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Ghérasim Luca, poèmes

novembre 16, 2012

Le tourbillon qui repose

Ce qui passe pour parfaitement immobile
pousse ce qui semble curieusement ambulatoire
à faire semblant d’être fixe sinon immuable

Ainsi ce qui a l’air de s’arrêter malgré tout
passe pour s’agiter follement autour

Ce qui bouge ou pas dans un coin obscur
de la pièce ou plutôt ce qui glisse
entre les pas de ce qui bouge

ou repose au beau milieu d’un tourbillon
et surtout le mobile qui a l’air
de foncer par petits bonds immobiles
au-dessus
font semblant d’être parfaitement
ce qui a l’air d’être
curieusement ambulatoire
et avec ce qui fait semblant de passer
pour ce qui fait semblant d’être

fixe sinon immuable
poussent ce qui est parfaitement immobile
à se faire passer pour
ce qui pousse à faire semblant
de passer pour curieusement ambulatoire
de passer du parfaitement immobile

à ce qui a parfaitement l’air d’être
ce qui passe
ou plutôt à ce qui pousse

ce qui a l’air d’être ce qui passe
à dépasser parfaitement ce qui passe
à dépasser même ce qui dépasse ce qui passe
et tout en faisant semblant d’être
curieusement dépassé par ce qui passe
à pousser tout
tout ce qui passe ou pas
à avoir l’air d’être parfaitement dépassé
de n’être que dépassé

de naître fixe et dépassé dans un coin

Non
pas ce qui fait semblant de naître
curieusement dépassé
mais chaque être qui bouge dans un coin
chaque coin qui bouge dans un être
non pas ce qui fait semblant
de bouger dans la pièce

mais chaque bougie en chacun

chaque coin qui bouge en chacun
fait semblant de nous glisser entre les pas
passe pour glisser entre les pas
de chacun
non pas de glisser en chacun
mais ce qui parfaitement immobile
fait semblant de faire curieusement
dans la pièce
un pas obscur dans chaque coin

– chaque pas parfaitement immobile
en chacun –
passe pour être le tourbillon
qui glisse
dans chaque coin de la pièce

une bougie que chacun fait semblant
de fixer
Ainsi ce qui a l’air obscur dans un coin
fait semblant de glisser follement en chacun

le tourbillon qui repose
au beau milieu du malgré tout
qui à son tour fixe sinon immuable
en chacun
ou plutôt curieusement ambulatoire
dans un coin
bouge dans la pièce qui a l’air de s’arrêter
malgré tout

ou fait semblant de s’agiter

parfaitement immuable dans un coin
puis
par petits bonds
glisse une bougie autour d’un mobile
qui a l’air de passer
pour ce qui repose
au beau milieu d’un puits
ou de son tourbillon parfaitement obscur
qui fait semblant de s’arrêter

dans chaque être qui bouge
ce qui passe pour être parfaitement
obscur malgré tout

pas du tout curieusement fixe
et plutôt follement autour
de ce qui bouge entre les pas
mais qui surtout y repose
ce qui agite follement le surtout
surtout le surtout-pas du mobile

qui au beau milieu d’un parfait repos
en tourbillon
fonce dans la pièce
et passe pour bouger parfaitement autour
de ce que chacun glisse en chacun

au beau milieu de ce qui s’arrête malgré tout
au-dessus

.
.
.

Vers la pure nullité

.
L’ouité oui-t-elle le non ?
Oui-t-elle le non-oui ? le non-non ?
Le non-non s’oui—t-il ?
Non-t-il le non-oui ?
Non-t-il la non-ouité du non ?
La nonité de la non-ouité du oui ?
La nonité s’oui-t-elle ? se non-t-elle ?
Oui ou non ?
Oui-ou-non-t-elle le oui-ou-non ?
N’oui-ou-non-t-elle que le oui-ou-non ?
Et le non-oui qui oui-t-il ?
Qui non-t-il ?
Qui l’ouité non-t-elle ? le non ?
Le oui ? le oui-ou-non ?
L’ouité s’oui-t-elle ?
S’ oui-ou-non-t-elle ?
Et si elle s’oui et s’oui-ou-non
N’oui-ou-non-t-elle que le oui-ou-no ?
Ou tente-t-elle d’ouifier oui oui et oui
Les oui qu’elle non et les oui qu’elle oui ?
Et si le non se non
Qui non-t-il sinon le non qui s’oui ?
Non-t-il le non ou oui-t-il le oui ?
Le non qui s’oui se non s’oui
Et tente d’ouifier l’ouité-ouitante
Qui hante le non-oui le non et le non
Les non qu’il oui et les non qu’il non
La nonité qui non non et non
Nonité et ouité ouitifiantes des non
Sinon nonnifiantes et ouitificatrices des oui qui non
Et des oui qui oui
Et c’est ainsi qu’on non et non
Oui oui non oui oui
Oui oui oui oui
Pan-oui
Epanoui en oui
.
.
.

MA DÉRAISON D’ÊTRE

.

le désespoir a trois paires de jambes
le désespoir a quatre paires de jambes
quatre paires de jambes aériennes volcaniques absorbantes symétriques
il a cinq paires de jambes cinq paires symétriques
ou six paires de jambes aériennes volcaniques
sept paires de jambes volcaniques
le désespoir a sept et huit paires de jambes volcaniques
huit paires de jambes huit paires de chaussettes
huit fourchettes aériennes absorbées par les jambes
il a neuf fourchettes symétriques à ses neuf paires de jambes
dix paires de jambes absorbées par ses jambes
c’est-à-dire onze paires de jambes absorbantes volcaniques
le désespoir a douze paires de jambes douze paires de jambes
il a treize paires de jambes
le désespoir a quatorze paires de jambes aériennes volcaniques
quinze quinze paires de jambes
le désespoir a seize paires de jambes seize paires de jambes
le désespoir a dix-sept paires de jambes absorbées par les jambes
dix-huit paires de jambes et dix-huit paires de chaussettes
il a dix-huit paires de chaussettes dans les fourchettes de ses jambes
c’est-à-dire dix-neuf paires de jambes
le désespoir a vingt paires de jambes
le désespoir a trente paires de jambes
le désespoir n’a pas de paires de jambes
mais absolument pas de paires de jambes
absolument pas absolument pas de jambes
mais absolument pas de jambes
absolument trois jambes
.
.
.
Ghérasim Luca – « Passionnément »
.

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.
Arthur H – Prendre Corps (poème de Ghérasim Luca)
.

.
.
.
la page sur Ghérasim Lucas chez les editions Corti

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