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Serge Pey « La poésie n’appartient pas au rêve mais au réveil »

janvier 10, 2013
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Source : L’Humanité 07/01/2013



Rencontre avec Serge Pey, qui préside la Cave Poésie de Toulouse. Il nous livre une vision émancipatrice de son action et son regard sur le poète comme lecteur du monde.

Votre œuvre est parfois qualifiée de poésie sonore, visuelle, le plus souvent de poésie d’action. Qu’est-ce qui guide votre quête poétique ?

Serge Pey. Le poète est un lecteur du monde, et c’est parce qu’il est un lecteur qu’il invente son écriture sans arrêt. Le concept de poésie sonore n’est pas le mien. Il n’y a pas d’un côté la poésie orale et, de l’autre, la poésie écrite. Le statut de la poésie est en perpétuelle évolution car elle est une interaction entre la vie et la langue. Tout bouge, le fleuve d’Héraclite est toujours là. Ainsi, le concept de performance, qui, il y a peu, était un lieu d’expression de l’art critique, est devenu insensiblement une gymnastique néolibérale de l’art, l’expression d’un art conservateur, réactionnaire. Je préfère celui de poésie d’action, qui a le mérite de signaler un espace différent du théâtre et une ­relation différente à l’espace et au corps dans la représentation du poème.

« Ce qu’il reste du poème : 
une tache rouge sur le front 
de la langue», écrivez-vous…

Serge Pey. La poésie fait danser la langue et la vie. Le poète est entre les deux, dans son ­travail de mineur de fond, entre le ­visible et l’invisible. La poésie est insoumission dans la langue, car si la langue est soumise, elle ne permet pas d’accéder à la vie. La langue est notre liberté. La poésie est amoureuse, combattante, philosophique, joueuse de mots : rien ne lui échappe dans son rayonnement, puisqu’elle est au centre même de la vie.

Vous alertez sur les menaces qui pèsent à la fois sur 
la création poétique 
et sa lecture. Pourquoi ?

Serge Pey. Du fait que la ­mémorisation des textes est de plus en plus marginalisée et que l’écriture des poèmes ne s’effectue plus, nous assistons à la disparition progressive de la poésie, et celle du XXe siècle en particulier. Ainsi, les ­technocrates au service des classes dominantes ont-ils réussi, en trente ans, le tour de force de faire disparaître des écoles le mot « bibliothèque », remplacé par celui de « CDI ». Inconsciemment, c’est une façon de gommer le lieu « sacré » du livre. La défense du lieu de la liberté du langage amoureux et critique de la vie est une résistance que mènent, avec les écrivains, nombre d’enseignants et de bibliothécaires. Le monde que nous voulons changer se fait aussi avec les mots. La poésie n’appartient pas au rêve, mais au réveil.

Depuis la disparition de son fondateur, René Gouzenne, vous présidez l’emblématique Cave Poésie de Toulouse. Quels sont ses objectifs ?

Serge Pey. Transmettre au plus grand nombre la poésie, la littérature et le théâtre, telle est notre tâche. Nous devons faire tomber les murs, nous externaliser, aller dans les lieux où la littérature et la poésie sont absentes. En ce sens, nous sommes spectateurs, ­comédiens, écrivains, solidaires d’un combat de ­civilisation.

Nous devons porter le poème jusqu’au terme de sa réalisation. Nous devons essayer, dans le contexte hostile de notre société, de marcher sur ce chemin. Aucune ­libération sociale ne se fera sans ­l’apport de la libération de la langue et des possibilités de destin qu’elle contient dans ses flancs.

Une œuvre riche et singulière

Avec plus de quatre décennies d’écriture poétique et de création plastique et de chemins arpentés sur divers continents, Serge Pey est l’un des représentants les plus singuliers de la poésie contemporaine. Parmi la cinquantaine d’ouvrages publiés, citons les plus récents : Ahuc, poèmes stratégiques, une constellation de textes (1985-2012) accompagné d’un DVD (Flammarion), et Chants électro-néolithiques pour Chiara Mulas (Dernier Télégramme).

Entretien réalisé par 
Alain Raynal


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