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Virginie Guidal, poèmes

décembre 20, 2012

L’effraction

Depuis que tu es ossature
inclinée dans le pli de mes draps
mouvance abrupte
variante défendue
des fractions de lumière
dérobée à l’énigme
à l’écart décisif
de l’ébriété diurne.
J’ai puisé ton image
envoûté les divins
pour t’aimer d’abondance
projeté mes désirs
sur l’écran maculé
de violence et d’absence.

Depuis que tu es aile
déformée dans les pans écroulés
éperon surplombant
mon intime sclérosé
jusqu’à l’ellipse
du trompe-l’œil
de ton mensonge
flouté indiscret.
Le désarroi transperce
encore le déformé
de mes transports
écartelés aux deux temps
passé violacé
avenir bleuté écorché.

Depuis que tu es terminaison
innervée incurvée à l’entrelacs
de mes nuits uniformes
face à l’ultime défit
du corsage délacé
de ton sexe appauvri
de ta langue déliée
éloignés de mon corps.
Dis-moi le secret
du sévice cumulé
qui me dissout toujours
inquisiteur caressant
les reliefs diaphanes
de mon être assiégé.
La temporelle
Je vacille chancelle
prends le risque du subtil
et prends mes racines
à l’attache cruciale.
De forme exaltée
en contraste funeste
incandescence née
du désir de l’homme
je fluctue la lumière.
Mais bientôt mes courbes incertaines
retournent au sordide
du néant d’où je viens
fondant à l’appréhension
du temps inévitable.
Seule subsiste la tache noire
vide qui m’aventure.

.
.
.

Sur le vif

Tous mots superflus
sans doute les mains vont se frôlant
tenter d’apprivoiser le reste de soi

L’accord de leur corps embelli
fonde en une fraction le geste accompli

Là où les lèvres se rencontrent
leur tête en circonflexe
les nuques amènent l’élan

Dans un rythme ralenti
ils repoussent un peu la pulsion
et modèrent l’acuité du désir au terme naissant

Une autre fois sera la tentative
de rejouer ce moment-là.
.
.
.

Les mains du pianiste

Elle observe ses mains
Lui n’y pense pas, a l’air saisi déjà
Sur les contrastes, ses mains reposent encore en voûte
Elle observe, elle sait que bientôt, d’elles le silence mourra.
L’agilité de ses doigts frêles laissent leur empreinte, juste un temps, pas plus.
Parfois on perçoit les nervures quand les touches sonnent lourd
Elles sont étranges, ces mains
La nuit j’ai la certitude qu’elles éveillent les Willis qui se damnent au flux de leur musique.
.
.
.

« L’implorante » Camille Claudel

Elle soutient ses membres – croupit de misère – trainée dans la terre qui a honte
les regards se jouent d’elle parce qu’elle est la perdue la fantasque à genoux
pourtant elle bouleverse le masque muré du monde
L’empreinte de l’autre main dans la sienne – l’homme dérobé
elle voudrait exister encore sous sa peau – elle a sa mémoire au ventre
ramassé sa vie en boule cendres et neige mêlées

Le geste tendu poursuit le désir ébauche la caresse et trouve le vide
à la cassure de leur lien l’agénésie de l’abandon
ses os en saillie elle s’éparpille de solitude servile

Violence tacite recluse au profond – c’est le cri qui dévore qu’elle étrangle
aux entrailles suppliciées de retourner sans cesse la glaise du néant
de tordre la masse enchaînée mue en caillots de sang
De son regard magnétique de ses mains graciles elle sculpte son amant
lèvres mi-ouvertes à recevoir l’avènement – elle corrompt sa peau au désir d’être prise
Et si nue devant lui – offrande refusée – et si loin de lui ses lèvres de mendiante.

.
.
.

Un cactus sur la langue

Au passeur délayé
mes bras brisés à ton cou
se pendent à l’échine
Pris dans le courant
à peine un frôlement
tu fends le ciel à le rompre
ou peut-être moi
Lorsque l’ondée amère
fuit au précipice
la lumière s’apaise en teinte livide
Les langues déliées
apprennent le mensonge
de ne plus respirer par l’autre
.
..
.

Esquisse

Je suis la silhouette dans le reflet ténu
fixée sous verre juste enclavée
pour tuer les heures j’arpente les vestiges
constelle les surfaces devenues trop lisses
déteste l’horizon voué aux grisailles
Mon souffle sur les corolles veut commettre un délit
mais la nature est morte dans la Vanité
je soupèse l’avenir du poids du repentir
imprime au tissu sa teinte lie-de-vin
boit la gorgée de somnolence
Le portrait renie le modèle assouvi
la césure patiemment donne la mesure
d’une douleur drapée d’ironie
jusqu’à la béance du précipice
jusqu’à la tombée du silence
Alors la toile s’approprie le pourtour
le filet tisse son vertige
tout autour de l’image grimée de noir
dont le cœur aussi froid que l’absence
m’enrobe d’une couvée nocturne
.
.
.

bio :

Virginie Guidal à 32 ans, professeur de français, elle est également en troisième année d’étude pour être orthophoniste. « J’écris dès que j’ai le temps car l’envie et le besoin sont toujours présents. Passionnées d’art en général, j’aime découvrir de nouvelles créations. »
Elle a notamment été publiée dans Le Capital des Mots


VG

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