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Naïg Rozmor. La poésie malgré Alzheimer

février 21, 2013

Source : Le Telegramme 21/02/2013



L’année de ses 90 ans, Naïg Rozmor publie ses dernières poésies. Telle une passerelle rétablie entre le passé et le présent, ses mots sont autant d’instantanés surgis du « naufrage d’Alzheimer ». Ce livre est l’aboutissement d’un travail de recherche mené avec sa psychologue, une véritable oeuvre artistique et le témoignage d’un poète.

« La poésie, il faut la mettre en condition. Il faut l’encourager pour qu’elle s’ancre. Elle flotte dans l’univers, il y a une force mystérieuse qui anime tout ça. Elle vit en nous, autour de nous, alors on ouvre une lucarne, on la saisit. Il ne faut pas la laisser s’échapper sinon on ne retrouve plus sa route ». La force des mots est intacte, la poésie explose. Attentive à ce qui se dit autour d’elle, et sur elle, Naïg Rozmor a pourtant l’air un peu perdu. Aujourd’hui résidente de la maison de retraite de Kersaudy, à Saint-Pol-de-Léon, la poète est atteinte de la maladie d’Alzheimer, depuis plusieurs années.

La peinture fait revenir la poésie

Cette grande dame de la littérature bretonne travaille depuis deux ans avec la psychologue Chantal Gombert. Quand elles se sont rencontrées, Naïg Rozmor s’enfonçait doucement dans un univers qui n’avait plus ni passé, ni lendemain. Mais, dès les premiers ateliers de peinture proposées par la thérapeute, des étincelles ont éclairé l’artiste, la ramenant, pour un moment, dans le présent. Pour les deux femmes, l’expérience était un défi. Celui de permettre, malgré la perte de la mémoire, la résurgence d’une vie poétique. Le résultat tient en un ouvrage d’une soixantaine de pages, « Les fins dernières d’un poète », illustré par Jean-Pierre Guirizec et traduit en breton par Bob Simon. Mais, il s’agit surtout d’un témoignage généreux et émouvant, rempli d’espoir pour les personnes touchées par la maladie.

« Je vais mieux, je n’en reviens pas ! »

Grâce aux pinceaux, Naïg Rozmor exprime ses pensées, ses souvenirs, ses émotions et donne quelques coups de griffe, comme la Léonarde l’a toujours fait. Elle s’évade ainsi du carcan dans lequel l’enferme Alzheimer. Son témoignage laisse entrevoir l’intensité de la lumière que provoquent les séances de peinture en elle : « En ce moment, je suis terrassée par la maladie. Je suis démantibulée. Dans les grandes épreuves de la vie, la plume a été ma providence. Ces crayons-là sont capables de me ressusciter ! Je vais mieux, moi-même, je n’en reviens pas ! J’étais en train de perdre de la vitesse, j’étais inquiète… Je suis contente de ce que j’ai retrouvé car, si tu t’éteins, tu meurs. Écrire, c’est un effort heureux. Les mots ont des directions mystérieuses. On les trouve au fond de nous. Ils nous attendent ». L’auteure de « Ar Mestr » et « Karantez ha Karantez » a fait beaucoup pour le développement de la littérature bretonne et s’est battue pour défendre sa langue natale. Récompensée de multiples fois, elle a publié plus de 30 ouvrages (poésie, théâtre, traduction). « Ces ateliers, la maladie, c’est un monde aux antipodes de la vie bondissante qu’elle a menée », explique Chantal Gombert qui insiste sur le côté unique de l’expérience. : « À ma connaissance, il n’y a pas aujourd’hui de travail de ce type qui raconte la maladie sous forme poétique ». Le paradoxe, c’est l’utilisation de la peinture pour écrire. Lors des ateliers, la poète s’est lancée dans la calligraphie. Le pinceau et la plume ne font plus qu’un. Ecrivain elle était, écrivain elle reste.

« Ça va en réveiller, ce petit livre-là ! »

« Pourquoi je perds les mots ? Ici, je vis dans un gîte. Tout est fermé autour de moi, je suis coincée. Avec toi, avec ce que tu introduis, je m’échappe. Mes évasions sont artificielles peut-être mais elles existent, elles font du bien. Il y a quelque chose de mystérieux, de sacré qui passe entre nous. On n’a pas besoin d’en connaître les détails, c’est comme un partage », confie Naïg Rozmor à la psychologue. « Ça va en réveiller quelques-uns, ce petit livre-là. Des gens ont dû penser que je n’existais plus. Ils vont se dire : « Mais elle est vivante ! » » [TIT-NOTE_B]Pratique [/TIT-NOTE_B]

« Les Fins dernières d’un poète ». Editions Skol Vreizh, 10 .

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