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Clara REGY : En attendant les fourmis…

avril 17, 2013


En attendant les fourmis…

Dix-sept heures pyjama petite odeur de nuit, musicale aussi
le mur des bureaux ne brille pas c’est samedi l’adret et l’ubac restent sombres
ma fenêtre se penche rien n’est triste ni gai
caresses pour le chat et autres sucreries
et je pense
-ma mère ses grands bras dans la tombe
pliés comme linge vide
chamailleuses fourmis sur la pierre l’été ramènent à la vie
dansent et dansent encore toutes de noir vêtues
mais l’hiver pas là
en excursion peut être

et j’attends une lettre

—–

tournevis à la main flics et hommes en noir le visage dernière fois plus fatigué qu’hier
il est temps de partir
et les hommes s’activent sur la boîte toute neuve
le temps est doux on dirait le printemps mais les arches du pont dans la Loire encore grise
ce n’est que février
leurs gants vissent silencieusement n’aurait pas supporté
il est temps de partir
auto-mobile mécanique fenêtres ouvertes crie et chante variétés
-ne pleure pas encore-
elle me suit
le temps est doux on dirait le printemps mais les arches du pont dans la Loire encore grise
lui avais choisi robe bleue broche collier bien ensemble
le temps est doux on dirait le printemps mais les arches -encore-

24 février qui ne veut pas partir

—–

-lavomatique- linge voyage tournant hublots brûlants
choses de rien habits du corps
kilomètres de couleurs synthétiques animales végétales
arrachées aux grands sacs plastique
la lessive toute pâle et la crasse parfois un peu de honte au bout des bras
elle mettait au jardin le linge parfumé le vent
le soleil parfois
la pluie se mêlaient à l’ouvrage
aujourd’hui soleil
les gens ont l’air heureux sur les terrasses
chaise de fer

comme eux

Le bar musique/ poussière
trop de bière
partie de baby-foot
hommes nains ridicules
en short couleur bois
mais au bas de ma joue
un peu d’eau tiède salée
épaisse comme la boue

-chagrin-

—–

nue
pliée dans la baignoire
je paysage genoux blancs
pieds rougis
mon corps
froidement
rien à dire
vivant
les bains dans la bassine
lavande sudiste/eau de Cologne
parfums du voyage
sous les longues mains
banales effluves
babil charnu de petite fille
je caresse mon genou
bienveillant
et regarde
fuir l’eau

facile

—–

robes à fleurs habillées d’un pas trop grand pour moi collée
dans leurs feuillages mêmes bruits odeurs paysages
chaque fois la Loire basse moyenne haute grise bleue transparente : là !
-encore la crue ça faisait peur et j’aimais ça-
la télé cowboye d’un Stetson plein de sueur
doublage c’est la voix de Don Diego de la Vega

une seule voix pour tous ces hommes là ?

.
.

j’ai mis tout mon amour et tout mon fric aussi
sur le comptoir de marbre du magasin de fleurs
douze têtes droites souriantes :
qu’elles chantent douze mois coqs joyeux fiers et dociles
mais le gel a ravi les chants les plumes les pétales les couleurs
du chrysanthème jaune imbécile et menteur !
acheté petit cyclamen dans un pot rouge

sans plume !

—–

tricot de laine rêche -aiguillées qui me serrent un peu le cœur si bas
et la vois surgir len/te/ment
peu de chair beaucoup d’ombre
le voisin du dessous n’ouvre pas à sa mère
ivre mort ou simplement vivant
parce qu’il n’a plus le choix
et qu’il en a le temps
la mère crie le silence de l’immeuble
-reviendra demain
sacoche de chagrin
et vieux vélo grinçant
et la lourde grille

de notre cimetière

—–

la flamme du « candle » de Harlem flacille
flacille à haute voix
images odeurs « you’re welcome »
vols « cancelled » Sandy violence
nature plus forte que les hommes
photo de ma mère
baptême de l’air : deux amies
tendresse maladroite encoudées embrassées
penchantes et radieuses
c’était soleil pour la pose

-joyeuses-

.
.

le code est imbécile 4 chiffres à suivre
jeté cigarettes
bouche vide mains vides
c’est un film
paravent sans couleur volants mauves vivants
son corps
il semble que demain
le sourire fléchira
mais on croit
voir bouger le regard les gestes
le vide sous les mains
soulever le décor
se combler et partir
pour la dernière fois
la petite enfant pleure /nuit
aujourd’hui presque hier
cigarettes reprises
-elle n’aurait pas aimé-

extérieur froid !

—–
au dessus des voies,
je cours
heureuse d’avoir deux jambes
sur le pont poussée par le froid
plus vite que ma tête
dépasse
les travailleurs de l’aube ont semé tant de sel
pour repousser les chutes,
je cours
épuiser moins de temps qu’hier
pour atteindre
la perte du chagrin
retrouver l’équilibre
je cours
et tout à coup
je tombe
mais
mon corps
ne dit rien
tout au dessus des voies

c’est un nouveau matin

la libraire m’a offert
pois rouges et blancs un crayon d’enfant
grands voyages passés des cartes j’écrivais
toujours beau temps
c’est parfois rassurant
les enfants
je ne t’écrirai plus
je ne t’écrirai plus
c’est fini

maintenant

—–
n’a pas souffert
à l’école des mots
l’on apprend à dire
à l’école des mots
des gens de l’hôpital
où meurent ceux que l’on aime
loin de nous
de nos bras
n’a pas souffert
comme proverbe
mot doux
sur carte postale
n’a pas souffert

et l’on y croit

—–

d’énormes camions
s’amusent sur la route de pluie
roulent de front
brûlent les cieux de leurs phares de lune
jeux de garçons sans doute
ne pas dire qu’elle pleurait
beaucoup souvent
parfois la tentation
de se noyer
tout contre

puis non

une chanson idiote
dégouline sur ma joue
le chat semble comprendre
j’ai l’alliance trop grande
ou le doigt trop petit
la paresse essuie
d’un revers de manche
j’ai une main d’oiseau
baguée d’or et de temps

mais ne sais pas voler

—–

dix-sept heures pyjama petite odeur de nuit, musicale aussi
le mur des bureaux ne brille pas c’est encore samedi l’adret et l’ubac restent sombres
ma fenêtre se penche rien n’est triste ni gai
caresses pour le chat et autres sucreries
et je pense
-ma mère ses grands bras dans la tombe
pliés comme linge vide
chamailleuses fourmis sur la pierre l’été ramènent à la vie
dansent et dansent encore toutes de noir vêtues
mais l’hiver pas là
elles reviendront peut être

j’ai reçu une lettre
« l’absence n’est pas l’oubli ».


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