entre nous
un pont était jeté – foulées
de flammes et prophéties
Un pont de fraternité

Et j’ignorais que mon visage
était vaisseau
Naviguant dans une étincelle

In Un refuge dans l’éclair, Mémoire du vent, Poésie/Gallimard, p.70
.
.
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Hier

J’ai fermé la porte de ma chambre avec la prime étoile
J’ai tiré l’unique rideau et j’ai dormi avec ses lettres
Et voilà l’oreiller mouillé et les mots pleins

je suis magicien, son nom est encens et encensoir
je suis magicien, elle est étincelles et temple aux primes braises
je m’étends dans l’épaisseur de la fumée
je dessine les signes
je jette un charme à sa blessure
L’efface avec ma peau
O toi blessure ô enfer éclairant
Ô toi blessure ô mort ma familière

Dans la blessure il y a des tours avec des anges
Une rivière ferme ses portes, des herbes marchent
Un homme se dénude
Il effeuille la myrte sèche et il rend grâces,
L’eau tombe goutte à goutte sur sa tête,
Il se prosterne et disparaît

je rêve –
Je lave la terre jusqu’au miroir
je la frappe d’une muraille de nuages d’une haie de feu
Et je bâtis une coupole de larmes je les façonne

Que m’as-tu préparé comme ultime cadeau ?
« – Ma chemise, celle qui le jour des noces nous entourait.
Et je descendrai avec toi dans la tombe
Pour te rendre facile la mort de l’amour

te mélange avec mon eau et je te donne à boire à la mort
je te donne mon bien : la tombe et la gratuité de la mort. »

Une fois je l’ai vue sur la terre un flacon
Mer qui se penche
Pleine de conques et créatures réincarnées

Oiseaux et ailes
Et lors j’ai dit
Que la transparence de femme soit la transparence du ciel
Que le monde devienne une pierre de sexe

Et je la verrai mer qui se penche
J’aimerai son écume et creuserai pour elle un coin près
de mon œil

je jurerai aux vagues qu’elles sont mes voisines
Promenant selon leur sel mes angoisses
Elles veillant avec moi ou s’endormant
Lisent en moi leur propre écho :
Il dit : (Tu es ange et tu ne vois que sous la peau
C’est entre toi et l’ange l’unique ressemblance
Ne veux-tu découvrir le continent des profondeurs?
Donc, abandonne
À quelque autre que toi le continent des cimes.)
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Des dossiers sur Adonis

Sur Esprits Nomades
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Sur La Pierre et le Sel


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