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Nouvelle chronique : Faire vivre la poésie – Témoignage

janvier 2, 2013

Source : Mediapart 20/12/2012



Chaque mois, le Printemps des Poètes propose le témoignage d’une personne et de sa relation à la poésie afin de montrer comment la poésie peut s’inscrire dans une vie personnelle, professionnelle, affective…ou bien au contraire, manquer, être totalement absente…

Comment, au fil d’une vie, des liens peuvent se tisser et par quels moyens…à quels moments elle peut prendre place, apparaître, disparaître…

Ce mois-ci, Dominique Planès, lectrice de l’association Lire et faire lire nous fait part de sa relation avec la poésie. Lire et faire lire et le Printemps des Poètes se sont associés pour proposer aux lecteurs bénévoles de Lire et faire lire, de faire découvrir de la poésie aux enfants, à partir d’une sélection de recueils.

Ainsi, un projet culturel, d’éducation populaire devient l’occasion de rencontrer et renouer les liens avec le texte poétique, qui avaient été distendus au cours d’une vie professionnelle.

Faire vivre la poésie…Pour mener ces expériences humaines fortes

La poésie est entrée très tôt dans ma vie sur les bancs de l’école. Quelques doux souvenirs perdurent : récitations appliquées, beaux cahiers illustrés de dessins ardemment coloriés, poèmes de Maurice Carême, Jacques Prévert, Jean de la Fontaine…

Puis vint la découverte des grandes figures de la poésie des différentes époques dans les programmes de français et de langues étrangères. C’est un intérêt intellectuel pour ce genre littéraire qui a marqué mes années collège et lycée .

A ce parcours initiatique classique succéda une vie estudiantine où le droit, l’ histoire et les sciences politiques prirent le pas sur la littérature ..Mais si l’ obligation scolaire d étudier la poésie avait disparu, quelques poètes majeurs suscitèrent un engouement passionné. Louis Aragon, Paul Eluard, Federico Garcia Lorca firent alors vibrer mes vingt ans ..Leurs textes accompagnaient les émotions , les espoirs , les promesses mais aussi parfois une indignation ou une tendre nostalgie…

 

« Tout ce que l’homme fut de grand et de sublime
Sa protestation ses chants et ses héros
Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux
A Grenade aujourd’hui surgit devant le crime

Et cette bouche absente et Lorca qui s’est tu
Emplissant tout à coup l’univers de silence
Contre les violents tourne la violence
Dieu le fracas que fait un poète qu’on tue

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme de feuillages au front
Un jour d épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche …. »

Louis ARAGON extrait de «  le fou d ‘Elsa »

La vie professionnelle dans un monde centré sur l’économie m’a ensuite éloignée insidieusement de l’univers poétique. La presse, les essais spécialisés et bien entendu les romans ont alors constitué mon socle de lectures. Cette alternance entre textes ancrés dans le concret et fictions inventives convenait à mon esprit cartésien. L’absence de poésie ne me créait aucun manque .

Vint le temps de la retraite et le projet parmi d’ autres de donner de la place au livre, à l écrit et à la transmission. L’ association Lire et Faire Lire m’offrit l’opportunité de conjuguer ces aspirations. L’aventure était enthousiasmante et j’y ai plongé avec conviction et une certaine « gourmandise » !

La participation au Prix Poésie de Lire et Faire Lire s’est présentée comme un challenge nouveau. Si le partage d’albums ou petits récits avait déjà fait ses preuves, j étais plus interrogative sur ma capacité à transmettre la joie d’un poème. Les mines réjouies d’enfants de 6/7 ans embarqués dans ce concours pour eux aussi étonnant qu improbable a levé tous mes questionnements. Michel Lautru avec son réjouissant recueil «  les jupes s’ étourdissent » publié chez SOC et FOC m’a réouvert, grâce au partage avec les enfants, les portes de la poésie .

Surprise par la facilité d’entrer de nouveau dans cet univers, j ai pu apprécier toute sa richesse lors d’animations d’ateliers lectures pour des adolescents en grande difficulté scolaire. Loin d’être des objets littéraires qui font peur, les poèmes brefs, incisifs, rythmés ont fait naître des éclairs dans les yeux et un réel intérêt pour les mots. La poésie s’est alors imposée comme le vecteur d’entrée pour réconcilier ce jeune public avec l’écrit.

La poésie est revenue prendre place dans ma vie comme passeur de poèmes auprès des jeunes mais aussi comme source inépuisable de petits bonheurs personnels.

La poésie se vit et se ressent , elle touche à l’intime, interroge le monde mais aussi nos joies, nos chagrins comme nos angoisses et nos espérances. Elle a l’immense privilège de valoriser le langage et la liberté qu‘il peut offrir refusant l‘uniformité et les codes normatifs. Laissant la pensée en éveil, la poésie semble défier le temps qui passe et tisse des liens indicibles entre le réel et l’idéal absolu auquel nous voulons croire. Elle nous rend plus vivants, plus libres et plus forts et se dresse comme un phare. Avoir appréhendé ce mystère est un cadeau .

C’est ce parcours qui m’a fait pénétrer avec émotion dans l’œuvre d’Andrée Chedid et découvrir tout récemment le livre de David Grossman «  Tombé hors du temps », poème bouleversant d authenticité où douleur et espoir s’entremêlent nous rappelant le propre de la condition humaine de manière magistrale …

Dominique Planès, BOULOGNE le 10 Décembre 2012


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