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Francis Combes : « Neruda croyait à la force de la parole poétique »

mars 29, 2013

Francis Combes : "Pablo Neruda était né pour naître"



Le poème fait appel à tous nos sens et celui qui se prête à cet exercice sensible redécouvre le monde. Poète mais aussi diplomate, Pablo Neruda a fait vibrer tout le Chili, puis la planète entière, avec ses vers. L’auteur du Canto general a quitté son pays natal lorsque l’environnement politique menaçait sa liberté, afin de pouvoir suivre son chemin artistique. Quarante ans après sa disparition, le poète français Francis Combes retrace les passages marquants de sa vie.
Pablo Neruda nous a quittés il y a quarante ans. Sa poésie est-elle toujours d’actualité ?

Francis Combes : Pablo Neruda est un grand poète d’Amérique latine, mais je pense que c’est un poète universel. Il est profondément enraciné dans sa terre, la terre chilienne, qui va des pluies australes du Sud au désert du Nord, des mines de salpêtre aux vignes. Il a su chanter ce pays et ce peuple. Il en a partagé la vie, le sort, ainsi que les espoirs. Neruda a passé son enfance a Temuco. Il était un enfant solitaire, rêveur, d’humeur plutôt sombre, très imprégné par la présence de la nature. Et je crois que cela est universel. Les jeunes gens peuvent se reconnaître dans ce jeune Neruda. C’est assez extraordinaire de constater comment ce jeune homme est devenu le poète du peuple. Il a su parler de lui-même tout en parlant des autres, ce que peu d’artistes réussissent à faire . A l’âge de 16 ans, il a dit : « mon oeuvre est fichue car je n’ai pas été capable de parler des simples gens ». C’est la grande leçon de Neruda. Il faut être capable de parler des gens que l’on croise tous les jours dans la rue.

 

A t-il inventé un langage à part entière ?

 

 

Francis Combes : Contrairement à ce qu’on dit souvent, les poètes n’inventent pas la langue. Ils en héritent et passent leur vie à l’explorer, comme le disait Victor Hugo. Neruda a été nourri par la grande poésie espagnole, de Gongora à Ruben Dario. Il a hérité d’une poésie très savante, précieuse parfois, avec la tradition castillane. Mais il a su faire quelque chose de profondément neuf, car lui ne vivait pas dans les salons de Madrid ou de Paris. Il vivait dans une nature sauvage, dans un continent neuf et auprès d’une population très pauvre. Il a su produire dans la langue espagnole une grande poésie latinoaméricaine. Sa poésie est pleine des noms des arbres, des fleurs, des oiseaux de l’Amérique latine. C’est parce qu’il est très lié à cette terre qu’il est universel. On n’est pas universel quand on flotte au-dessus du monde. On l’est lorsqu’on va au plus profond de la réalité.

 

 

 

 

Est-il le poète de l’engagement ?

 

 

Francis Combes : C’est un grand poète engagé en effet. Il n’est pas le seul, il y en a eu beaucoup au cours du vingtième siècle  : Aragon et Eluard, Prévert à sa manière, Nazim Hikmet en Turquie, Yannis Ritsos en Grèce ou Mahmoud Darwich en Palestine. Les grands poètes sont souvent des hommes engagés. Pour eux, la poésie n’est pas simplement un art de jouer avec les mots ou de broder les images. Il ne s’agit pas d’exprimer sa propre sensibilité personnelle mais une forme de conscience du monde. C’est par la poésie qu’ils rejoignent le destin commun. Neruda avait une formule pour cela : « je suis venu du Sud des pluies australes et je suis remonté vers le Nord du peuple ».
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