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Charles Olson, poèmes

novembre 22, 2012


Tanto e Amara

J’ai entendu la terrible chanson que je n’avais pas entendue
au milieu de ma vie, non, je ne l’avais pas entendue.
J’étais tout yeux, toutes choses étaient, elles sont aveugles maintenant
et moi je suis, je rampe, sans savoir où je vais

Toi qui as entendu me comprendras
la mort est un commencement lointain.
Moi je suis rudimentaire.
Je pousse cœur.

J’ai trébuché en voyant, reconnaissant la haute passe, les personnes
unique impériale nature dont la conclusion était
non, rien, ce n’est rien.
Je sais maintenant que ce n’était rien.

Le sage a dit que rien ne meurt
mais que changeant comme elles font l’une pour l’autre naissent
différentes formes. Il mentait. Je ne peux faire que renaisse ma mère.

La tombe, avant que la boue l’emplisse, l’emplira mon amour.
Et que serai-je moi, quelles formes m’infesteront alors
et où irai-je moi, dans quel fossé verser quel sang pour entendre
sa voix, cet amour que j’entends, la voix maintenant mêlée
à la chanson,
la chanson des Vers ?

Charles Olson, Les Martins-Pêcheurs, Vers projectif & autres…, présentés et traduits par Auxeméry, éditions Virgile, 2005, p. 47.
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je vivais à Washington la

capitale de cette grande pauvre Nation

j’avais du temps avant – les Muses ? où étaient les Muses ? – sont-elles, les

Muses toujours sous le déguisement d’

oiseaux sur la terre,

là un rossignol, ici un rossignol, à Cressy-plage un rossignol

oh des rossignols, ici ?

dans l’air de la nuit je suis seul

pas les perdrix qui flaquent des ailes en s’envolant, elles roucoulent et ne parlent pas, ici ?

en tous cas de toute façon toujours je n’ai jamais cherché qu’au son

des seuls rossignols, dans ces Etats-Unis d’ici (cette portion d’Amérique

– & c’est du fond des puits que vient notre parole

nous parlons avec l’eau

sur nos langues lorsque

la Terre

nous a rendus au Monde, nous Poètes, & que les Airs qui appartiennent aux Oiseaux ont

conduit nos vies à être ces choses-là au lieu de Rois

(Extrait Les Poèmes de Maximus, Volume trois, éditions La Nerthe, p.510)
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La migration en fait (qui est sans doute une

constante de l’histoire, chose courante : la migration

est la recherche par les animaux, les plantes & les hommes d’un

environnement – et par les Dieux aussi – qui leur soit convenable

& préférable ; elle mène toujours vers un centre nouveau. Et pour dire

le vrai je parlerais ici du bi-pôle Ases-Vanes, car là

est l’impetus (la fureur qui s’ajoute à

l’Animus : ainsi l’Ame, la Volonté toujours

avec succès s’oppose au temps d’Avant & l’investit, Et là

est la rose est la rose est la rose du Monde

lundi 8 août, dans la nuit
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Maximus, à lui même

Il m’a fallu apprendre les choses les plus simples
en dernier. D’où bon nombre d’ennuis.
Même en mer, j’étais lent, à m’y mettre, à traverser
un pont mouillé.
La mer, finalement, n’était pas tâche à ma main.
Et même la main à la tâche, oui, je restais étranger
à ce qui allait pourtant de soi. Lambinais,
et pas content quand on me disait
que de nos jours l’obéissance
consiste à remettre les choses
au lendemain,

que nous sommes tous en retard

dans une époque de laisser-aller,

qu’on nous élève en masse

Et on ne connaît pas

facilement ce qu’est

la simplicité

Possible – encore que l’acuité (l’achiote)
je le note chez d’autres,
fait plus sens
que mes distances à moi. Les agilités

dont ils font preuve tous les jours

ceux qui font marcher les affaires

du monde

Et marcher celles de la nature

alors que moi j’ai le sentiment de

n’avoir fait marcher ni ci ni ça

J’ai composé des dialogues,
ai commenté d’anciens textes,
ai offert les lumières que je pouvais, procuré
les plaisirs que
permet le doceat

Mais le connu ?
Cela on a dû m’en faire don,
une vie, l’amour, et d’un homme, un,
le monde.

Signes.

Établi là cependant,

je veille au large, homme de vent

et d’eau, je cherche

Toujours en manque

de preuve

Je sais les quarts d’aire
du temps, d’où vient le vent,
où il va. Mais la souche d’où je viens,
ça, je le vois au bon accueil,
ou la grise mine, qu’on me fait

Et mon arrogance

n’en a pas été diminuée

ni augmentée,

par la communication

2

C’est de la matière inachevée
dont je parle, ce matin,
avec la mer
qui s’étend
à mes pieds

Charles Olson, Les Poèmes de Maximus, Libraire éditeur La Nerthe, 2009, pp. 56-57. Traduction d’Auxeméry.
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Fonds

C’est dur, cette histoire. L’Epatant se trouvait là, planté
sur les Bancs des Fonds à minuit, il y a mettons treize ans,
pendant un coup de vent, et il s’est retourné et puis il est revenu
à bon port avec tout le monde à bord

Pas un navire ne peut tenir sur les Fonds dans un orage. En tirant des bords
à un quart de mile il y a soixante à soixante-dix brasses de
champ mais droit sur les bancs, et c’est à portée de ligne,
l’eau n’a pas plus de vingt pieds de profond. Seuls les petits
bateaux peuvent passer là par temps calme. C’est si haut que
le varech pousse sur l’eau et quand ça souffle et que
la mer devient grosse, on a cent pieds d’eau qui clapotent sur
le fond, c’est un sale endroit

L’Epatant avait suivi la côte en descendant de Terre-Neuve
chargé de hareng congelé. La nuit était noire et le capitaine
avait pas pu s’y retrouver, en tout cas tout ce qu’on a vu c’est
qu’une grosse lame a soulevé le bateau et l’a fait piquer vers l’avant. Il s’est cassé
le nez sur le fond et juste alors une autre lame l’a frappé en
plein sur la poupe et fait passer la poupe carrément par-dessus la proue. Ses
mâts ont touché et se sont brisés. Avec ça, il s’était planté sur les bancs
et flottait encore en eau profonde de l’autre côté, bien droit sur
sa quille même avec les deux mâts rompus fichés à quinze pieds
dans le pont.

Les gars bien sûr étaient en bas. Ils ont dit que c’était fichu avant même
de savoir ce qui se passait. Ils n’ont pas du tout compris d’abord.
Ils ont dit qu’ils étaient là assis comme ça et puis ils ont cogné
le pont et puis ils sont retombés en tas sur le plancher. Ils sont montés
sur le pont, tout sonnés, et voilà, c’était le désastre total.

L’homme de barre était amarré mais il a dit après que lorsqu’il l’avait
senti basculer il avait pensé que c’était la fin pour lui. Il s’était accroché à la vie
et n’avait pas lâché prise en passant dans l’eau. Mais ça fait un
sacré choc pour un homme et il était assez mal en point. Ils l’ont
emmené en bas et ont fait tout ce qu’ils ont pu et après le retour
au port il est resté au lit longtemps. Finalement il s’est rétabli.

On n’a jamais entendu dire qu’un bateau l’ait échappé belle à ce point. Ils
étaient du bon côté sous le vent des fonds, le courant était en
leur faveur si bien qu’ils s’en sont sortis et finalement ont
rencontré un bateau qui les a remorqués.

Les faits rapportés sont tels que décrits. L’homme à qui appar-
tenait le bateau était Andrew Leighton de Gloucester, et le capitaine
s’appelait Bearse.
.
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.
Lettre de Maximus, n° tant et plus

à-ras-bord

Un jour un homme voyageait dans les bois, et
il entendit à quelque distance un bruit de pas sur
le sol. Il se mit à la recherche des gens qui
faisaient le bruit, et il lui fallut une semaine
pour les trouver. C’était un homme et son épouse qui
dansaient autour d’un arbre au sommet duquel était un
raton laveur. La marque de leurs pas avait creusé
un fossé dans le sol, et ils y étaient enfoncés jusqu’à
la ceinture. Quand l’homme leur demanda pourquoi ils faisaient
ça, ils dirent qu’ils avaient faim et qu’ils essayaient de
faire tomber l’arbre en dansant pour attraper le raton laveur.

Alors l’homme leur dit qu’il y avait un meilleur moyen de
faire tomber un arbre, tout nouveau, et il leur montra comment
le couper. En échange il demanda la peau du raton
laveur quand ils en auraient prélevé la chair. Ils la tannèrent
donc et lui, il partit.

Un peu plus loin, sur le sentier de la forêt, il
rencontra un autre homme qui portait sa maison sur
la tête. Il fut d’abord effrayé mais l’homme mit
à terre sa maison et lui serra la main, et pendant
qu’ils fumaient ensemble , et parlaient, l’homme
remarqua la peau du raton laveur et lui demanda où il
l’avait prise. Il lui dit, de l’homme qui dansait et son épouse.

Il n’en fallut pas plus, l’autre sursauta. Il lui offrit tout
ce qu’il voulait pour la peau, et finalement la maison. En l’
examinant notre homme fut ravi de voir qu’elle avait beaucoup
de pièces et de beaux meubles. Mais il dit, je n’arriverai
jamais à la porter comme vous. Si, dit l’homme qui
venait d’ailleurs, essayez seulement, et il vit qu’il
le pouvait, elle était légère comme un panier.

Alors il partit portant sa maison, jusqu’à la nuit, et
parvint à un coteau de feuillus près d’une belle source d’
eau et la mit à terre. Dedans il y avait un grand lit couvert
d’une peau d’ours blanc, et il était très moelleux, et lui
était fatigué et il dormit très bien. Le matin, ce
fut encore mieux. Pendant des poutres il y avait de la viande
de daim, du jambon, du canard, des paniers de baies et de sucre d’érable,
et comme il tendait la main le tapis même fondit
et c’était de la neige blanche, et ses bras devinrent des ailes
et il vola jusqu’à la nourriture et il se trouvait sur des
branches de bouleau et il était une perdrix et c’était le printemps.
Traduction: Auxeméry
.
.
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Charles Olson naît le 27 décembre 1910 à Worcester (Massachussets), d’un père d’origine suédoise et d’une mère d’origine irlandaise. Il fait ses études secondaires à Worcester et, lauréat d’un concours de rhétorique, il part en 1928 pour dix semaines en Europe. À la fin de ses études à l’université de Middleton (Connecticut,) il passe en 1933 une thèse sur Melville, puis enseigne (1934-1936) à l’université de Worcester. En 1936 il rencontre Edward Dahlberg qui l’introduit dans les milieux littéraires et l’aide à publier son premier essai, en 1938, Lear and Moby Dick. Il devient en 1937 directeur d’études à Harvard.
Il écrit ses premiers poèmes en 1940, à New York, où il vit et où il rencontre Constance Wilcock qu’il épouse. De 1940 à 1944 il travaille pour l’Office of War Information ; en 1945 il assiste à la mise en accusation d’Ezra Pound qu’il considère comme un des maîtres de la littérature américaine. Il enseigne en 1948-1949 au Black Mountain College, en Caroline du Nord, où il remplace Edward Dahlberg ; dans cet établissement particulier ont enseigné le chorégraphe Merce Cunnigham, le peintre Rauschenberg, le musicien John Cage, les poètes Robert Creeley, Robert Duncan, etc.
Son premier recueil de poèmes, X & Y, paraît en 1949. Il écrit en 1950 le poème liminaire de son grand œuvre, Maximus, dont le projet est né en 1946. Il retourne en 1951 au Black Mountain College, où il enseigne jusqu’à sa fermeture en 1956 ; il y rencontre Elisabeth Kaiser, qui sera sa seconde épouse. À partir de 1952, les recueils de poèmes se succèdent et il est régulièrement invité pour des lectures aux Etats-Unis et au Canada. Après la mort de son épouse dans un accident de voiture, en 1964, sa santé décline. Il meurt d’un cancer du foie le 10 janvier 1970.
note compose par Tristan Hordé

Bibliographie
•en anglais
Poésie :
In Cold Hell, in Thicket (1953)
The Distances (1960)
The Maximus Poems (1960)
The Maximus Poems, IV, V, VI (1968)
The Maximus Poems, Volume Three (1975)
The Maximus Poems (1983)
The Collected Poems of Charles Olson (1987)
Prose
Call Me Ishmael (1947)
Projective Verse (1950)
The Mayan Letters (1953)
A Bibliography on America for Ed Dorn (1964)
Human Universe and Other Essays (1965)
Selected Writings (1966)
Casual Mythology (1969)
The Special View of History (1970)
Additional Prose (1974)
The Post Office: A Memoir of His Father (1974)
Lettres
Letters for Origin (1969)
Charles Olson and Robert Creeley: The Complete Correspondence (1990)
Selected Letters (2000)
Théâtre
The Fiery Hunt and Other Plays (1977)

•en français
Appelez-moi Ismaël, trad. de Maurice Beerbloch, Gallimard, 1962
Au travers de l’espace et du temps, trad. par Auxeméry, hors-commmerce, 1981
Maximus amant du monde, choix de poèmes extraits de Maximus, et un poème tiré d’une lettre à Creeley, trad. et présenté par Auxeméry, Ulysse fin de siècle, 1988
Lettres Mayas, trad. de Vincent Dussol, avec une introd. de Kenneth White, Trois cailloux, Maison de la culture d’Amiens, 1990
Commencements [textes de diverses origines], trad. par Vincent Dussol, Holly Dye, Éric Giraud, Pascal Poyet, Bernard Rival, Bénédicte Vilgrain, Théâtre typographique, 2000
Les martins-pêcheurs, Vers projectif et autres poèmes, présentés et traduits par Auxeméry, Ulysse Fin de Siècle, 2005
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