Skip to content

Philippe Soupault, poèmes

mars 29, 2013

Fils de la guerre

.
La guerre est en nous
avec ce feu qui nous hante
ces lueurs qui mordent
ces cris ces mots
à travers nos dents serrées
et toute cette colère qui flamboie (…)
Dix ans bientôt
que défilent sous mes yeux
ces imbéciles multicolores (…)
ceux qui ne peuvent pas oublier l’ivresse du sang
Ils sont tous là
déjà rassemblés avides
le signal qu’ils attendent
leur paraît lent à être donné
Faut-il donc que nous mourrions jusqu’au dernier
pour que la soif de la terre soit enfin apaisée
puisque nous tuons pour la liberté la gloire la vérité
vieille mythologie en aluminium redoré (…)
.
.
.

Manhattan

…Une nuit une autre nuit
il faut attendre
que l’explosion d’un ordre
fasse jaillir ce continent
qui se confond avec le soleil (…)
Ce n’est encore que ton reflet
New-York
que ta fumée qui te dépasse
que ton mirage et que ta destinée (…)
Impossible de reculer désormais
Il faut avancer vers cet aimant
vers cette cloche vers ce cri
et nous entrons dans ce temple
construit par la mère des pieuvres
vers cette maladie sans fièvre
qui miaule et gronde
et nous sommes au seuil de cette espérance
terrible comme la soif (…)
.
.
.


Aux Assassins les mains pleines

Suis-je un assassin
Je n’ai qu’à fermer les yeux
pour m’emparer d’un revolver
ou d’une mitraillette
et je tire sur vous
vous tous qui passez près de moi

Je ferme les yeux
et je tire
à perdre haleine
de toute mes forces
et je vous atteins tous
connus et inconnus
tous sans exception

Je ne sais même pas si vous mourrez
je ne vous entends pas
je tire en fermant les yeux
et vous tombez sans un cri
et vous tombez nombreux comme des souris
comme des poux
je vous abats
car je tire dans le tas
vous n’avez même pas le temps de rire
je tue tous ceux qui se présentent
sans même savoir leurs noms
ni apercevoir leurs visages
je tue tout le monde sans distinction
La nuit m’appelle à l’affût
je n’ai même pas besoin de bouger
et toute la compagnie dégringole
je tue aussi un à un
ou deux par deux
selon les nuits
ou lorsqu’il fait très noir
mais je ne me tue jamais
j’écoute les coups de revolver
et je continue
je ne rate jamais personne
et je ne perds pas mon temps
je ne vois pas le sang couler
ni les gestes des moribonds
je n’ai pas de temps à perdre
je tire et vous mourez
.
.
.

Wanted for Murder

On recherche un homme nommé Philippe Soupault
bien trop grand pour son âge
1 mètre 98 ou même davantage
cruel comme un tigre aux yeux verts
insaisissable intouchable telle une flamme rouge
à peine une ombre
un reflet à la poursuite de la lumière
coiffé d’un petit nuage ou d’un oiseau de brouillard
ganté de fumée bleue
des ailes aux talons et des bras qui n’en finissent pas
outrageusement parfumé comme un serpent d’eau douce
un sourire de requin des bas-fonds
des étincelles dans les cheveux
et des cauchemars dans les mains
dangereux parce qu’il est toujours armé
dans ses rêves quotidiens
d’une mitrailleuse du dernier modèle
et qu’il n’hésite pas à tirer
et qu’il veut tuer tout le monde
avant d’en finir une bonne fois
dans la poche un petit miroir de poche
et sur les lèvres un sourire à double tranchant
à portée de la main une paire de lunettes
et un lorgnon pour aveugles de naissance
retenu par une ficelle de pendu
une lueur dans les yeux qui ne dit rien qui vaille
qu’on se méfie surtout de ses doigts
longs comme des caresses sans fin
des doigts qui se souviennent et qui aiment
Visez à la poitrine qui est imberbe
et qui bombe comme pour se moquer du monde
sa voix est dangereuse comme un refrain
cherche toujours à disparaître quand on ne l’attend pas
préfère le mot perpétuel au mot éternel
aime passionnément une femme qui est aussi une étoile
Il est armé d’indifférence jour et nuit
ou le prétend pour prétendre qu’il est dangereux
N’hésitez pas à tirer à feu continu
Ne jouez pas au plus fin
Tirez
Tirez de toutes vos forces
et fuyez
car son fantôme vous attend demain
après-demain ou les autres jours
il n’oublie jamais ceux qu’il a détestés
et celle qu’il a aimée et qu’il aime
il n’oublie jamais même pas lui
Prenez garde à celui qui n’a jamais oublié
Récompense pour celui qui le prendra mort ou vivant
un grain de poussière
.
.
.

Rien que cette lumière

Rien que cette lumière que sèment tes mains
Rien que cette flamme et tes yeux
Ces champs cette moisson sur ta peau
Rien que cette chaleur de ta voix
Rien que cet incendie
Rien que toi

Car tu es l’eau qui rêve
Et qui persévère
L’eau qui creuse et qui éclaire
L’eau douce comme l’air
L’eau qui chante
Celle de tes larmes et de ta joie

Solitaire que les chansons poursuivent
Heureux du ciel et de la terre
Forte et secrète vivante
Ressuscitée
Voici enfin ton heur
.
.
.

C’est demain dimanche

Il faut apprendre à sourire
même quand le temps est gris
Pourquoi pleurer aujourd’hui
Quand le soleil brille

C’est demain la fête des amis
Des grenouilles et des oiseaux
des champignons des escargots
n’oublions pas les insectes
Les mouches et les coccinelles

Et surtout à l’heure à midi
j’attendrai l’arc-en-ciel
violet indigo bleu vert
jaune orange et rouge
et nous jouerons à la marelle
..
.
.

PLUS JAMAIS

Je sais désormais que la vieillesse c’est déjà l’enfer
les remords les regrets les souvenirs
et les expériences l’expérience
ne plus être ce qu’on avait été
ne plus pouvoir aimer
et savoir que l’on pouvait aimer
Les témoignages du temps passé
Ne pouvoir oublier ce qu’on voulait oublier
et ces gloires que l’on sait posthumes
Ne pouvoir recommencer les commencements
Tendre les mains les bras les lèvres
et n’offrir que le néant
les mains vides les bras ouverts les lèvres ouvertes
et puis rien rien que rien
Pas la solitude mais l’absence
.
.
Un dossier sur Philippe Soupault ici

.


6008019

No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :