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Emmanuel Moses, poèmes

novembre 19, 2012

VI
Chut. Les morts nous regardent de leurs yeux noirs et blancs. Ils rôdent
Comme des vagabonds, comme la lune.
Allume toutes les lumières, débouche le meilleur vin,
Peut-être, petit démon, partiront-ils avec le brouillard.
Dans un cimetière, je me suis promené à bicyclette. J’ai cueilli des asters
Et j’ai pensé à toi. Le ciel était bleu, la terre déjà d’ automne. Dans un
Vieux cimetière, et derrière la grille, les gens remettaient leurs
Chapeaux.

XVIII
L’orage qui nous a accompagné comme un tapis lumineux n’a pris fin
Qu’au-dessus du Hudson. Je me souviens du matin blanc qui nous ouvrit
Les yeux et de l’avenue au rugissement de fauve. Des mendiants avaient le
Plan de la ville tracé sur leurs paumes. Que voulait l’Indien qui brandissait
Un parapluie dans la foule ? Partis à la recherche de livres – chers Olson,
Zuckovsky, Merril – nous nous sommes retrouvés au café Roma avec ses
Serveuses rébarbatives e ses petits fours multicolores. Le dieu de Soho
Vendait des articles de sport tandis que ses prophètes répandaient la bonne
Parole de l’électronique coréenne sur la Quatorzième rue. Dans le gâteau au
fromage de Lindy’s, un billet anonyme disait : « Chacun a un morceau de
Miroir et croit le posséder tout entier. »

Emmanuel Moses, L’année du Dragon, in Les Bâtiments de la Compagnie Asiatique, Obsidiane, 1993, p. 14 et 26.
.
.
.
XLIII

Vieil album –
Les morts ne disparaîtront pas,
Je l’annonce modestement.
Mais il faut amuser tout ce monde-là.
Passer d’une langue à une autre, déplier des cartes
caduques et fouiller dans le tas des
passeports provisoires.
Que sais-je du colza ?
Devant une page de l’antique talmud,
je suis impuissant.
Je pousse sur la scène mon grand-père
à la légion étrangère ou mon arrière-grand-père
enveloppant ses poiriers.
Un cousin lance des cailloux sur les passants,
un autre vomit son repas d’anniversaire.
Le théâtre bouffon de la famille donne
Une ultime représentation. Une voix commande :
On ferme.

Emmanuel Moses, Les bâtiments de la Compagnie asiatique, Obsidiane, 1993, p. 51.
..
.
.
A toi aussi – tu me pardonneras – G.S.7. Anderson Street Chelsea
j’écris un mot
et peu importe si tu ne réponds pas
puisque « ce qui a été ne cessera jamais d’être »
ainsi les hortensias deux maisons plus loin
auxquels tu devais beaucoup tenir
et l’été cette ombre verte orientale
qui enveloppait la rue presque tout le long.

.

INSERTION D’HIBISCUS

Georg Flegel était là (1566-1638)
il avait perdu du poids au soleil
avec moi il peignait des natures mortes/Stillleben
aujourd’hui conservées pour nombre d’entre elles
− les aquarelles en tous cas – au Musée de Berlin

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Hibiscus syrien, souci et chenille
ornaient le disque du soleil couchant
je suis allé trop loin
dans le retour
l’éternité n’a pas toujours fait œuvre de blason

**

je me demande
qui tisonne les circonstances
pour qu’ainsi réaffleurent
les tessons rares
É-
trusques
autour des villas mortuaires
dont
je
suis
le
passé
brownien

l’étrangeté
m’ensemence
je me hâte
je me hâte
tel un lévrier
dans sa ligne

la maison éparpillée désormais

demande
à être recueillie
à bras ouverts
ensemencée
saupoudrée d’étoiles
et aspergée de phosphore

au moins
comme un empan

de

ciel
.
.
.
biographie :
Né le 21 octobre 1959 à Casablanca. Poète, écrivain, traducteur de l’hébreu et de l’allemand (notamment Peter Huchel et Yehouda Amichaï), éditeur chez Actes-Sud, où il a notamment publié le Livre noir de Vassili Grossman et Ilya Ehrenburg. Emmanuel Moses vit à Paris depuis 1986. Il prépare actuellement une anthologie de la poésie hébraïque moderne pour les éditions Gallimard.

Publications :
• Le repas du soir, poèmes, Éditions du Titre, 1988.
• Métiers, poèmes, Éditions Obsidiane, 1989 (prix de la Vocation).
• Un homme est parti, nouvelles, Éditions Gallimard, 1989.
• Les éventails de la Sainte Victoire, tirage limité orné d’une gravure de Liliane Klapisch, poèmes , Obsidiane, 1990
• Papernik, roman, Éditions Grasset, 1992.
• Les bâtiments de la compagnie asiatique, poèmes, Éditions Obsidiane, 1993 (prix Max-Jacob).
• Opus 100, poèmes, Éditions Flammarion, 1996.
• La danse de la poussière dans les rayons du soleil, roman, Grasset, 1999
• Le Président, 1999, Flammarion
• Dernières Nouvelles de Monsieur Néant, 2003, Obsidiane

Traductions :
• 11 poètes israéliens contemporains, édition reprise au Temps qu’il fait
• Peter Huchel, La tristesse est inhabitable,, poèmes, Orphée/La Différence, 1991
• Yehuda Amichai, Anthologie personnelle,, poèmes, Actes Sud, 1992


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