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Salah Al Hamdani, poèmes

janvier 22, 2013


Extraits de Saisons d’argile; Recueil de Salah Al Hamdani; Editions Al Manar, Paris 2011

***

Découvrir les rides de son exil dans le miroir
au risque d’être soi-même
un hôte qui explore l’esprit sombre du monde

***

Ma nuit creuse dans le nuage d’un souffle
aspire le corps du matin
et attise des braises dans l’argile d’un charnier
Pendant que j’écoute la pluie
mon esprit élabore un plan pour salir l’aube des assassins

***

Que faire, dis, de ce chantier de songes défrichés
de ce manoir qui tournoie contre le vent
et de l’origine de la balade sur le quai triste ?
Le voleur de visage
est comme Adam au clair de lune
à la lueur de cette perle comme un sortilège de l’écriture
un triomphe du printemps
De haut en bas
je suis le veilleur de l’aube
le moulin de la perte
.
.
.
Seul le vieux tapis fleurissait le sol

La maison avait changé d’adresse
ma photo avait changé de place
la table avait été pliée derrière la porte
la chaise de mon père, aussi,
seul le vieux tapis fleurissait le sol

Je t’ai trouvée enfin
dans un jardin nu
avec ton grand châle noir
l’esprit en dérive
enfilée dans tes prières
l’âge cousu sur le visage

J’ai cru serrer un palmier agonisant
Puis dans mes bras,
j’ai reconnu ma mère.
.
.
.
« Comment crier mon silence sur la page ?

Essaie de voir un matin semblable au mien
La solitude et le réveil à regret

Essaie d’avoir l’Irak comme patrie
Et Saddam comme tyran

Essaie d’être surpris par un nuage solitaire
Et par un ciel plié comme un drap humide sur un balcon

Essaie d’être l’insurgé et le coupable
Essaie de remonter les jours éphémères
Jours qui s’infiltrent dans un matin
sans laisser de traces

Essaie d’être un sabre factice mais tranchant

Essaie de te dérober à tes souvenirs
De dévêtir toutes tes nuits
D’être la mémoire du condamné »
.
.
.
De la Palestine à Bagdad »

« Steppe immense et rude
où s’assemblent les mirages
jusqu’à la lointaine caravane
où les pleurs du vent se lassent
mais grimpent avec courage
à l’assaut de mon âme

donne ton dos à un fragment de paysage
pour dessiner l’angoisse
le sable jusqu’à la dune et la dune jusqu’à l’horizon.

Pierre lancée par un enfant de Palestine
je te salue
telle une nouvelle lune sur Bagdad l’ancienne. »

Extrait de « Bagdad mon amour »
.
.
.

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Salah Al Hamdani a vécu en Irak jusqu’à l’âge de 23 ans. Ouvrier dès l’âge de 7ans, il travaille durant toute son enfance chez différents artisans, se bagarre volontiers avec les enfants du quartier et s’engage dans l’armée irakienne à l’âge de 17 ans pour subvenir aux besoins d’une famille nombreuse et modeste. Il fréquente peu l’école, n’apprenant l’Arabe moderne qu’en prison politique avec les prisonniers chiites, communistes ou nationalistes, tous des intellectuels opposants à la dictature baassiste. Il découvre la poésie sur les murs de sa prison et se met à écrire. Après une période de torture et une rétention de 8 mois pour complot avec un groupuscule de gauche contre le parti Baas, il est libéré et radié de l’armée. Errant sans travail à Bagdad, condamné au chômage suite à son séjour en prison, il doit rester à l’écart de sa famille qui redoute déjà des représailles. Il habite alors dans le quartier populaire Al Maidan du centre de Bagdad. Il traîne jusque tard dans la nuit, dans les cafés de la rue Al Rachid, endroits fréquentés par des jeunes de la bourgeoisie irakienne imprégnés des influences culturelles occidentales de l’époque. Il découvre ainsi Albert Camus dont il lit le roman L’étranger, lecture qui décidera de son avenir. En échange d’un peu d’argent, il rédige aussi des lettres d’amour pour aider ses jeunes amis moins doués à conquérir des cœurs. Après avoir essuyé de nombreuses agressions par les milices baassistes qui le persécutent, il échappe de justesse à une tentative d’assassinat et certains lui conseillent en 1974, de partir à l’étranger en exil. Il choisit la France qui, pour lui, est avant tout le pays de son modèle Albert Camus. Une autorisation de sortie du pays lui est paradoxalement accordée grâce au frère – bien placé au parti Baas !- du jeune homme qui a voulu le tuer et dont il s’est depuis, fait un ami. Salah Al Hamdani arrive donc clandestinement en France après un voyage en train à travers la Turquie, totalement démuni. Il doit trouver seul une adresse, sans connaître aucun mot de français, ne parlant et ne lisant que l’arabe. Il relate cet épisode étrange dans la nouvelle Le quarante quatre1. Quatre ans plus tard, il est marié et monte sur les planches du Théâtre National de Chaillot pour interpréter le rôle d’Enkidou, personnage principal, dans une adaptation de l’Epopée de Gilgamesh de Victor Garcia, mise en scène qui fera date dans l’histoire du théâtre d’auteur. Cette ascension fulgurante et improbable ne l’empêche pas de continuer à militer contre Saddam Hussein avec d’autres démocrates exilés en France, et d’écrire de la poésie dans la douleur et la solitude de la perte des liens. Impétueux, rebelle, anti-Saddam Hussein et dévoué à la cause kurde, il perd à plusieurs reprises l’occasion de se faire une place confortable dans le milieu du théâtre et du cinéma. Il commence à écrire des nouvelles et des récits en 1996 alors qu’il se sépare de sa deuxième femme. Il a déjà laissé de côté sa carrière trop irrégulière de comédien et de metteur en scène. La nouvelle Une vie entre parenthèse paraît tout d’abord en arabe dans un journal de l’opposition irakienne à Londres et bouleverse plusieurs hommes de théâtre irakiens exilés. Cette nouvelle sera mise en scène en Hollande puis publiée avec d’autres récits en Syrie en 1997 aux éditions Al Mada, non sans quelques modifications de la censure… Le livre reste interdit en Irak à cette époque. Par la suite, certaines nouvelles seront traduites en français et publiés sous le titre Le cimetière des oiseaux par les éditions de l’Aube en 2003. Mais cette année là, le 29 mars, Salah Al Hamdani est agressé avec sa nouvelle compagne dans une manifestation anti-guerre et lynché par un groupe de vingt arabes pro Saddam : des irakiens, des maghrébins et des palestiniens, exhortés par un responsable de l’Association des Irakiens de France qui avait lancé le premier coup de poing2. Le même jour, le journal l’Humanité Dimanche publie pourtant un long poème de Salah intitulé Bagdad mon amour, repris ensuite sur Internet par de nombreux sites pro palestiniens. Salah a toujours soutenu les droits du peuple palestinien. Tandis que Saddam Hussein payait les familles de kamikazes palestiniens, Salah militait pacifiquement en jouant Kofor Shama avec la troupe El Hakawati de Jérusalem. Cette attaque fasciste sur un trottoir de Paris l’a meurtri profondément, lui le défenseur des droits de l’homme, attaqué par ses propres frères. Enfin le 9 avril 2003, Saddam Hussein s’enfuit, ses statues tombent. Blessé dans le corps et dans l’âme par son agression, désemparé comme les autres exilés de la disparition trop soudaine de leur persécuteur, Salah Al Hamdani tergiverse sur son retour en Irak. Comment va-t-on l’accueillir ? Au premier appel téléphonique, la réponse de sa mère est froide. Elle refuse de continuer à lui parler. Un an plus tard, en mars 2004, la guerre n’est pas finie mais la mémoire s’est remise en marche. Quand viens-tu me voir ? demande la mère. N’en as-tu pas le courage ? Il faut répondre sans délai. Je viens le mois prochain, décide brutalement Salah. Isabelle Lagny Source
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Un article dans Libération


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