Skip to content

Alexis Denuy, poèmes

février 14, 2013

Marguerites

Cent buts devant les yeux,
cent toits sur la tête,
mille morts, mille naissances,
toujours vivant dans les mondes ouverts,
quelques gouttes d’un sang très chaud
circule au milieu des vies.

D’heures en heures chassés du paradis,
du même sang que les animaux innocents,
rempli de visions, regards qu’au cours de méditations
on a jeté sur la raison.
On veut se défaire,
laissez moi un silence.

Enveloppé d’une volonté d’existence,
personne à la maison !
Je ne dis rien, je ne t’en veux pas
mais est-ce que vous serez là ?
Il y en a quand même partout,
je compte les vies, très bien,
dieu a fait les comptes,
et je recompte.

J’ai fait une fleur, un peu comme un soleil
avec les pétales très espacés,
marche fleur, marche, la marche des fleurs,
pensais-je très lentement,
offrant mon coeur à la pluie.

T’en fais pas fleur, avec tes pétales,
avec ton intelligence du terrain,
avec tes modes opératoires,
tu reviens sans cesse à la clef.
Une douleur est si dure à penser
ma colère comme un bruit de fond,
rien ne va pouvoir continuer,
plus rien ne peut nous sacrifier
car maintenant nous sommes décidés.
Etre empli d’une même passion emmène l’action,
la force émane de cette union – combattez réellement,
je découvre en même temps que vous la maison.

T’as vu ? il agit et réveille, c’est la dernière page,
Il y a un grand espace blanc – précisons, reprécisons,
c’est déjà l’hiver, montrez vos torches allumées,
t’as vu ? j’ai fait un dessin,

et celui là tu peux le garder.
.
.
.

Heures brûlantes

Parti dans l’espoir de chasser les ombres, on ramène, en fait, un festin. On est rassuré de laisser des traces. A travers nos champs, nos cultures de ravitaillement, le silence pesait des tonnes. On a tout fait cesser. Fermez-la ? On a répondu pas question. Alors dites-le, nom de dieu, c’est impossible, ils sont tellement ignobles, ils nous ont tellement éduqué, écrasé ! Ils font des ronds savants, des figures perpendiculaires dans nos champs – marchez déterminés, poussez, on n’a pas peur de la bataille.

Nous aimons nos terres.
On boit à petites gorgées le paradis d’être nous-même. Et qu’est-ce qu’on a eu soif, on n’a pas manqué de coffre ! Des pensées nous sont venues, faire mieux qu’avant. Persuadés, on tire à nous des fauteuils, sur la véranda, le soir monte l’air frais. On fume nos pipes silencieusement, entre hommes, nous balançant sur nos fauteuils à bascules, sirotant le café délicieux que nous apporte, avec une fleur déposée sur la mer liquide, nos femmes. On reparle de nos actions violentes, on est sans tracas, sur nos visages, des marques. On se serre les mains, les coeurs, sur la table de marbre, on fait rouler les dés vainqueurs, il fait chaud, toujours chaud au creux de nos dos, on redresse nos carcasses, on laisse tomber : il va falloir aller nettoyer, brûler les veaux, ils braillent comme des chiots, nous sommes le parti des hommes. Nous aimons nos femmes.

C’est carrément osé mais c’est bien, on a senti leur hostilité, nos rapports avec eux qui manquaient de chaleur, le vote a eu lieu, eh bien, votez !, nous allons chercher nos mandats – bien sûr nous sommes les responsables, nous nous abstenons brutalement, nous affûtons nos couteaux. Regardez, curieux, protester l’assemblée générale des hommes, attitude inqualifiable de fierté, sans mot inutiles, nous nous expliquons, approuvez-nous – nous nous abstenons, oui – nous sommes plein de décisions, nos voix douces sont dures au combat, nous sommes plein de menaces et de bonheur du futur calme intérieur, sérénité du foyer. Retour à la caverne métaphysique des grandes philosophies.
Notre silence est plein de sons, échos des temps passés, quand nos gestes n’étaient pas séparés, nous n’étions pas dispersés, nous avions des batailles tragiques. Dans l’esprit résonnaient nos pas, quand nous étions encore debout, un peuple sain. Le futur nous annonce, nous sommes l’arrivée de demain, qu’on se trémousse, peuple de rire – bêtise, épouvantable squelette de l’absurde, au bout d’une lance de bois, vous vous agiterez comme du pain sec, fagots, élytres cassés. Bois mort.

On voit clairement, on sent le climat, les ennuis nous attendent mais la colère nous gronde, mène nous, guide. Nous sommes la délégation – dévotion, nous sommes le parti du renouveau, ils nous font face, on est engagés. Pourvu qu’ils ne fassent pas les imbéciles – pensent-ils. Ils nous décochent des coups de talons, on fait la grimace et on leur répond. Ils se sont trouvés sur notre trajectoire – sacré, va – c’est nous, on avance, c’est notre pureté qui guide nos actes de foi, nous avançons sans mascarades, impatients et fous, ils ne pourront pas nous toucher, ils auraient mieux fait de nous tuer, nous allons contre eux maintenant.

C’est notre façon d’être nous-même, nous ne cherchons pas à sourire, comment pourraient-ils nous coucher ? Nous avons l’éternité, la fraternité, ne rentrons pas dans leurs raisonnements, nous ne voulons pas leur ouvrir, ils sont le mensonge, ils brisent l’harmonie, ils fabriquent de l’ironie, ils ont l’insincérité, ils ne peuvent pas casser l’héritage,

parfaitement.
.
.
.

Injustice

C’est ce qu’on appelle la douleur,
ils ont tout mangé – ce sera jamais la paix.

Sur fond de guerre, ce qu’il manque, c’est le rêve.
Du bout d’un couloir fermé, on jette un regard vers le rêve,
on ne la voit pas beaucoup, venue d’une fenêtre mince : cette lumière.

Ils écraseront les braves jusqu’à la dernière.

Me protègeras tu mur mental ?
Dans les règles non écrites, j’ai vu cet instant arrêté,
en songe, j’ai vu s’arrêter la vie.
Mettez dans le chapeau, la musique,
chaque moment peut être notre dernier,
on ne sera plus jamais ici.
Choisir est rarement simple,
quand cela finira t-il ?

L’immortalité, l’histoire ! Prenez la vivante.
L’histoire est avec nous, entourant ces remparts,
je les vois, ils m’attendent, et me disent : bienvenue, frère.
Ils planteront nos têtes sur leurs grilles.
Mais avant, nous auront leurs coeurs sur nos mains,
palpitants et sanglants, leurs remparts tiennent depuis des siècles,
mais on peut gagner cette guerre.

Elle sera inoubliable,
ce sera la plus grande guerre jamais vue
menée sous étendard, il nous faut les plus grands guerriers.
N’hésite pas, ne recule jamais, toujours attaque à la fin.
Tout est entre nos mains,
bats toi toute ta vie –

nous bâtissons l’avenir.
.
.
.

La dernière ombre

On a décidé de construire un château. Après l’été voici l’automne, les arbres deviennent fous et perdent leurs feuilles ! Un oiseau sur l’épaule, on attend le déjeuner. Puisqu’on est les plus sages, on sera les premiers servis. On m’avait tordu mon espoir, j’avais raccourci, j’irais quand même en fronçant le nez dans la mitraille, je n’irais pas en traînant la patte, ça m’étonnerais. On s’est donc remis au travail et sans un mot. J’avais entendu crier un mécontentement. Maintenant j’entends rire une grosse voix contagieuse, je me suis mis à rire sans savoir pourquoi et cinq minutes après nous dansions ensemble.

J’ouvre la fenêtre – un grand bruit de casseroles ! J’écarte les volets, regarde dehors et reste stupéfait. Pour comprendre, j’avais renversé “tout” d’un seul coup. Désobéir à un ordre tel que vas te coucher, depuis les temps les plus anciens c’est ce qu’on a toujours fait,

les civilisation ont pourtant disparues. Soutenez tout programme qui combat efficacement cette menace pour l’humanité, votre survie pourrait en dépendre. Une chose est vraie lorsqu’elle est vraie pour vous. Bon nombre de gens veulent vous faire croire n’importe quoi parce que ça les arrangent. Des données inexactes peuvent nous rendre stupides, ignorez le reste, vivre dans un univers de mensonges, ce n’est pas pour nous.

Le dimanche nous sommes restés chez nous, l’ambiance dorée du bois, la lumière blanchie par les rideaux, trop près des bruits extérieurs, près de la souffrance humaine nous étions sur le terrain. Tiens-moi sous la couverture, je t’appliquerais mon émotion. ça me peine et je veux que ça s’arrête, c’est un sentiment je pense assez fort. Cette musique aussi d’ailleurs.
.
.
.

Milles pattes

Je me disais, qu’est-ce que c’est, qu’est-ce qui se passe nom d’un chien, qu’est-ce qui démarre à l’instant, ah mais ? C’est un bougé collectif, c’est de la chance, c’est une main inconnue, c’est mystérieux, paradoxal, il n’y a pas de rapport médical. Penser quand même qu’il y en a un. Ce n’est pas rien du tout, c’est de la nature, c’est copyright quelqu’un, comment appelle-t-on cela ? C’est déjà beau, c’est de l’idée, de la racine de conception. On a de l’expérience, on y croit, c’est parfois un peu le désordre mais on peut vous aider. On a été démontré, c’est scientifiquement prouvé, c’est aussi un plaisir unique, il vaudrait mieux y penser. Ils passent au dessus de nos nids, merci, on va les mater, ça va marcher. Jusque-là c’est trop tard et je ne pensais pas que notre réserve d’espoir à tous serait si rapidement utilisé, mais. Vite, sautez la barrière immatérielle des lois pour retrouver les lois naturelles.

Les conférences à sermons, à temps plein, à contre-emploi, on se les passe. C’est drôle, est-ce qu’on entend ce que j’entends ? rechien, chien-yeux, le chien suite – l’homme. D’abord on propose une conversation aux autres animaux, entre chiens et hommes, ensuite l’homme politisé te propose sa mansuétude pour les petits chiens. Une perruche regarde l’autre, camelotes, gadgets, fétiches, canards, coqs, porcelets, offrandes, bonjour ! – gravier, ton long chagrin. Tournant les rythmes oppressants, virage du temps raccourci, le monde est insupportable, je ne dis jamais le contraire, moi.

Jamais je dis.

En nous gorgeant de principes rentrés, par les mots, les images et la musique, on nous retourne, c’est de l’invasion mais ça se pratique, on meurt atteints d’une pluie de rire. Projet politique, il y a quoi dedans ? Un peu de vent. Les murènes ? Est-ce qu’elles ont du poisson sur les ouïes ? Les ailes des poissons comment ça s’appelle ? des nageoires – ça passe vite hein, le temps ? Il faudrait faire un système.

Il faudrait faire un système de paravent pour séparer les choses.

écrire au doigt d’honneur – interlude, plic, ploc. Quand ça se livre, ça passe toujours d’un dossier à l’autre, des petites pousses, des poussées de liberté, c’est quoi ça ? Montre, jardinier, je n’arrive pas à voir dans ta pelle qui sépare le bon grain de l’ivraie, le vrai du faux, le bon du mauvais. Je me retourne, je me lève avec une vision. Tétant le sein d’une vision, je me couche. Réessayer – et là, du coup – on voit.

Deuxième générique, on n’a pas vu le temps qui passe. Passer combats de coqs entre poids lourds, tu vas t’arrêter oui ! Bah dis donc, ça fait propre. Pourquoi on n’entend pas la fin ? Tu pensais quoi mettre ? On pensait juste avoir nos larmes pour pleurer, on peut préparer le lit, on n’aura plus qu’à s’y plonger. Si tu ne le sens pas, je ne veux pas te le forcer. ça aurait pu être intéressant ce meuble de coin, éventuellement si j’avais un angle. Je trouve ça agaçant, on se prend toujours les tripes dedans. Partout des petits récipients pour retenir ce qui coule, si je me réveille avant toi, dis-moi c’est bien tu m’as déjà chauffé la place – crétin.
.
.
.

Je veux

Je veux, je commande qu’il y ait de la surface.
Livrez m’en pour demain matin,
j’ai envie de le dire fort : rendez-moi tout ça !
Il se crée des habitudes mais on les claque.
Chacun fait son travail et tout le monde est en place.
Ok, coupez. Une simple lettre suffit
pour résoudre bien des soucis.
De la pluie ? Une lettre-type ? Vous l’aurez !

J’ai dit simplement mon numéro, j’ai répété pareil,
tu pourras écouter ce que j’ai fait.
C’est toujours beaucoup de travail, ça fait trois fois
qu’il dit qu’il vient, il n’est toujours pas venu.
Tu peux fermer avant si tu veux.

On en a maintenant la coutume : on a des rendez-vous
pour d’autres rendez-vous, pour une impression de répétition,
des hommes discrets marchent entre les allées,
je reviendrai frapper à ta porte, toutes tes portes,
on trouvera bien le chemin tout seul.
Ces animaux empaillés, est-ce que c’est des vrais ?
Ils sont beaux, ils sont bien faits.
J’ai un livre. En souvenir de la bonne époque,
de toutes nos soirées passées.
Je regarde maintenant de façon proche.
En fait les mots sont importants.
Si un jour j’en sors.
Tu peux toujours te nettoyer la langue, te tutoyer,
on ne dormira pas beaucoup demain,
cognez musique de fous,
ça m’épuise rien que d’y penser,

je me suis mis en tête.
.
.
.
Alexis Denuy

Biographie : Alexis Denuy naît en 1977 à Paris où il vit actuellement, a habité à Barcelone et Montréal, a publié plusieurs livres : Prends ça ! (1995), Les Protestes (2009), Existe (2010) ainsi que régulièrement dans des revues (Empreintes, Mortibus, Sik, Borborygmes, Hippocampe, A verse, 104larevue, Sitaudis, D’ici là, le Zaporogue, Docks, Décharge, L’Autobus, Cairns).On peut l’entendre lire ses textes lors d’interventions en public.

Son site
.
.
Alexis Denuy(1)


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :