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Jacques Darras, poète et génie du Nord

janvier 15, 2013

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Jacques Darras, poète, essayiste et traducteur de poésie anglo-américaine affirme depuis fort longtemps que « l’écriture a besoin d’être entendue » et qu’il convient de « dire la poésie en marchant ». Cela lui est venu lorsqu’il a su parler et marcher en même temps qu’il griffonnait les lettres de l’alphabet. C’était à Bernay-en-Ponthieu dans la Somme, en Picardie maritime, à une enjambée du parc du Marquenterre, où il est né le 11 décembre 1939 sous le signe du sagittaire, « le centaure qui vise les étoiles et qui est un voyageur impénitent ».
Jacques Darras, poète et génie du Nord

Ses parents, Paul et Renée, exerçaient le noble métier d’instituteur dans ce village traversé par la Maye, « une petite rivière indépendante du Nord de la France que je promène partout avec moi sur les cartes, comme une unité métrique liquide, donc fluide, donc approximative, donc floue » dont Darras a détourné le cours pour la chanter dans son œuvre éponyme en huit chants (la Maye, Œdipe en Ponthieu, Christine au parc du Marquenterre, la falaise d’Ault, l’Ambe, Usages de la forêt, Jean Scot Erigène à Laon) dont le premier a paru en 1988 chez 1/nuit – 3 cailloux et maison de la culture d’Amiens.

En 1993, le deuxième chant II, Le petit affluent de la Maye, est publié à Bruxelles par la maison d’édition Le Cri, la maison de la culture d’Amiens ayant décidé de cesser son activité littéraire pour se consacrer à l’édition phonographique en créant Label Bleu dédié au jazz. Jacques Darras quitte Amiens et la rue Laennec pour s’installer rue de Suffren à Paris. La ligne ferroviaire qui relie Bruxelles y est plus directe et rapide. Moi, j’aime la Belgique ! (poème parlé marché) déclame-t-il en 2001, mais cette fois dans la collection l’arbalète chez Gallimard.

Dans ses bagages il emporte la revue in’hui qu’il a fondée en 1977 avec Pierre Rappo, journaliste au Courrier picard, et qui sera désormais imprimée en Belgique. Les chants s’égrèneront à intervalle régulier pour livrer en cette année 2012 Irruption de la Manche, poème avec 18 gouaches, le premier texte du chant VIII Le Chœur maritime de la Maye (publication par souscription auprès de l’auteur avec 60 copies numérotées).

Il tient le goût de la forêt et de la rivière de sa mère qui a guidé les pas de son poète de fils dans le bois de Crécy et sur les berges de la Maye. C’est à ce temps ancien qu’appartient la source d’où a jailli son épopée fluviale et le bois dans lequel il a sculpté La forêt invisible : au nord de la littérature française, le picard, première anthologie de littérature picarde du Moyen-Age à nos jours publiée en 1985 qui est aussi la première publication de la maison d’édition Les Trois Cailloux.
Le promeneur picard s’est depuis desquamé en voyageur universel. « Je suis un poète français voyageur. Né au Nord, près des côtes de la Manche », confirme Jacques Darras. « Donc prédisposé à la littérature anglo-saxonne », s’empresse-t-il de préciser.
L’agrégation d’anglais obtenue rue d’Ulm à Normale Sup’ coulait de source qu’il obtient en 1966 (la veille de son départ au service militaire qu’il effectue en partie au 51e régiment d’infanterie à Amiens) non sans s’être au préalable frotté aux lettres classiques dont il est licencié et à la philosophie dont il porte toujours les habits de latiniste et helléniste distingués. Cela longtemps après avoir fréquenté le lycée Courbet d’Abbeville, les classes préparatoires d’hypokhâgne et de khâgne au lycée Henri IV à Paris et avoir été assistant-lecteur de français à l’université d’Edimbourg.
Le bruit des barricades du quartier latin lui parvient à peine derrière les hauts murs de l’école militaire de Paris où il exerce comme interprète. De retour à la vie civile, Jacques Darras est nommé à l’automne de 1968 au Lycée Grandmont à Tours. L’année suivante il est nommé assistant d’anglais à l’université d’Amiens sise place Dewailly à l’époque. En 1976, il soutient sa thèse de doctorat consacré à un polonais engagé dans la marine marchande anglaise devenu un romancier anglais de premier plan, « Joseph Conrad, signes d’empire ou Conrad et le colonialisme » à Paris VIII Vincennes. « J’ai pris le contre-pied de Roland Barthes et de son empire des signes », s’amuse Jacques Darras.

« Je m’admire d’être en Picardie, mais c’est extrêmement tonique, déclarait-il dans les colonnes du Courrier picard en octobre 1983. Ce que j’aime en Picardie, c’est la tonicité. Il faut être fort pour y vivre. Ici, à Compiègne, vous êtes administrativement en Picardie. Vous êtes en Ile-de-France, vous êtes dans la partie douce. Le vrai noyau picard, c’est cette plaine monotone, longiligne, grise qui s’étend du Santerre au Ponthieu, un champ de betteraves et de batailles… »
Son doctorat lui vaut nomination comme professeur titulaire à l’université de Nice. Il refuse ce poste pour rester à Amiens où il fera toute sa carrière jusqu’en 2005. Doyen de la Faculté de langues de 1984 à 1999, Jacques Darras ouvre les départements d’arabe, d’hébreu, de chinois de néerlandais et de polonais.

« Amiens est construit sur de la tourbe. Mais surtout, il ne faut pas le dire. De ce marais se dégage une brume. On est alors soit embrumé, soit momifié dans la tourbe qui opère sa lente succion, ce travail carbonifère vers la destruction des corps et des esprits, leur désagrégation. C’est cela l’aspect fantastique en Picardie. » En dépit de cela ou à cause de cela, le poète s’implique dans la vie picarde et amiénoise. Il se met au service de cette Picardie qu’il déteste autant qu’il l’aime. Dans son fascicule poético-touristique Bienvenue en Picardie, manifeste paru en 1982, il annonce la couleur. Sa secrétaire à la faculté des langues le perce à jour : « Vous aimez la Picardie, vous n’aimez pas les Picards. » Le sollicite-t-on pour un texte, il le rend. Dernier exemple en date : sa préface de Picardie, corps et âme, un livre initié par le conseil régional en 2006. « La Picardie s’évapore dans les nuages. La Picardie rêve infiniment. Pas à elle-même, on pourra le déplorer. Mais au-delà d’elle-même », écrit-il.

Vingt ans plus tôt, il s’immerge à la fin de l’automne de 1984 durant une semaine dans le lycée Mireille-Grenet à Compiègne. Résultat : Le wagon de l’Armistice, une pièce de théâtre, un texte punko shakespearien selon Darras édité par le centre littéraire de Royaumont, lu au théâtre national de Chaillot en mars 1987. Vingt ans plus tard, il rencontre l’acteur nordiste Jacques Bonnafé dans un Jacques two Jacques créé en mai 2004 au théâtre de la Bastille à partir d’un choix de textes issus de Van Eyck et les rivières, La Maye et Moi j’aime la Belgique. Le poète intervient fugitivement en tant qu’il est l’auteur pour donner la réplique à Bonnafé. Cette aventure s’est prolongée par une tourné en France qui s’est étirée jusqu’en 2009 et a débordé en Belgique et même en Syrie. Le duo donne encore régulièrement des lectures. On l’a aperçu à Douai, Reims, Lyon, Lille, Bruxelles… Amiens. Et c’est en cette même année 2004 qu’il signe le feu dans l’eau, introduction à Scotland, le livre du photographe compiégnois Jean-Paul Gilson.
Jacques Darras est sorti dernièrement de Paris pour prendre domicile à Orry-la-Ville, à deux pas de l’autoroute du Nord, là même où un panneau de signalisation indique « Vous êtes en Picardie », tout à la pointe sud. Le Génie du Nord (Grasset 1988) affirme depuis 2006 Tout à coup je ne suis plus seul (collection L’arbalète chez Gallimard) dans un roman chanté compté écrit en vers. Retour en Picardie pour mieux sauter en Belgique et courir l’Europe.


Toute la bibliographie du poète sur son site internet : http://www.jacques-darras.com

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