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ATAOL BEHRAMOĞLU, poèmes

décembre 5, 2012

ASSIÉGÉ

Assiégé, je dois prendre des décisions
qui affecteront ma vie
je vis l’amour dans des chambres délabrées
et non dans des jardins fleuris

Et voilà que je trouve le vers le plus beau
ce qui dérange mon rêve est un coup de klaxon
mes réflexions sur ma vie en tête
et une tache de graisse sur mon pantalon

Un spot publicitaire ricaneur et importun
vient s’ajouter à la fin d’un film touchant
l’affection perd son sens
et la haine devient versatile pourtant

A côté d’un cadavre d’enfant
vit en moi un enfant qui rit
on a oublié d’éprouver une joie pure
et de se tourmenter, c’est fini

Un ciel existait autrefois
un ciel infiini bleu et vaste
où errent maintenant les nuages engourdis
comme des chiens malades

La mer enchaînée par des brise-lames
est en voie de devenir une eau croupissante
un marais installé en nous
répand son venin dans la nature rayonnante

Assiégé, je dois prendre des décisions
qui affecteront ma vie
mais rien ne pourra faner l’amour verdi par moi
dans des terres arides sans fruits

1978

Traduit parY.Avunç
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DESTINATION

Nos yeux sont faits les uns pour les autres
Nos mains, nos lèvres
Et l’amour pour nous

La nuit est justement faite pour l’amour
Le vent pour la nuit
Et la pluie pour le vent

Nos baisers sont faits pour la pluie
Notre chambre pour les baisers
Et le monde pour notre chambre

Et nous pour le monde

1992

Traduit par Y.Avunç
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LES POEMES DE PARIS I

Je suis seul dans ce soir désert de Paris
Des cieux couverts tombe une pluie fine
Qui augmente encore et encore la solitude
Lorsque je regagne ma chambre comme un abri
Le coeur triste et tout fraîchement saignant

Mes poèmes m’ont-ils quitté
Je suis un voyageur perdu en ces lieux maintenant
Où sont mes racines et où suis-je
Comme dans un rêve alors que je traverse les boulevards
Et que je respire l’air suffoquant du métro
Mes poèmes m’ont-ils quitté dois-je y croire

Au café une femme assise à une table voisine
Fume cigarette sur cigarette
Regarde par la fenêtre avec ses yeux tristes
Avec ses yeux tristes bleus et enfantins
Sa peau est blanche et lisse comme la soie
Au café une femme assise à une table voisine

Aurions-nous quelque chose à partager
Si nous sortions ensemble sur ce boulevard désert
Sous cette pluie serrée
Si nous marchions vers d’autres boulevards
Fumant cigarette sur cigarette
Aurions-nous quelque chose à partager

Que pourrait bien lui évoquer mon pays lointain
Elle une jeune plante enracinée dans d’autres terres
Moi un homme arraché d’autres terres avec ses racines
Au café la femme aux yeux bleus et tristes
La tristesse flotte sur ses lèvres
Que purrait bien lui évoquer mom pays lointain

Voilà un essai de poème à Paris
Me raconter et raconter tout ce que j’ai vu
Redevir ainsi maître de ma voix
De ma voix répandue ça et là
Déboucher les voies de mon coeur
Voilà un essai de poème à Paris

Pourtant cette femme-là aux yeux bleus et tristes
La tristesse flotte sur ses lèvres
C’est elle l’image que ce poème recherchait
Si Apollinaire ou Baudelaire la voyait
Chacun certainement lui consacrerait un poème
Pourtant cette femme aux yeux bleus et tristes

Ce soir de Paris morne et humide
Qui augmente encore et encore la solitude
Voilà qu’il me fait don d’un poème
Ou plutôt d’un brouillon de poème
L’image d’une femme aux yeux bleus et tristes
Faite de Paris du soir et du crachin silencieux même

1984
Traduit par Y.Avunç
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LE JOUR DU PARLOIR

İls ont mis un grillage de fer entre mon enfant et moi
Mon enfant de deux ans et demi

Mon enfant voulait me rejoindre
Comme un oiseau se cognant à sa cage

İls ont mis des réseaux de barbelés entre mon enfant et moi
Plusieurs épaisseurs sur deux rangs

« Papa ne te cache pas » a dit mon enfant
Sur un ton de reproche. Avec un regard qui se débattait…

İls ont mis un précipice entre mon enfant et moi
Un précipice séparant joie et haine

Et moi –comme un imbécile – je pense encore
Qu’il est impossible d’être à ce point inhumaine

I982, Prison Militaire de Maltepe

Traduit par J.Pinquié et L.Yılmaz
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UN CHANT MATINAL EN PRISON

Dans la cour de la prison militaire de Maltepe
assis devant Büyükada dans les brouillards drapée
j’écris ce poème

Un samedi matin début septembre
le vent du sud fait trembler les arbres et la nuit
les fleurs sont lavées par la pluie

Le ciel est bleu les nuages sont blancs
un long été a passé suivant le printemps
me voilà encore en prison avec la fraîcheur de l’automne

La cour est entourée de barbelés
et derrière les sentinelles faisant le guet
les yeux se refermant d’insomnie

Depuis dix jours je n’ai entendu aucune voix d’enfant
İl me manque l’appel de ma fille “papa” me revoyant
İl me manque aussi sa joie quand elle me retrouve

Ma vie, ô ma vie de quarante ans
Je t’ai vécue autant que j’ai pu honnêtement
Et mon âme est rayonnante ici maintenant

Ça va passer, ma belle, ces jours vont passer aussi
Les barbelés seront arrachés ma foi oui
Et ses chaînes un jour le peuple les brisera

Septembre 1982
La prison militaire de Maltepe

Traduit par Y.Avunç
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Ataol Behramoğlu Biographie :

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Ataol Behramoğlu est né à Çatalca (Istanbul) en 1942. Il finit ses études secondaires dans diverses villes de la Turquie où son père fut ingénieur agricole de l’Etat. En 1966, il termine le département de langue et de la littérature russe à l’Université d’ Ankara. En 1965, il publie son premier recueil de poèmes et en 1966, sa première traduction de littérature russe: l’Ivanov d’ Antoine Tchekhov. Son deuxième recueil de poèmes édité sous le titre de Bir Gün Mutlaka (Un Jour Certainement) se situe entre la tradition poétique réaliste et les oeuvres avant-garde de la nouvelle poésie turque ; cette tradition poétique réaliste s’identifiant au nom de Nazım Hikmet et étant inspirée en premier lieu par le surréalisme français, Apollinaire, T.S. Eliot, etc. et les différentes sources du modernisme européen. En 1970, il devient un des fondateurs de la revue Halkın Dostları (Les Amis du peuple), considérée comme le porte-parole de cette génération. La même année, il entreprend un voyage à l’étranger qui durera quatre ans. Après quelques mois de séjour à Londres, il prend part à Paris aux travaux de la fondation du “Théâtre de Liberté” et écrit (sous le pseudonyme V. Sinan) des textes pour la première représentation : Légendes à venir. Durant ce séjour à Paris, certains de ses poèmes sont édités dans les revues “Les Lettres Françaises “, sous la direction d’Aragon, et “Action Poétique”. Sa première rencontre personnelle avec Pablo Neruda date de cette période. En 1973-74, il entreprend un travail de maîtrise sur la littérature russe à l’Université d’État de Moscou et publie en Turquie ses traductions de Pouchkine et de Gorki. En 1974, il retourne en Turquie et commence son poste de dramaturge au Théâtre de la ville d’Istanbul. Il fonde la revue “Militan”, une des publications importantes de la littérature turque réaliste et moderniste. Il édite ses recueils de poèmes dont chacun se place entre les oeuvres importantes de la poésie turque moderne, entre autres: Yolculuk, Özlem, Cesaret ve Kavga Şiirleri (Poèmes de voyages, nostalgie, courage et lutte) ,1974; Kuşatmada (Assiégé) ,1978; Mustafa Suphi Destanı (l’Épopée de Mustafa Suphi) ,1979; Dörtlükler (Les Quatrains) ,1980 et İyi Bir Yurttaş Aranıyor (On cherche un bon citoyen), ouvrage mis en scène, genre poésie cabaret, 1981. La même année, un choix de ses poèmes est édité et réédité plusieurs fois de suite en Grèce, la traduction grecque en étant entreprise par l’aimable intervention de son ami Yannis Rítsos, un de plus grands poètes du 20éme siècle. En 1982, arrêté durant la période qui suit le coup d’état militaire en tant qu’un des fondateurs de l’Association Turque pour la Paix (Türkiye Barış Derneği) il fut libéré après 10 mois de détention avec plusieurs autres intellectuels turcs. Toujours en 1982, il se voit décerner le prix international Lotus de littérature de l’Association des Écrivains Afro-Asiatiques. En 1983, il publie ses traductions des poèmes de M. Lermontov. Condamné par contumace à 8 ans de prison après sa libération, pour le même procès, il quitte son pays clandestinement pour aller à Paris où il restera 6 ans avec sa femme et ses enfants. A la capitale française, il participe aux travaux de l’INALCO, attaché à la Sorbonne II et au “Centre de Poétique Comparée” il obtient le DEA avec ses études sur Nazım Hikmet et V. Maïakovski (1985). La même année, il publie en Allemagne ses recueils de poèmes Kızıma Mektuplar (Lettres à ma fille) et Türkiye Üzgün Yurdum, Güzel Yurdum (La Turquie, mon pays triste, mon beau pays). En 1986, il commence à publier en français Anka, revue de la littérature turque, avec la subvention du Centre National de Lettres. Mustafa Suphi Destanı (l’Épopée de Mustafa Suphi) fut mise en scène comme une représentation musicale dans plusieurs villes européennes, notamment à Paris, Amsterdam et Berlin. En 1986-87, il publie son ouvrage réunissant ses articles sur la théorie poétique, intitulé Yaşayan Bir Şiir (Une Poésie Vivante) et les ouvrages suivants: Son Yüzyıl Büyük Türk Şiiri Antolojisi (La Grande Anthologie de La Poésie Turque du Dernier Siècle), Çağdaş Rus Şiiri Antolojisi (l’Anthologie de La Poésie Russe Moderne) suivis de trois recueils de poèmes. Pendant cette période de sa vie d’exil et au cours des réunions organisées en France et en d’autres pays européens il récite ses poèmes et à travers ses discours il continue sa lutte pour la démocratie turque. Après son acquittement et le retour de la Turquie au système démocratique parlementaire, il rentre dans son pays en 1989. La même année, il publie plusieurs ouvrages, entre autres: Mekanik Gözyaşları (Les Larmes Mécaniques), réunissant ses écrits sur la théorie de l’art et de la littérature et İki Ateş Arasında (Entre Deux Feux), contenant ses écrits et ses impressions de ses années d’exil. En 1992, son ouvrage Mutlu Ol Nazım (Nazım, sois heureux) composé de souvenirs de V. Tulyakova et de poèmes de Nazım Hikmet fut représenté en Turquie et en Allemagne. En 1993, son ouvrage intitulé Lozan (Lausanne) fut mis en scène par le Théâtre d’État à Istanbul et à Antalya comme une représentation musicale documentaire. En 1995, il fut élu président du Syndicat des Ecrivains de Turquie pour 4 ans. Depuis 1995, il enseigne comme maître de conférences au département de langue et de littérature russes de l’Université d’Istanbul et collabore au quotidien Cumhuriyet à titre de rédacteur politique et artistique. Ses différents poèmes édités en trois volumes en 1990 furent suivis des ouvrages intitulés: Sarin Dili, Ana Dili ( Le Langage Poétique et La Langue Maternelle),1985; Başka Gökler Altında (Sous d’Autres Cieux), 1996; Sevgilimsin (Tu es ma bien-aimée), (poèmes)1993; Aşk İki Kişiliktir (L’Amour est pour deux personnes) (poèmes),1999; Yeni Aşka Gazel (Ode pour un nouvel amour) (poèmes),2002; Rus Edebiyatı Yazıları (La Littérature Russe), 2001; Rus Edebiyatında Puşkin Gerçekçiliği (Le Réalisme de Pouchkine dans la Littérature Russe), 2001. 
La traduction de ses poèmes par des traducteurs connus (entre autres, le professeur américain W. Andrew, Turcologue et chercheur de la littérature turque renommé) en principales langues mondiales et leur publication dans une large mesure dans les médias écrits et électroniques lui valent une popularité. Ataol Behramoğlu par son identité de poète, d’écrivain et d’intellectuel se classe parmi les personnages d’avant-garde de son pays.
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d’autres poèmes Ataol Behramoğlu, ici


ataol_behramoglu

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