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Une poésie lesbienne authentique

novembre 16, 2012


PAUL LAURENDEAU

Je viens de découvrir GOUINES COQUINES DE CE MONDE,  cent cinquante poèmes érotiques lesbiens qui assument sereinement leurs prises de positions et l’ardeur sans ambivalence de leur explicite. Ce recueil s’inscrit dans une dynamique ouvertement libertine, homosexuelle, femme (au sens, classique désormais, de l’écriture femme), tout en cultivant la touche féministe requise et, surtout, tout en parlant ouvertement et très librement d’amour, de béguins, de passion, d’intimité sexuelle et de séduction. Et on en parle ouvertement et crûment. Il n’y a pas d’ambivalence, tant sur le propos que sur sa formulation. Machos égocentriques et mijaurées pusillanimes, s’abstenir… L’exercice, remarquablement mené, se déploie en une versification irrégulière syncopée, sinueuse et coupante, un peu comme un solo jazzique de contrebasse ou de piano (l’auteure joue d’ailleurs ces deux instruments). Imaginez, pour la forme (pour la forme, hein, pas pour le contenu!), pour la structure poétique, une fusion, hachée et chantante, entre un grand ancien du ver irrégulier (Jean de Lafontaine) et un grand moderne de l’imagerie atonale en vrac (Jacques Prévert). Plus moderne qu’ancienne dans son écriture, en fait, Madame LeVayer cite pourtant, au nombre de ses inspirations: Clément Marot, Pierre de Ronsard (on sait que ce dernier ne dédaignait pas la poésie érotique), François de Malherbe, Vincent Voiture, Edgar Allan Poe et, bien sûr, Sappho. Ces cinq poètes et cette poétesse font d’ailleurs l’objet d’une très courte adaptation moderne/lesbienne chacun. Ces petits pastiches-pochades sont parfaitement savoureux et magnifiquement dominés (surtout ceux de Poe et de Sappho). Mais là, attention, il ne faut pas aller se leurrer au jeu, obligé et parfois trompeur, des références et des sources d’inspiration. La poésie de Corinne LeVayer est en fait, immensément et sidéralement originale, fraîche, vraie, neuve. Si elle invoque, de ci de là, les nymphes, les fées, l’imagerie bucolique et trois ou quatre figures lesbianisables de la mythologie antique (Diane, Atalante, Minerve et, dans une moindre mesure et indirectement, Astarté), cette poésie, d’un ciselé et d’une vigueur remarquables, s’inscrit plutôt, ouvertement et nettement, dans une modernité urbaine évoquant les boites de nuit lesbiennes, la consommation de drogues dures (comme la cocaïne ou les amphétamines), la prostitution homosexuelle, et le jazz (sont d’ailleurs mentionnés, avec un amour sans mélange, les seuls hommes qu’on daigne laisser entrer en ce cénacle: Charlie Mingus, Jimmy Blanton, Thelonious Monk, Miles Davis). L’évocation verbale, parfois dansante, parfois gutturale, toujours vive et juste, de la musique est particulièrement précise, inspirée et sentie.

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Lire la suite sur le site CentPapiers

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