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Roland DAUXOIS, poèmes

décembre 11, 2012

Il nous faut vivre poètes !
Montrer à tous que nous n’avons besoin
ni de temples, ni de guides !
Ne sommes-nous pas revenus d’entre les morts ?
Avec leurs vides, leurs fringales, leurs fosses à remplir,
certains, à mains levées, dessinèrent des courbes brisées
pour nous enseigner l’harmonie !
Notre désarroi grandissait avec le déclin de la lampe,
les mêmes démons livraient une fois de plus bataille.

Il nous faut vivre poètes !
La brûlure est toujours là,
il est temps d’inviter la révolte au festin,
de frapper l’enclume,
de déverser notre colère
dans le creuset de la beauté,
de forger des armes pour défendre nos esprits,
d’apprendre à danser avec nos fantômes,
il nous faut vivre poètes !

_______________________________________

J’ai fait un vœu devant les pierres,
au nom de la foudre pour chasser mes démons,
au nom de l’herbe qui nourrit les troupeaux,
au nom de l’eau qui circule sous la roche,
au nom de l’animal qui se terre au passage de la horde.
J’ai fait le vœu d’une aube froide et claire,
d’un versant abreuvé de soleil,
d’une herbe abondante pour les chevaux,
j’ai fait ce vœu au bord de la rivière
sous une tente de peau tannée.

J’ai fait un vœu devant les pierres,
j’ai rejoint leur silences,
j’ai rejoint leur rugueuse beauté,
je ne sentais plus les morsures du vent.

J’ai fait un vœu devant l’arbre,
j’étais son écorce et sa sève.
J’ai fait un vœu sous le ciel,
j’étais un nuage,
une simple promesse de pluie.

_______________________________________________

Homme des archives.

Où que tu sois homme des archives,
les voix de la terre sont présentes,
elles veillent sur la nécessité des énigmes,
sur la vivacité et la lucidité de ta parole.

Il est vain de se scarifier,
de se flageller pour accéder au pardon,
il est vain d’ôter ses parures
pour vouloir paraître plus nu,
plus vain encore de se réfugier
dans la plainte pour susciter les larmes.

L’océan ne se souvient de ses noyés,
le fleuve de ses suicidés,
et montent au-dessus des villes
les cris des gardiens,
les rires des ouvriers.

Attachons-nous solidement au mât
de ce cirque où toutes les ombres grimées
miment l’éternité,
attachons-nous aux piliers de ces ponts
qui regardent se traîner
ces longues barques, ventrues, pesantes et rouillées.

Le fleuve toujours est en lutte contre ses bords,
des poings cognent aux portes de la nuit,
ils saignent, vaincus par les écluses
d’une impossible humanité.

En cette plaie, en ce cratère du verbe,
gravons les passages de la lumière
pour ne pas en perdre le souvenir,
pour nous soustraire quelques heures
au vacarme incessant des hommes
qui croient aux signes de leur délivrance
quand se multiplient leurs tombeaux.

Où que tu sois homme des archives,
traversé de soleils absurdes,
enchaîné au socle des traditions,
chargé de tous ces poids qui font le prisonnier,
puis le cadavre,
figure martyrisée,
prise dans le déferlement des rides,
figure portée à bout de bras,
à bout de crimes,
trahie par les anges
par toute cette mémoire des chutes et des exils,
va ! Vogue vers l’île des innocents !
Là où se retrouvent les damnés,
les suppliciés, les excommuniés, les proscrits,
et c’est pour eux
que le poème s’écrit,
c’est pour eux qu’il saigne, qu’il hurle,
qu’il se démène sous les planches,
qu’il frappe sur les solives des sourdes demeures,
c’est pour eux qu’il vit !

Ô poète ! Les eaux montent
mais le temps résiste,
où que tu sois, homme des archives,
soulève la chair de l’horizon
pour retrouver l’âme qui palpite,
pour remonter du cœur de la carrière
cet éclat de roche qui porte le rêve du monde.

____________________________________________

Certainement nous nous sommes beaucoup trompés,
les anges nous en tiendrons peut-être rigueur,
mais voyez, bien des nuits sont passées sur nos demeures,
et nos fenêtres ont résisté à tant de bourrasques et de pluies.

La parole d’un seul espère en la multitude des échos,
quand la souffrance s’enracine dans l’âme
rien ne peut l’amoindrir, rien ne peut l’apaiser,
l’âge est une excuse, la mort une pudeur.

Nos mains longtemps se sont crues aptes à retenir la lumière,
aujourd’hui ces yeux nous disent la détresse
d’un être qui emporte avec lui ses plus lourds secrets,
le silence est une tombe qui ne reçoit plus de visites.

_____________________________________________

Cet homme debout continuera son dur labeur,
la terre fume dans le froid,
le moteur renâcle sur la pente roide.

Le visiteur ne peut voir la lourde demeure
qui s’enfonce dans l’océan terreux,
ne peut entendre le cri de la corneille,
seule réponse à l’abîme,
l’enfant essoufflé remonte de la vallée
il témoigne :

« ils ont tous là-bas
retourné la terre à hauteur de leurs ventres
et leurs yeux pourtant grands ouverts
ne voient plus les étoiles ! »

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j’ai pour cet être qui respire
dans le voisinage des arbres et des vallées
une tendresse non feinte,
cet homme qui côtoie
têtes et racines, la terre et les étoiles
je l’imagine au-dessus de la nuit de nos villes,
comme un phare dans la tempête
lance son indéfectible alarme.
.
.
.
Poète et peintre lyonnais né en 1957, il publie son premier ouvrage à Paris en 1977 puis s’inscrit aux cours de jean Dulac peintre lyonnais, se lie d’amitié avec le peintre et écrivain belge jean Raine (disparu en 1986).
Suivront des expositions personnelles et collectives dans des lieux publics (salon d’Automne, salon Regain), des participations à des lectures publiques et émissions radiophoniques.
Editions dans des revues poétiques parmi lesquelles : Friches, Sezim, N4728 (Paul Badin) Diptyque (revue de Florence Noël), les Carnets d’Eucharis (revue de la poétesse Nathalie Riera).Publication régulière dans la revue Verso (Alain Wexler).Initie en 2005 avec Albert Guignard et David Treviz la mouvance des poètes sauvages (voir article sur Wikipedia).Parution en 2013 dans la revue internationale de poésie de Paris-Sorbonne.
http://arsenal-roland.blogspot.fr/


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