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Décès de Mustapha Toumi, figure incontournable de la culture algérienne : L’adieu au poète

avril 5, 2013

Alger enterre son poète. Mille ans et quelques tempêtes n’avaient pas suffi à le produire, comme si elle ne se débarrassait de ses mythes et ne naissait vraiment à l’histoire qu’à ses paroles :

«Son ère est nouvelle et son enseigne claque au vent.» Vous pouvez bien sûr, pour ce vers, entendre Algérie, et non pas Alger, le poète n’est plus là pour trancher sur les sens qu’on met dans ses mots. Il les a confiés au grand maître El Anka pour qu’ils vivent dans nos têtes le destin de nos propres émeutes. Mais vous avez raison de comprendre Algérie dans ces vers, car en mille ans et trop de mythes, pour la première fois, Alger, par la grâce de la guerre et de l’indépendance, atteignait une ambition nationale autrement plus compliquée que le statut de chef-lieu de la Régence ottomane ou le port d’attache de corsaires cosmopolites.

 

Mustapha Toumi a écrit bien d’autres poèmes et bien d’autres chansons. Il a écrit pour Myriam Makéba, pour Lamari, pour Abderrahmane Aziz… Il a écrit en français, en berbère et en arabe. Il a écrit au théâtre, au café, dans la rue, chez lui, dans son bureau au ministère ou aux quatre-vents. Il écrivait dans cette sorte d’ébullition productive, qu’était la vie des sphères culturelles d’Alger, pressées de rendre à la révolution leur promesse d’une autre Algérie. Il était, avec beaucoup d’autres, dans le rêve d’une éthique sociale, d’une exemplarité morale qui restituerait aux sacrifices leur pleine légitimation dans la justice. Cela remontait à loin cette histoire de «message philosophique», à ses années passées à Tunis et au Maroc, dans le travail avec les équipes culturelles du FLN et surtout dans La voix de l’Algérie. Cela vous marque un homme de ne vivre qu’à entretenir la flamme du combat et à nous soutenir par le rêve d’une autre société, d’un autre pays, d’un autre destin.

Mustapha était l’homme de cette promesse parce qu’il était tout à la fois, l’homme de cette époque de promesses anticoloniales, mais aussi homme de parole, tel que notre société a pu produire pour son propre combat. Le peuple d’Alger ne retiendra pourtant que Sobhan Allah Ya L’Tif et pour ce seul poème, il en fera le poète de la ville, privilège et magistère, que seul le peuple attribue selon les voies qui lui sont particulières. El Hadj M’hamed El Anka ajoutera, au poème, son poids symbolique, sa musique et cette interprétation qui démultiplient la puissance d’évocation et de suggestion du texte. L’osmose entre les deux artistes était née bien avant l’écriture du texte, le cheikh avait demandé à Mustapha de lui préparer un poème.
A la date de ce poème et de son interprétation, en 1970 ou vers 1970, Alger, pour des raisons de résonnance propre à un lieu du pouvoir, faisait le deuil de ses rêves de fraternité.

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