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Michèle Finck, poèmes

novembre 15, 2012

Mémoire

Un homme passe son bras derrière un dos de femme

Comme il y a longtemps, orphelin, qu’ils sont morts
Ils portent vers le large peut-être un écho d’ange
Quelque chose d’éternel se lamente encore

Vient l’heure où celui-là qui mémoire s’est fait
Se retire humblement dans le château désert
Comme l’ombre de l’image est froide sur le mur
Plus d’enfance, orphelin, mais le violon veuf.

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Opera – Sogno

La plage est un grand opéra où écouter la mer,
Les giboulées de mouettes, la Riviera vert Véronèse sous la pluie,

Le soleil tricéphale pulvérisé par le vent,
Et les nageurs nus vibrants de pollen comme des papillons.
Le temps, qui n’existe pas, chante aussi par rafales,
Et la mémoire a des miaulements de chats éclaboussés de vagues.
Sortis des catacombes, enluminés
D’azur, nous fermons les yeux,
Pour entendre l’enfance voler entre nos cils
Comme un poulpe ailé
Qui ne nous appartient déjà plus et retourne à la mer.

Le navire Eterno efface qui le regarde.
Des Danaïdes changées en nuages
Balaient de leurs cheveux le sable et le sel.
Nous nous berçons l’un l’autre avec des gestes d’eucalyptus.
Nous avons les galaxies en bouche.
Nous caressons nos peaux, qui sont des scaphandres,
Et entrons dans une barque comme dans une oreille.
Mains solaires, nous ramons vers cette partition inconnue

Où nous sommes écrits – Croches d’écume en rêve.

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Aimer

Qui n’a pas la maladie dans le sablier
De la chair qui n’a pas l’hameçon à l’âme
Ne sait rien. Paix dans les plaies car c’est par elles
Que les sons parfois prient et que les bouches tutoient
La souffrance de tous. Avec dans les veines

De la mémoire une perfusion d’étoiles
Enfantines qui roulent de rigoles
En rigoles tout au fond de la douleur.

Fie-toi à tes rigoles. Larme. Sang. Rire.
Limpides. Elles savent. Savent. Quoi ? Aimer.

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Éphéméride de Paestum 
 
Paestum. Syrinx de pins, de bambous et d’écume. 
Les bleus marins font la roue avec des cris de paons. 
Les montagnes prennent le large à voiles silencieuses 
Vers la côte amalfitaine amarrée à la brume. 
Au loin Capri se consume, invisible sauf au soleil du soir. 
(Mais si visible le souvenir de nos ailes fragiles 
Au-dessus des vignes d’Anacapri vers Monte Solario) 

 
Le filmeur de nuages lévite sur la plage. 
La mer dicte et commente l’écriture quotidienne 
Avec la rumeur sourde des vagues et des remous. 
Le vent arrache les pages d’angoisse et les déchire. 
La mémoire souffle des bulles de savon vers le large. 
Il y a en nous un dépôt de mort qu’il faut enterrer ici. 
 
Poseidonia. Plus de deux mille cinq cent ans déjà 
Que les temples tournoient au-dessus du crâne du temps. 

Mais l’os maniaque creuse des trous avec une pelle d’enfant 
Dans la poussière de têtes tombées des métopes de la peur. 
Le chant du plongeur suspendu dans le vide entre vie 
Et mort nous illumine un instant : ainsi la poésie.  
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In memoriam 
 
Savoir depuis toujours que le père voulait que sur sa pierre tombale en granit
rouge corail soit écrite la formule latine « In memoriam ». Devoir lutter contre le marbrier qui s’obstine
plusieurs fois, incompréhensiblement, à écrire « in mémoriam » avec un accent aigu. Corriger l’erreur du
marbrier, jour après jour, avec acharnement et opiniâtreté. Avoir en mémoire le
récit de Rilke consacré au poète Félix Arvers qui, dans la tension de son
agonie, parvient à repousser le moment de sa mort pour corriger une religieuse
qui à côté de lui, prononce « collidor » au lieu de « corridor ».
« C’était un poète et il haïssait l’à
peu près
 », écrit Rilke. Ainsi le père. Contre le marbrier, à force de
résistance et de persévérance, obtenir finalement gain de cause. Mais nuit
après nuit, dans les pluies battantes des cauchemars, continuer à essayer,
encore et toujours, de mettre le feu à l’accent aigu comme si c’était essayer
de mettre fin à la mort.  
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Un site consacré à Michèle Finck
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