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Emmanuelle Ménard, poèmes

mars 4, 2013

IL Y A


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Il y a les femmes volages les papillons les oiseaux lyre
les belles idées toutes faites à la courbe parfaite
les casseurs de cailloux et ceux qui se cassent la tête

Il y a les mots pour rire la femme à barbe les jeux du cirque
les illusions perdues tombées dans la gouttière
et les faiseurs de rêves chez qui le cœur s’entête

Il y a l’appel du large la vague à l’âme l’homme à tout dire
le ciel qui perd le nord quand Paris pleure ses brumes
le rebond du ballon qui joue sur le bitume

Il y a les cafés- plage les m’as-tu vu les chercheurs d’ombre
les complets du veston aux âmes de Cro-Magnon
les embryons vendus avec fruits et légumes

Il y a les coffee-shop les fossoyeurs les têtes brûlées
Les langues illuminées qui disent n’importe quoi
Les bâtisseurs en herbe qui montent des murs de verre

Il y a la place des fêtes les cornets frites et les merguez
les pommes d’amour croquées dans un frisson d’hiver
les petites sirènes larguées par des princes éphémères

Il y a l’Himalaya le Nirvana les Peace and Love
les promeneurs du dimanche qui font le tour du globe
les cartésiens bornés qui verrouillent l’horizon

Il y a la fonte des glaces les tristes sires l’arbre abattu
les va et vient sans fin de jurons qui s’injurent
les vieux quartiers putain qui pleurent comme une chanson

Il y a le décorum les faux semblants le moulin rouge
l’épicier des boulevards qui se serre la ceinture
la dame et son mari qui suit comme un caniche

Il y a les blancs manteaux les travestis les boutonneux
le ciel et ses étoiles qui voudrait qu’on le regarde
ceux qu’ont bien travaillé et qui rentrent à la niche

Il y a les perles rares les fleurs des champs les souris vertes
le balayeur du coin qui nettoie les souvenirs
le pas pas anodin du temps qui marche au pas

Il y a le fou du roi les profils bas la vie de château
l’angélus du matin qui met l’âme en émoi
les premiers mots d’amour qui vous donnent de l’éclat
Il y a toi et moi quand on s’est reconnus pour la première fois.
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… HOMMAGE A

Derrière ces sales godasses
et ces cheveux filasses
qui tirent la langue

Derrière ces joues bouffies d’ennui
et ces grosses poches sous les yeux
qui collectionnent les nuits

Derrière ces airs de soupe populaire
qui se fractionnent en papier mâché
à la couleur du parchemin

Derrière ces doigts boudins
et ces pouces déformés
qui ne savent plus caresser

Derrière ce visage comme des banalités
que compte le quotidien

Derrière cet entrelacs de ficelles
qu’elle se met autour des reins

Derrière ce front comme des ruines
qui racontent la grande Histoire
et ces mille chemins
qui ont fait sa vie

Derrière ce regard
gribouillé par des espoirs
asservis au destin

Derrière cette plénitude de larmes
qui sert de bénitier au cœur
quand il a enfin compris

Derrière cette chair opaque et flasque
qui pendouille comme un condamné à l’oubli

Derrière ce mur de silence
où les pierres s’amoncellent
tels des mots qui renoncent

il y a la poésie.
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… PAROLE DE SOLEIL

Le soleil qui frappe à ma porte
Des Italiens des Bordelais

Et soudain je pense au mur des Lamentations
à tous ces petits papiers de pensées froissées
éparses prières tels des ballons gazés
qui s’accrochent aux failles
font le pendu aux pierres

Echo des cœurs que mon cœur entend
Echo des âmes que mon âme n’a pas

Le soleil comme la fraternité
un don qui chancelle
sous les vibrations des moteurs
un cahier raturé par le réveil des brumes

Le soleil
Le mur
Le la-mentations des esprits en sursis

Combien faudra-t-il d’hommes
pour n’en faire qu’un seul ?
Combien coûte la parole
qui veut monter au ciel ?

Le soleil qui frappe à ma porte
et vient faire des trous dans le bitume
Une musique, une eau vive
un chant de merles attablés au balcon

Et soudain je pense à la vie
à ce « ni oui ni non » qui si bien nous définit
à ces petits carreaux que l’on met à nos yeux
pour surtout se garder de sombrer dans la fuite

Le soleil
le sceau de cette aile
qui signe nos espoirs et nos rêves en pagaille

Combien faudra-t-il de mots pour écouter la voix ?
Celle qui transpire dans ces murs
à travers villes, Jérusalem

Le soleil
La lune
Les deux points cardinaux chez qui l’on se promène…

Et soudain je ne sais comment finir ce poème
parce qu’il n’y a pas de fin quand l’espoir tient la plume
et que le désir est sans fin
pour un jour, pour une heure

pour l’éternité
où le repos s’étire de tout son infini.
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…PARIS-BRUXELLES

Paris Bruxelles l’échappée belle
je cale mes rêves entre deux ailes

Ciel magritté d’étoiles du nord
la Janneken pis m’a j’té un sort

Paris Bruxelles sans son rimmel
pavot pavé de décibels

Tu danses en habits d’arlequin
en chantant des accents ricains

Paris Bruxelles un peu pêle-mêle
à l’anima mâle et femelle

J’t’ai dans la peau d’un cœur de beurre
où j’m’amphétamine au bonheur

Paris Bruxelles pas deux comme elles
où des fils humains s’entremêlent

T’as soif de mots qui tombent en tuile
et d’briques à broc qui font tâche d’huile

Paris Bruxelles un poil rebelle
le cheveu sale ou poivre et sel

Tu traînes tes humeurs au trottoir
entre deux blanches et quelques noires

Paris Bruxelles, clair d’étincelles
en pièces détachées de Babel

Tu m’fais de l’œil comme tes jardins
qu’ont vus passer les Sarrasins

Paris Bruxelles deux citadelles
un mur de vent et d’ribambelles

D’enfants qui feront le futur
avec des vertes et des pas mûres

Paris Bruxelles deux pierres que j’aime
dans le doux secret du dilemme.
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Biographie littéraire

Née en France à Neuilly sur Seine le 24 septembre 1965, Emmanuelle Ménard s’est très tôt intéressée à l’art sous toutes ses formes. Ainsi, titulaire d’un D.E.A de Lettres Modernes et s’étant spécialisée sur les moralistes du XVII siècle lors de ses études universitaires à la Sorbonne, c’est à Paris qu’elle enseigne la littérature dans des écoles supérieures mais qu’elle trouve aussi l’occasion d’écrire des chansons pour des chanteurs de variété indépendants.
En 1992, dans le cadre d’un travail en freelance pour TF1 Publicité, elle publie deux livres consacrés respectivement à Venise et à Vienne et édités par TF1 Publicité.

Petite fille d’un Carolo, Georges Désenfant, médecin-chef honoraire du centre de traumatologie de la clinique reine Fabiola, elle revient au pays en 2005 où elle s’installe à Bruxelles. Là, tout en poursuivant sa carrière de professeur de français, elle participe à différentes expositions de peintures dont deux expositions collectives organisées par les communes d’Ixelles et d’Etterbeek, une exposition privée à « L’art café » place Fernand Cocq et plus récemment, le parcours d’artistes de Jette.
Parallèlement, elle continue à se consacrer à l’écriture sous ses différents aspects (théâtre, récits, nouvelles, poésie) et publie en 2010/2011 des poèmes et des Nouvelles dans la revue belge « Traversées » dirigée par Patrice Breno.
Emmanuelle Ménard a de qui tenir puisqu’elle est aussi la petite fille de Marie-Jeanne Flamand, critique littéraire dans la revue des « Cahiers du sud » et de René Ménard, poète lauréat du prix « Louise Labé », ami proche de René Char, d’Albert Camus, ou encore d’Andrée Chedid, et auquel, Pierre de Boisdeffre a consacré quelques pages dans son « Anthologie de la poésie Française ».

Enfin, soucieuse de participer activement à la vie culturelle de Bruxelles, elle devient membre du réseau ART ET LETTRES, présidé par Robert Paul, et s’inscrit au comité des spectateurs du théâtre des Tanneurs. De même qu’elle adhère au cercle de poésie organisé par la revue du Grenier Jane Tony à La fleur en papier doré ; là, aux côtés des auteurs de la revue « Les Elytres du hanneton », elle y fait régulièrement des lectures de ses textes inédits.

Depuis un an, elle voue aussi une grande partie de son temps à l’animation des personnes âgées en home où, selon ses termes, elle a trouvé ici « une nouvelle source d’inspiration » pour réfléchir sur la condition humaine ainsi que sur notre société actuelle et notamment découvrir et exprimer « toute la richesse cachée de la misère humaine ! ».


Photo emmanuelle

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