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Jacques Dupin, la poésie comme une déchirure

janvier 29, 2013


Écrire depuis toujours, pour quelqu’un, pour personne, écrire pour les pierres… écrire pour un inconnu, pour un aveugle, pour un inconnu aveugle… âcre le résidu de ce brasier, de cette fumée, de ce jet de pierres vers l’autre, vers l’ombre de l’autre, vers cet inconnu qui attend, qui est là, qui était là, depuis toujours…
Écrire sans point d’ancrage, sans point de mire,
risque absolu, espace ouvert… précipice de la langue, laconisme de funambule, ¬ et le volubilis de la mort qui s’accouple à
l’écriture, qui s’enroule autour…
.
Écrire, un mourir qui ne finit pas de s’éteindre entre mes doigts, de rougeoyer sous la cendre, et de reverdir sur l’abrupt de la falaise, comme une naissance de l’un adossée à l’agonie de l’autre, ¬ le partage à couteaux tirés de notre gémellité
odorante…très loin de moi, seul, qui verse l’huile sur le feu de l’écriture, pour activer le brasier de la mort du livre, et
graisser les minuscules rouages édentés de la poétique aphasie…
.
Écrire au fond du trou, écrire sur le fil, en disloquant, en moissonnant, en délivrant l’espace du vide vivant…
.
Écrire ce que chacun ¬ toi, moi, n’importe qui ¬ endure, appréhende en dormant, sous un drap de brume, avant le premier signe de l’aube…© POL, 1991, repris dans © Poésie/Gallimard, 2009, extraits (p. 129, 132, 137, 144 et 159)
/>Jacques
Dupin est né en 1927 à Privas, en Ardèche. Son père est médecin-chef d’un hôpital psychiatrique tenu par des religieuses,
où il passe une partie de son enfance dans le quartier des femmes. Une expérience qui le marque profondément.
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Il s’installe à Paris en 1944, où il poursuit entre autres des études d’histoire et de droit. Se passionne pour l’art. En 1947
sa rencontre avec René Char, qui préface son premier recueil de poèmes, est déterminante, et lui permet d’entrer en relation avec de nombreux artistes : Brancusi, Picasso, Brauner, Lam, Calder, Hélion, Braque, De Staël, Miro, Giacometti. Il collabore avec eux et devient secrétaire des Cahiers d’art. Il se lie également d’amitié avec des poètes comme André du Bouchet, Francis Ponge, Pierre Reverdy et André Frénaud.

Lié aux plus grands artistes de son temps, il dirige en 1956 la galerie
Maeght (qui deviendra la galerie Lelong à partir de 1981). En 1966, il est l’un des fondateurs de la revue
L’éphémère,
mêlant critique d’art et poésie,

aux côtés d’André
du Bouchet, Yves Bonnefoy, Gaëtan Picon, Louis-René des Forêts, Michel Leiris et Paul Célan. Il consacre de nombreux essais aux
peintres contemporains, notamment Miro, dont il est le biographe, Giacometti et Tàpies.

Il est l’auteur d’une poésie sans concession, abrupte, tranchante, et qui aborde les choses et les êtres sous l’angle de la brisure, de la rupture. La poésie pour Dupin est toujours un échec, car, dit-il, « c’est l’acte le plus pur d’habiter l’impossible ».
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Lire la suite sur « La Pierre et le Sel »

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