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Youcef Zirem : « Ecrire pour moi est une façon de respirer »

décembre 21, 2012

Le Matin DZ 17/12/2012


Youcef Zirem, journaliste, poète écrivain et par ailleurs animateur de l’émission Grafitti sur Berbère télévision a publié le Semeur de l’amour en septembre. En mars, c’est « L’Homme qui n’avait rien compris », un roman écrit de sa main.

Youcef Zirem

Youcef Zirem

Lematindz : Que devient Youcef Zirem, le journaliste et écrivain ?

Je crois qu’il est toujours le même ; toujours amoureux des mots et passionné des médias. Juste qu’il a pris du recul sur les choses, sur le monde, sur la vie dans une ville de la culture et de l’ouverture qu’est Paris.

Un recueil de poésie et un roman en quelques mois. Vous êtes prolifique ?

Je ne sais pas si je suis prolifique ; écrire est pour moi une façon de respirer véritablement ; je le fais pratiquement chaque jour, d’une façon ou d’une autre. Cela dure depuis des années, et au bout, j’ai plusieurs textes qui peuvent paraître à n’importe quel moment.

Le semeur de l’amour est votre dernier recueil, avez-vous le sentiment que les Algériens ont une relation compliquée avec l’amour ?

Oui, mon Semeur d’amour, paru à Paris au mois de septembre, plaide pour l’amour de l’Autre…De nos jours, cela est valable aux quatre coins du monde…En Algérie, la haine a pris le dessus sur l’amour et cette tendance s’accentue de jour en jour…Même quand nous sommes à l’étranger, cette haine nous poursuit et nous n’arrivons pas à nous en débarrasser…La situation politique désastreuse en Algérie est largement générée par notre incapacité à nous aimer véritablement…

L’autre livre qui arrivera avec le printemps, L’Homme qui n’avait rien compris revient par un chemin détourné sur l’Algérie contemporaine, à travers un juif. Original ?

Mon prochain roman, L’Homme qui n’avait rien compris, sort le 7 mars aux éditions Michalon à Paris. Ce livre ne laissera aucun lecteur indifférent. Cette fiction revient largement sur l’histoire algérienne depuis la création de l’Etoile nord africaine jusqu’aux errances actuelles d’un pouvoir illégitime qui emprisonne un pays et un peuple. Cette histoire est racontée par un Juif algérien, Daniel Benyacoub Laurriat, qui ne veut pas enterrer son père, mort à Paris, durant la canicule de l’été 2003. Joseph, le père de Daniel, lui aussi né en Algérie, a longtemps conseillé l’armée algérienne, avant de quitter l’Algérie et sa femme Sylvia. Durant ses pérégrinations parisiennes, Daniel rencontre Laurent, un journaliste parisien qui ne cesse de dénoncer certaines pratiques du microcosme parisien. Laurent tient le coup grâce à une femme, Adriana, qui vient d’Argentine. Ce roman raconte, d’une certaine façon, le passé juif de l’Algérie pour dire que ce pays est porteur de diversité à tous les niveaux. C’est, peut-être, cette diversité qui peut le sauver un jour. A bien des égards, L’Homme qui n’avait rien compris passe en revue les déchirements du monde actuel.

L’identité est importante si je comprends bien, pourtant vous écrivez en français. Vous arrive-t-il d’écrire en kabyle ?

Oui, l’identité est importante ; les racines peuvent nous guider à trouver notre chemin. Mais il faut aussi s’ouvrir sur l’Autre, sur les autres, sur le monde. Oui, j’écris aussi en langue kabyle même si jusqu’à aujourd’hui, je n’ai rien publié dans la langue de ma mère. Mais cela se fera un jour, c’est inévitable.

Quelle analyse faites-vous justement de la revendication amazighe sous l’ère Bouteflika ?

La revendication amazighe doit aujourd’hui dépasser le slogan pour arriver sur le terrain de la production à tous les niveaux. Bouteflika a été acculé par l’extraordinaire Mouvement Citoyen de Kabylie à accepter le statut de langue nationale pour la langue amazighe. Mais Bouteflika et le système de Toufik Mediène n’encouragent guère cette langue. Il y a encore du chemin à faire pour réhabiliter complètement la langue amazighe.

Le président français ira en Algérie, ne pensez-vous qu’il y a un flagrant décalage entre ce président qui a été déjà ministre pendant la présidence de de Gaulle et ce jeune président français ?

Oui, il y a un décalage énorme parce que l’Algérie n’est pas une démocratie. Bouteflika a été imposé par le DRS aux Algériens ; c’est dans la continuité d’un régime qui n’a jamais eu d’alternance politique depuis l’indépendance algérienne. L’argent du pétrole aidant, le système Bouteflika-Toufik a corrompu des larges pans de la société algérienne. Les pays occidentaux eux-mêmes, y compris la France, soutiennent largement le régime algérien pour profiter des richesses algériennes.

Quel est le dernier livre que vous avez lu ?

Je lis ou relis souvent plusieurs livres en même temps : en ce moment, je suis avec Gatsby le Magnifique de Scott Fitzgerald et Lumière d’août de William Faulkner. La semaine passée, j’ai relu Le Polygone étoilé de Kateb Yacine…

On revient au journalisme, sachant votre longue expérience depuis la naissance de ce qu’on appelle la presse indépendante, j’ai le sentiment que vous cultivez une certaine amertume et du scepticisme quant au rôle réel de la presse.

Oui, j’ai quitté mon poste d’ingénieur en pétrole à la Sonatrach pour le journalisme et je ne le regrette pas. En Algérie, la presse écrite est passée par des moments meilleurs que ceux d’aujourd’hui. Même la télévision algérienne, hermétique et au service unique du pouvoir, s’était ouverte à la suite des tragiques événements d’octobre 1988. Je ne cultive aucune amertume mais je suis réaliste : tant que le citoyen algérien ne sera pas libre, la presse algérienne sera toujours limitée et aura des lignes rouges à ne pas dépasser.

Que souhaitez-vous pour l’année à venir ?

Pour l’année à venir, je souhaite de l’Amour, de la Paix et de l’Harmonie à tous les habitants de la terre

Entretien réalisé par Hamid Arab

* Youcef Zirem, Le Semeur d’Amour (poésie), Paris, éditions L’Harmattan, septembre 2012, 70 pages.


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