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Seyhmus Dagtekin, poèmes

janvier 9, 2013

Au fond de ma barque, extrait

.
Êtes-vous contents maintenant
de sortir mes yeux de leurs caves
et de les disperser
à la suite d’une antilope qui glisse
d’une feuille qui tombe
d’une loutre qui retraverse une vue
chargée de mots que vous auriez voulu lire
de ce paysage que vous auriez voulu porter
comme le déploiement du sourire.
Êtes-vous contents que je reste collé à cette pierre
Que tout m’échappe
Sans que je n’échappe à rien ?

Toi aussi tu diras, tu n’arrêteras pas de dire
ce que tu as commis sur le sang du frère
Pour qu’il se mêle à quoi
Pour que tu deviennes la perte de quel mot
Dans la profondeur trouble de l’œil
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Les chemins du nocturne

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Et là, je m’arrête pour te chuchoter une plaie
Mon amour chagrine
Mon amour à jamais
à jamais dans le tort
Redis
redis les phrases qui ressemblent à ta mort
qui te rassemblent dans la mort
Mon amour
à court de vie
à court de tort
La solitude d’un rat dans les marais
J’aurai voulu
j’aurai voulu que tu te rassembles dans l’agonie
du rat
Mon amour à jamais mort
.
.
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MA MAISON DE GUERRE

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«a, c’est rien
«a, c’est une cerise sur la tête de ce vaurien
«a, je ne le dirai pas. Je ne le toucherai pas
Avant, je sortais d’une mine
Et la mine était contente
Je pouvais me faire très pointu
Et ce que j’écrivais sur une gomme
Je pouvais l’effacer d’une autre
Je pouvais disposer les mots en forme d’escalier
pour toucher la neige qui était sur ta tête
je n’avais besoin de le dire à personne
même pas au W qui mettait un point d’honneur
à ne pas se laisser écrire
mais je lui trouvais tant de formes que ça lui donnait le tournis
j’oubliais exprès le point du I pour m’y percher
et guetter ceux qui passaient aux alentours
quitte à ne rien apprendre
de ce que tu seras après
mais peu importe, je continuerai
pour que chaque mot puisse se voir
dans le miroir
qui est de l’autre côté
même si je ne suis jamais sûr
que le miroir ne devienne
piège
et ne nous enferme
de chaque côté
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Je voudrais

;
Je voudrais qu’on rêve ensemble
Qu’on se réveille ensemble
Je voudrais qu’on attrape d’une même main
Qu’on entende d’une même oreille
Je voudrais te saluer de près
Ne jamais te perdre de loin
Je voudrais te voir par tous les moyens de la vision
Je voudrais que l’intérieur commence par toi
Que l’extérieur ne soit que toi
Je te voudrais dans la volonté et dans ce qui la dépasse
/
Je me voudrais ce qui court vers toi
Ce qui s’anéantit et retrouve vie en toi
Sans que tu ne diminues en rien
Je me voudrais ailes déployées
Corps qu’aucune aile ne peut porter
Je te voudrais destination de toute lettre
Source de tout mot
Je te voudrais champ et chambre
Terre et arbre, iris et son regard
Comme si ta vie était l’envers de la mienne
Et qu’elle serait balayée par le même souffle
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.
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Au fond de ma barque, autre extrait

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Quand tu te retires du monde
Le monde ne s’arrête pas pour autant
Ne se retire pas
Quand tu vas dans le vaste monde
Tu ne deviens pas vaste pour autant
Quand tu te prives de la multitude
Tu n’occupes pas pour autant ta solitude
Tu ne l’élargis pas
Quand tu te chasses du bruit
Tu ne découvres pas pour autant le silence
Quand tu te coupes les branches
Tu n’augmentes pas pour autant
La sève qui irrigue ton front.
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LA LANGUE MORDUE (extraits)

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Je t’ouvre et je t’attends, un trou à la hauteur de tes genoux
Un trou entre tes dents qui plongent dans le vide de tes entrailles
Fine et allongée
Te défaisant de ta course vers ma bouche
/
Elle trouve que j’en fais trop
Que je regarde trop ses ongles qu’elle ronge, ses cheveux qu’elle enroule autour de ses doigts
Ses yeux en veille
Ses genoux penchés du même côté
Ses dents à mâcher sa tête avec ses lointains
Fine et allongée avec une courbe et le gouffre des oreilles
Un air qui traînera sur les visages qui se recomposent dans le flou que tu laisses à ta suite
À chaque fois autre
À travers tes yeux dans le dos de l’autre
Le gouffre des heures par les jours paires, par les jours sans repères de ma vue
Comme si je la voyais de loin
De loin en loin dans les troubles de ma vue
Vue de près
Une ombre passe
Accompagnée d’un homme qui la suit de près
Une ombre traverse mon corps comme un condensé de frissons
Elle vient et disparaît dans les ramifications de mon corps
Elle vient et me suit de près dans mes disparitions
Dans mes dispersions sans corps
Comme une tâche à part
Qui traverse le passé, annexe l’avenir
Comme le ressort cassé des heures
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Le site de l’auteur
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Bibliographie
2011 : Ma maison de guerre, Le Castor astral
2008 : Au fond de ma barque, L’Idée Bleue (ISBN 2840312468)
2007 : Juste un pont sans feu, Le Castor astral (ISBN 978-2859207168)
2005 : La Langue mordue, Le Castor astral – Écrits des Forges (ISBN 9782859205928)
2004 : À la source, la nuit, Robert Laffont
2003 : Couleurs démêlées du ciel, Le Castor Astral – Écrits des Forges (ISBN 2859205330 et 2890467902)
2001 : Le Verbe temps, Le Castor Astral – Écrits des Forges
2000 : Les Chemins du nocturne, Le Castor Astral (ISBN 2-87858-123-7)
1997 : Artères-solaires, L’Harmattan
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One Comment leave one →
  1. février 27, 2013 11:47

    A reblogué ceci sur Poézique-zique, tique et pique- mots et grammes.

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