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Jean Métellus, Voix nègres. Voix rebelles. Voix fraternelles,

octobre 26, 2012

Source : dissidences 24/10/2012



Un compte rendu de Frédéric Thomas

Les éditions du Temps des Cerises continuent ce rare et précieux travail de publication de recueils de poésie. Elles nous offrent ici une dizaine de portraits épiques du combat pour l’émancipation des Noirs et pour la décolonisation, réunis par le romancier et poète haïtien Jean Métellus. Le livre s’ouvre sur la généalogie de cette lutte, sur ce point de rupture entre Occident et innocence – « Un soir d’innocence, ma joie s’est étranglée dans les sentiers de l’Occident » (p. 9) – dont il suit les soubresauts : « On crut entendre, en Occident / Grincer le remords telle une girouette » (p. 45). Les textes prennent tour à tour un ton didactique ou solennel, appuyé sur de longues citations, les échos de la situation haïtienne ou, parfois une inflexion lyrique froide et comme documentaire :

« Mais avant Steve Biko que de morts sans témoin

Constatées froidement par la police

À Prétoria

Après la disparition de L. Ngudle

Les prisonniers découverts inanimés dans leur geôle

Ou les passants gisant sans vie sur les trottoirs

Sont déclarés morts suicidés

À Worcester, à Port Elisabeth, et à Johannesburg

Ils meurent lors d’un transfert

En tombant par hasard du septième étage

Au Transkai, au Cap, à Durban

Ils meurent en glissant sous la douche

À Kimberley, à Maritzburg, à Butterwarth

On les découvre étouffés après une crise d’épilepsie

À Key Road ou ailleurs

On invoque des causes naturelles

La chute dans un escalier, le choc contre une armoire

Au cours d’un interrogatoire ou d’une bagarre

Que de morts sans date et sans raisons avouables » (page 102).

C’est peut-être en ces moments que sa poésie touche le plus, tant a vieilli une certaine forme d’épopée. Mais, alourdis quelquefois par leur caractère didactique ou démonstratif, ces poèmes prennent aussi ici ou là un ton non moins grave, mais plus léger, plus chantonnant :

« Où étais-tu sagesse ?

Quand nous buvions du fiel

Comme si c’était du miel

Comme si c’était le ciel » (pages 89-90).

Traversée de bout en bout d’espoirs et de souffrances, la poésie de Métellus reste foncièrement marquée par l’optimisme :

« Saluant matin et soir

Jour après jour,

Et d’heure en heure

La liberté et l’amour » (page 115).

Ce livre, publié la première fois en 1992, se centre sur les figures des luttes des années 60. Pas une seule femme ; et c’est à regretter car Angela Davis ou Audre Lorde – pour ne citer que ces deux noms – participent de ce combat et auraient eues toute leur place ici. Il est dommage d’ailleurs que ces poèmes ne bénéficient d’aucune présentation, d’aucune mise en perspective.

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