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Gregory Corso, poèmes

novembre 21, 2012


De La mort :

La Mort n’est pas une photographie
Ni une marque brûlante sur les yeux
Tout ce que je vois est la Mort
Ni le Faucheur Cruel au sablier –
Egratignure ni tête de mort et os en croix
Ni papillon-taureau

Ne donnez pas à la Mort un nom moindre
J’ai connu des hommes morts qui l’ont ainsi amoindrie
Un hurlement entêté est une triste erreur
Et valeur ressuscitée ne sera plus valeur (…).

Il y a un palais au pays de la Mort
Enfants-de-la-Mort nigaudant sur vérandas ensoleillées
Chevaux-de-la-Mort grignotant l’herbe de la Mort
Roi et Reine de la Mort proclamant un tournoi de la Mort (…)

Et j’avance pour explorer la Mort
Fanfaronnant vieilles boules de neige à Osnag Tragaro culbutant
Esufer Wolb dans la neige
Trompette dans une sacoche de Sourd je m’en vais
Bientôt le kiosque de la Mort
Je blizzarderai le coup cendré
.
.
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Ils ne mourront jamais sur ce champ de bataille
Ni l’ombre des loups ne recrutera leur magot comme des mariés de bléà tous les horizons dans
l’attente d’y consumer la bataille.
Il n’y aura pas de mort pour resserrer leurs ventres lâches nul tas de chevaux empesés pour faire
éclater l’écarlate de leurs yeux brillants
Ou pour faire avancer leurs mets de mort
Ils préféreraient se morfondre de faim les langues folles
Que croire qu’aucun homme ne meurt sur ce champ (…)

(Début de Uccello🙂
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Les grandes rivières hirsutes ont revêtu la parure du tombeau des Florentins
Et coulent leur procession parmi des vallées de lucioles exubérantes
Jusqu’à s’échouer près de ton épaule nue de chair
Où les carusos s’élèvent pour féconder la terre de mille euphories plantureuses
Que récolteront les anges dévergondés et la poésie des saints fous dont tu es le père naturel
De sublimes césariennes géométriques sont nées de ta nudité cyrillique
Et les lunes se noient dans la chevelure des limbes mélodieuses épargnées d’épilepsie
Il y a des manèges qui ont cessé de tourner à la nuit tombée
Les enfants se sont mus en colère divine et le ciel s’est fendu en deux sous leurs pieds
Libérant la juvénile étincelle arc-en-cielant leurs yeux d’artifice
La jeunesse que tu as léguée
Des pans entiers de monde sont restés sourds à tes farces versifiées
Et je proclame encore ton universalité bien au-delà des entendements
J’exhibe tes parties génitales en testament de mes folies apprivoisées
J’exhume l’odeur intense du joyeux anniversaire de la mort – en cela je ne suis profane
Par les visions obscènes violant mes iris je renais au palpable
La Terre tourne un peu trop rond pour éterniser les rêves et les forfanteries
Ce que tu es aujourd’hui ne peut être la tristesse ou l’aliénation, et cela même
J’envie la grâce des constellations chaussées de ballerines scintillantes
La danse nonchalante des effluves lactées au bal des revisitants
Alors qu’en chemin tu rencontres le cœur de Percy Bysshe
Et le salues d’une révérence espiègle en tirant la langue, signe d’infini respect
Pour aussitôt prendre ton envol par-dessus l’Eden et rejoindre les astres les plus lumineux
Des soupirs d’hiver ont frôlé la peau des fleurs sur les balcons
Pendant que l’orgue de Barbarie gesticule à pleins poumons près des marrons chauds
Et qu’une vieille dame attend son dernier clignement de paupières en dansant
Une valse imaginaire dans la cour principale d’un château anglais
Se consument les derniers souffles à la table des derniers regards
Janvier meurtrier boit un verre à la terrasse des saisons vicieuses et menstruées
Janvier m’a fait naître et c’est de sa main que les yeux de ton enveloppe charnelle
Ont cessé de luire pour mieux te fondre dans l’obscure éternité
Intrigante coïncidence d’avoir appris ta mort le jour de mon anniversaire…
25 bougies se trémoussaient parmi les larmes et la crème chantilly
Le champagne reflétait ton portrait et je t’ai bu tu avais le goût d’épines
.
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IMPRESSIONS MEXICAINES

1
Par une fenêtre mouvante
J’entrevois des burros
un kiosque de Pepsi-Cola,
un vieil Indien assis
édenté et souriant près d’une hutte.

2
Arrêt à Guaymas,
une camionnette Ford toute neuve
remplie de travailleurs mélancoliques ;
à la place du chauffeur, un jeune enfant
— maudit par son sombrero.

3
Moulin à vent, bois argenté, sans ardoise, immobile au Mexique —
Moulin comme un oiseau incongru, comme une grue cassée,
Unijambiste, raide, arbitraire, un oeil large et attentif,
Que fais-tu ici ? — Tout seul, étranger, paumé,
Ici où il n’y a pas de vent ?
Structure vivante décharnée et résignée, es-tu satisfaite
de cette station monastique sèche et sans vent ?
Plus doux, le cactus vit plus vieux que toi.

4
Je te le dis, Mexique —
Je pense des miles et des miles de corps entiers de chevaux morts —
Pur-sang et percherons, couchés sur le flanc
Raidis les jambes droites et les bouches sans lèvres.
C’est la jambe raide, Mexique, la dent saillante,
Qui désarçonnent mes rêves équestres de cauchemar.

5
Dans le Zoo Mexicain
ils ont d’ordinaires
vaches américaines.
.
.
.
Il y a une vérité qui limite l’homme
une vérité qui l’empêche d’aller plus loin

le monde change
le monde sait qu’il change
Lourde est la tristesse du jour
les vieux ont l’apparence du destin
les jeunes prennent leur apparence pour le destin
c’est la vérité
mais ce n’est pas toute la vérité

La vie a du sens
et je ne connais pas ce sens
même quand j’ai senti qu’elle n’avait pas de sens
j’ai espéré et prié et cherché un sens
ce n’état pas un ébat poétique
il y avait des dûs à payer
invoquer la Mort et Dieu
j’ai eu l’audace sauvage de les attaquer
la Mort n’a eu aucun sens sans la Vie

oui le monde change
mais la Mort reste la même
elle retire l’homme de la Vie
le seul sens qu’il connaisse
et généralement c’est une triste affaire
cette Mort

J’ai eu une innocence j’ai eu un sérieux
j’ai eu un humour pour me sauver d’une philosophie à la petite semaine
je suis capable de contredire mes croyances
je suis capable capable
parce que je veux connaître la signification de tout
pourtant je m’asseois comme un brisement
gémissant : Oh quelle responsabilité
je mets sur tes épaules Gregory
La Mort et Dieu
Dur, dur c’est dur

J’ai appris que la vie n’était pas rêve
j’ai appris que la vérité est trompeuse
l’Homme n’est pas Dieu
La vie est un siècle
la Mort un instant
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Membre majeur de la Beat Generation (aux côté de Kerouac, Ginsberg et Burroughs), Gregory Corso (1930-2001) est né à New York. Après le retour de sa mère en Italie, il passe son enfance balloté entre des familles d’accueil et des orphelinats avant que son père n’obtienne sa garde. Au cours d’une adolescence agitée, il fait un séjour en prison où il lit énormément et commence à écrire de la poésie. Après sa sortie en 1950, il rencontre Ginsberg dans Greenwich Village : celui-ci le présente aux autres membres de la scène Beat. Son premier recueil de poésie (1954) est publié alors qu’il étudie à Harvard. C’est en 1958 que paraît son poème le plus célèbre, « Bomb », texte en forme de champignon nucléaire. En 1970 paraît Sentiments élégiaques américains.
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D’autres extraits ici
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Gregory Corso, dernier Beat.
;
La bombe de Gregory Corso


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