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Henri-Louis Pallen, poèmes

janvier 7, 2013

Génération

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Sous l’épaisseur des feuilles que les champignons soulèvent,

la lenteur et sa corollaire l’indocilité,

construisent à l’infini un univers de patience

dont le principe fondateur n’est autre que l’amour.

A y blottir entières mille rêveries d’enfance

je me rapetisse, m’y réduis pour mieux m’augmenter,

m’y retrouver à l’échelle inconnue que je convoite,

m’oublier homme, et être pleinement d’un pays

qui dans l’ordre de l’émerveillement est sans limite.

Si fécondes les visions qui m’emplissent le regard

et propice la fragrance qui me vient aux narines,

que j’ai plaisir à n’y être plus que frémissement

de cette contre-réalité, juste à fleur de terre,

bien qu’avec Char l’on sache quels crimes s’y perpétuent.
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Art poétique

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Sur les voies où tu tentes d’avancer en écriture

tu voudrais effleurer les mots de la pointe des pieds,

t’efforçant d’allégir ton être le plus possible,

diminuer le poids de ta chair et de ton esprit.

Retenir pour mieux donner n’est chose paradoxale

que pour adeptes de raccourcis embobelineurs,

de traits d’arc et de couleurs vives, éclats de paroles

dont l’enjeu prioritaire est sans doute de briller

comme les étoiles, qu’on sait cachées dans leur lumière.

Alors, précaution première : écrire un minimum.

Bizarrerie : exprimer avec l’esprit de s’abstraire

les choses qui te poussent et te freinent à la fois.

Ne fais pas pourtant économie de munificence

qui s’avérerait plus paradoxale, sans issue.

L’équation à résoudre ne présente rien de simple.

Donne le meilleur de toi, c’est-à-dire presque rien,

te souvenant de ceux que Char nomme des pisse-lyres.

En ce monde d’exhibitions confuses et de bruit,

le cri est souvent moins perceptible que le murmure.
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Alchimie du silence

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Non prononcés aussi, les mots brisent un silence

de la même façon que des notes non jouées ;

dans l’esprit ou le cœur la résonance qui s’ouvre

peut transporter le désir jusqu’à l’exaltation.

A le lire, on perçoit tout de l’être qui s’exprime ;

son phrasé, sa respiration, le grain de sa voix,

son débit et ses modulations intonatives,

ses gestes même, ses façons de rester muet,

son regard, tout s’infiltre dans son toucher du verbe ;

la lecture s’apparente aussi au corps à corps.

D’où, qu’elle soit à l’opposé de toute vitesse ;

aimer se développe, s’apprend aussi, se creuse ;

longtemps, notre approche oculaire s’approfondit

avant que la fusion s’opère ou non, sans réserve.

Jusqu’au frôlement presque, si près de la caresse

parfois, une page lue c’est en fermant les yeux

qu’on la laisse déployer son charme au fond de l’âme ;

fin du poème : proche d’une petite mort.
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Sursis

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Ce redoux fin décembre plaît aux hérissons

que je vois au petit matin sur les pelouses

prospecter avec apparente tranquillité :

ils lui répondent comme à un chant de sirène,

les attirant au large où ils vont se noyer.

Le froid, complice en embuscade, les menace ;

quand ils seront au milieu du gué, il viendra

saisir leur dénuement et frapper sans scrupule.

Ce qu’ignorant, ils ont dans la sérénité

le degré d’innocence à chacun nécessaire

pour nos pas en avant vers l’oracle du jour.

Moteur obscur dont force est de faire l’éloge !

Surseoir au drame est-ce à point le vaincre un peu

que certains jours la joie de céder nous suffise,

puisse l’arête du miroir nous disloquer ?
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Chers broutards

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Bêtes sans idiotie, occupées à être vous-mêmes,

vous aspirez à égrener le chapelet des jours

derrière votre placidité toute en apparence ;

je vous espère aussi en paix que vous en avez l’air.

Enfants qui n’êtes plus dans les parages de la mère,

écornés jeunes, bouclés à l’oreille aux premiers jours,

vous avez quelquefois le regard fixé vers l’absente,

numéro comme vous, déjà remise en production.

Les limites du pré sont celles de la vie future.

Dans l’attente, la viande grossit vite mais le cœur

ne gagne pas pour autant le moindre atome de graisse ;

débordant de sa bonté rustique, vaillant en tout

il préserve son entière fragilité pour battre,

non à la foudre, aux caprices de l’intempérie,

fût-ce aux changements parfois brutaux de température,

mais à la vue de qui statuera sur l’exécution.

La vie des hommes aussi s’arrête bien un jour, certes

mourir est naturel, mais on ne vit pas pour mourir.

Je souffre au-delà des mots de ma totale impuissance

à vous faire sentir par la caresse, le regard

à quel point tout mon être partage votre misère.
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D’autres poèmes sur son blog ici

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