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James Sacré, poèmes

avril 15, 2013


Le jardin (ou verger) nourrit l’air du printemps.
J’y travaille un poème où disparaît le temps
(Je le veux), je regarde un village patient.
Mais les pivoines sang, les pommes que j’attends ?
Cœur, l’espace est léger : jardin qui se détend ;
Il faut pour un automne oublier le printemps.
Mais pourtant je l’espère ! ah, pourtant je l’entends
Dans le cœur de l’hiver comme un oiseau content ;
J’y bondis ! mais trop tard ! je le vois dans le temps.
Pommes ridées, les fleurs se défont dans le vent.
Rien, ni printemps, ni poème !
Et pourtant, ah, comme on l’entend !

*

Ce n’est qu’un jeu (peut-être), un poème, un peu
De rime et des mots, un alexandrin, un peu
De couleur, un été rêvé, un rouge, un feu
À peine qui brille, un feu
Où ? Le cœur est rouge, il voit des oiseaux peureux.
Ah ! beaux oiseaux (perdrix, cailles tendres)) ! je veux
Courir dans les guérets (mottes, chiendents terreux) !
Beaux oiseaux, c’est vrai, tel poème est un jeu :
J’y reste pauvre (encre, papier), un peu honteux.
Mais peut-être, ah ! peut-être encore un rouge, un feu
Pourra paraître ! j’apprends quel oiseau douloureux,
Poème à brûler (cœur peut-être) dans le jeu.

*

Maladroit (mais plaisir, mais le cœur sur les toits)
Je marche, le poème en perd des tuiles, moi
Je respire où le ciel est un jardin : je vois
Des arbres, la lumière où les anges guerroient,
Et l’aubépine en fleur, fêtes printemps pavois :
J’y grimpe, enfant, mais tombe en la vie maladroit.
Le temps paraît, mauvais ; il apporte l’effroi
Et des carnassiers gris, frileux, et les yeux froids.
Où les vergers chanteurs ! où les anges, les toits !
Le cœur s’effare, où les rouges, la fête ! où moi ?
Patience, il faut patience et mémoire, et je vois
peu de tuiles (mais rouge et promesse d’un toit).

*

Le jardin brille, ouvert, l’espace est dans sa fleur
Et porte avec sa fleur le temps le plus léger
À travers la lumière ; quelque chose a souri…
Mais rien, que le vent, rien, le bleu du paysage :
C’est pour la pauvreté (mais tignasse) d’un lierre.
Que les arbres soient beaux et grands pour le retour !
Ah ! cœur naïf, dans tes rosiers, dans ta garance !
Et ton paradis rouge où dorment les miroirs,
Je bondis ! mais trop tard : je le vois dans le temps.
Mais peut-être, ah ! peut-être encore un rouge, un feu,
Peu de tuile (mais rouge et promesse d’un toit)
Va briller (poème ou lampe) ; l’ombre est complice.
.
.
.
Le désir échappe à mon poème

En repassant par des paysages déjà parcourus
À cause que de la lumière manque, temps gris,
L’éclat de pierres noires sur les pentes pétries de chaleur
N’est plus rien qu’une étendue de caillasse terne.
Entre Alnif et Tazzarine
Dans le piedmont sud du djebel Sarhro

Sijilmassa aussi a quasiment disparu
On n’entend plus que des mots.
Il y a des formes qui s’enferment dans les sables.

Ce désir est un désert.
.
.
.
Chacun s’en va, je sais plus

On ne peut rien savoir, ça qu’on voudrait
S’en va. À l’intérieur de soi tout s’effondre.
C’est l’impression qu’on a, pourtant
Vivre continue, c’est possible d’écrire.
Et comme si un orient
À cause de quelqu’un d’autre :
On ne saura pas dire, et ça aussi s’en va.
Vivre est un effondrement
Parmi des mots qu’on ne comprend pas.

[…]

Les yeux sans remuer de mon père :
Je le regarde qui regarde
Au fond de quel temps perdu, paroles d’emportements
Grands gestes qu’il fera plus
Le temps qui venait le temps
Que voilà, c’est compté, regard,
Qui me parle ou pas ?
Chacun s’en va, je sais plus.

Et toi qui regardes aussi :
Questions pour les partager.
N’importe qui, mon père ou le tien lecteur, mon père ou le tien
Qui vont mourir.

C’est bien connu, on a tous une famille
Pleine d’histoires de rien, tout, quelque chose
Comme une machine à connaître le monde
Conneries finesse, plein
De malconfort et quand même on est bien.

On porte ça dans le sourire qu’on a :
Quelqu’un d’autre qu’on rencontre
Si ça va pas lui faire peur ?
.
.
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LA NUIT POUR ECRIRE

La nuit est là comment venue ?
N’a pas couru, elle respire léger;
On a peur on a plaisir.
Tout l’monde l’attend
Pour s’endormir, ou mieux faire quelque chose.

Quelqu’un s’en va retrouver à la nuit un vieux chemin qui va jusqu’à l’odeur d’un lavoir abandonné; du foin pas coupé dans les prés.
Faire l’amour à la nuit devient un grand moment de silence et de noir tranquille dans les arbres.
C’est que la nuit. Mais tant d’espace juste au bord des maisons remplies de lumière et
fermées.

J’attends la nuit, mais pas pour oublier, je vais pouvoir penser n’importe comment à tout.
.
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James Sacré est né en 1939. Il passe son enfance et son adolescence à la ferme des parents en Vendée. D’abord instituteur puis instituteur itinérant agricole, il part, en 1965, vivre aux Etats-Unis où il poursuit des études de lettres (thèse sur la poésie de la fin du XVIè siècle français). Il y enseigne dans une université du Massachusetts (Smith College) tout en faisant de nombreux séjours en France et des voyages en d’autres pays (l’Italie et le Maroc, souvent). Il vit de nouveau en France, à Montpellier, depuis 2001.
Publié essentiellement chez de petits éditeurs, tels que Tarabuste, André Dimanche ou Le Dé bleu, l’auteur n’en connaît pas moins depuis trente ans une large audience et une écoute enthousiaste, comme en atteste le nombre des participants aux colloques qui lui sont consacrés. Reconnue par ses pairs, son œuvre occupe le cœur des débats contemporains, et a inspiré de nombreuses études, revues et anthologies (la revue Amastra-N-Gallar -automne 2005- lui est entièrement dédiée). Plusieurs poètes déclarent être profondément influencés par son écriture unique.

Comme Verlaine, James Sacré cultive un art savant de la méprise, de l’approximation, de la négligence, voire de la faute.
– Jean-Michel Maulpoix

James Sacré désamorce le… sacré de la poésie, ce sentiment d’importance qu’elle se donne parfois et qui fait que beaucoup restent, intimidés, sur le seuil du recueil.
– Thierry Guichard (Le Matricule des anges)
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bibliographie
Relation., N.C.J., 1965.
La femme et le violoncelle, J.C. Valin éditeur, 1966
« Graminées », Poésie-Écrire. Le Seuil, 1968 (collectif) ; repris dans Les mots longtemps…, Tarabuste, 2004
La transparence du pronom elle., Chambelland, 1970
Cœur élégie rouge. Paris : Le Seuil, 1972 ; et Marseille : André Dimanche, 2001.
Comme un poème encore, Atelier de l’agneau, 1975, repris dans La poésie, comment dire ?
Paysage au fusil (cœur) une fontaine. Paris : Gallimard, Cahier de poésie 2 (collectif), 1976 ; et Tours : La Cécilia, 1991 ; repris dans Les mots longtemps…, Tarabuste, 2004.
Un brabant double avec des voiles, Nane Stern, 1977, repris dans Les mots longtemps…, Tarabuste, 2004.
Un sang maniériste. Étude structurale autour du mot sang dans la poésie lyrique française de la fin du seizième siècle, 1977.
Figures qui bougent un peu, Gallimard, 1978.
L’amour mine de rien, Encre/Recherches, 1980 (collectif).
Quelque chose de mal raconté, André Dimanche, 1981.
Des pronoms mal transparents, Le dé bleu, 1982.
Rougigogne, Obsidiane, 1983
Ancrits, Thierry Bouchard, 1983
Écrire pour t’aimer ; à S.B., André Dimanche, 1984.
Bocaux, bonbonnes, carafes et bouteilles (comme), Le Castor astral et Le Noroît, 1986 (avec des photographies de Bernard Abadie) ; repris dans Les mots longtemps…, Tarabuste, 2004.
La petite herbe des mots, Le dé bleu, 1986 ; repris dans Si peu de terre, tout.
La solitude au restaurant, Tarabuste, repris dans Écrire à côté.
Une fin d’après-midi à Marrakech., André Dimanche, 1988.
Un oiseau dessiné, sans titre. Et des mots, Tarabuste, 1988, repris dans La nuit vient dans les yeux, Tarabuste, 1997.
Le taureau, la rose, un poème, Cadex, 1990
Je ne prévois jamais ce que je fais quand je dessine, Les petits classiques du grand pirate, , repris dans La nuit vient dans les yeux, Tarabuste, 1997.
Comme en disant c’est rien, c’est rien, Tarabuste, 1991, repris dans La nuit vient dans les yeux, Tarabuste, 1997.
On regarde un âne, Tarabuste, 1992
Ecritures courtes, Le dé bleu, 1992.
La poésie, comment dire ?, André Dimanche, 1993.
Des animaux plus ou moins familiers ?, André Dimanche, 1993.
Le renard est un mot qui ruse, Tarabuste, 1994, repris dans La nuit vient dans les yeux, Tarabuste, 1997.
Ma guenille, Obsidiane, 1995.
Viens, dit quelqu’un, André Dimanche, 1996.
Essais de courts poèmes, Cahiers de l’Atelier, 1996
La nuit vient dans les Yeux, Tarabuste, 1997
La peinture du poème s’en va, Tarabuste, 1998.
Anacoluptères, 1998
Relation, essai de deuxième ancrit (1962-63 ; 1996, 1999.
Labrego coma (cinco veces), Noitarenga, Si peu de terre, tout. Chaillé-sous-les-Ormeaux : Le dé bleu, 2000.
L’Amérique un peu, Trait-d’union, 2000
Écrire à côté., Editions Tarabuste, 2000
Si peu de terre, tout éd. Le Dé Bleu, 2000
Écrire à côté éd. Tarabuste, 2000
Une petite fille silencieuse, André Dimanche, 2001
Coeur élégie rouge réédition, André Dimanche, 2001
Monsieur l’évêque avec ou sans mitre, Le dé bleu, 2002
Les mots longtemps, qu’est-ce que le poème attend ?, Tarabuste, 2003.
Mouvementé de mots et de couleurs, Le temps qu’il fait, 2003
La mémoire de personne, C. D’hervé, éditeur, 2004
Trois anciens poèmes pour lui redire je t’aime, Cadex, 2006
Un paradis de poussière, André Dimanche, 2006
Broussaille de prose et de vers (où se trouve pris le mot paysage), Obsidiane, 2006
Âneries pour mal braire, éditions Tarabuste, 2006
Khalil El Ghrib, éditions Virgile, 2007
Le poème n’y a vu que des mots, L’Idée bleue, 2007
Paroles du corps à travers ton pays, poème de quatre pages accompagné de deux gravures sur bois de Jacky Essirard, 16 exemplaires, éd. Atelier de Villemorge, 2009
Portrait du père en travers du temps, lithographies couleur de Djamel Meskache éditions La Dragonne, 2009
Bernard Pagès : élancées de fêtes, mais tenant au socle du monde Editions La Pionnière/Pérégrines, 2009


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