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Matthieu Gosztola : Nécessité de lire la poésie contemporaine … (3/5)

janvier 3, 2013

Source : La Cause Littéraire 14/12/2012



Tous les faisceaux de voix extrêmement différentes les unes des autres présentes dans Poezibao, Recours au poème, Sitaudis, Terre à ciel…, convergent vers le quotidien, ou plus exactement s’élaborent en résonnances profondes avec le quotidien, le donnant à voir, à ressentir, et même plus qu’à ressentir. Toutes les écritures poétiques (ou les écritures prosodiques fictionnelles, du reste, quand le travail opéré sur la forme, en ce qui les concerne, confine aux exigences du poème) présentent la substance du quotidien (le sédiment du courant du quotidien, son hypostase, ce terme devant être pris, comme cela a été évoqué en ouverture, dans le sens médical) telle qu’elle est visible lorsqu’elle a été passée au crible de la théorie prenant en charge l’Histoire et le corps comme outils structurels d’analyse concernant la matière brute drainée par le langage (le réel qui n’est jamais tout à fait soluble dans le dire) et l’émotion que l’auteur cherche à (res)susciter dans la tension qui s’élabore entre lui et cette matière par l’utilisation notamment, savante, des images poétiques. En somme telle qu’elle est visible alors que le courant du quotidien a été véritablement asséché.

Ainsi, la poésie contemporaine s’élabore en résonnances profondes avec le quotidien (puisqu’elle demeure, quand bien même elle se construit sur un indéniable formalisme le plus souvent, d’abord l’émanation de la façon dont la substance même du vécu a provoqué au sein de la psyché de l’auteur des résonnances inabouties qui par l’écriture cherchent une forme d’aboutissement dans le vivre – écrire est bien la perpétuation du vivre et non l’inscription du vivre dans un principe d’immobilité et d’éternité), autant qu’elle le donne à percevoir, par le travail effectué sur la langue et sur la forme, dans toutes les réalités qui font sa substance et que le langage véhicule, du reste, inlassablement et invariablement, que ces réalités aient trait aux petits riens de la vie quotidienne, à la question du deuil et à la façon dont ce dernier peut être pris en charge par le poème, aux liens exprimés entre l’homme et le paysage, à l’altérité de son propre corps éprouvée avec force, à l’érotisme exprimé par le biais de l’indicible, à la façon dont les souvenirs peuvent être révélés par l’écriture, à la joie face à quoi le poème ne se tient pas muet etc.

Il faut lire la poésie contemporaine en ayant conscience de la valeur de la langue qui s’y meut comme signe rendu intelligible (en tant que signe) par le poète d’une inharmonie profonde intrinsèquement constitutive du monde tel que celui-ci paraît, c’est-à-dire tel qu’il fut radicalement changé (du moins l’idée que l’on s’en fait) par les grands génocides du vingtième siècle, signe d’une inharmonie rendu visible de par la dénaturation de la langue en tant que dialecte et de par la dénaturation des principes de beauté et d’euphonie qui sont, depuis toujours, rattachés à l’idée même de poésie.

Cette conscience de l’humain se tenant dans un sentiment d’inharmonie continu se manifeste par le biais d’un travail sur la langue et la forme, un travail constant extrêmement précis qui fait tenir ces dernières dans une incomplétude ne se résolvant jamais, dans le mouvement du poème qu’instaure la narrativité, en complétude (en un langage et une forme qui soient finalité – singulière : rattachée à l’idiosyncrasie de l’auteur – du langage et de la forme), dans la nécessité en somme d’une incomplétude seule à même de signifier immédiatement la conscience qu’a l’homme du délitement des sociétés, le langage manifestant toujours, dans la perturbation dont il est l’objet, une brisure profonde – et ce n’est pas seulement le fait de la psychose, c’est aussi le fait des postures poétiques contemporaines qui sont des anti-postures puisqu’elles manifestent la situation intenable de l’homme nécessairement scindé, séparé en lui-même au sein du délitement des sociétés – entre l’homme et le monde, au travers d’un sentiment (profond et profondément destructeur pour l’ego et son enracinement dans une idée de stabilité rattachée à l’idée même de monde) de déséquilibre.

Le déséquilibre profond du langage et des formes renvoie ainsi trait pour trait à la conviction humaine très forte comme quoi nul équilibre (et nulle harmonie par conséquent) au quotidien n’est possible dans une inscription individuelle au sein des sociétés, de leur structure flottant dans l’imprécision du désastre.

 

Matthieu Gosztola

 

À découvrir ou à redécouvrir :

Poezibao http://poezibao.typepad.com/

Recours au Poème http://www.recoursaupoeme.fr/

Sitaudis http://www.sitaudis.fr/

Terre à ciel http://terreaciel.free.fr/

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