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Chantal Dupuy-Dunier, poèmes

octobre 23, 2012

Extraits

Extrait d’ Où qu’on va après ? L’Idée bleue éditeur

Et les écrivains – c’est terrible un écrivain,
ça s’imagine qu’on n’oubliera jamais
ni son nom ni ses livres.
– Plein d’illusions, l’écrivain ! –
alors qu’au plus tard dans mille ans,
il n’y aura personne pour s’en souvenir !
Ils meurent aussi, les écrivains,
même les académiciens.
Regardez : Alphonse Daudet,
il a pas survécu à sa chèvre,
ni au loup,
ni aux puces.

Extraits d’Èphéméride, éditions Flammarion :
( 14 août )
L’homme découvrant le tonnerre,
la force des fièvres et la perte du sang,
le froid d’un corps au visage de cire,
est tombé à genoux
sur la terre boueuse
et a balbutié le tout premier poème.

( 15 août )
Les signifiés du feu apparurent à l’homme.
Les formules des fièvres et celles du sang
tissèrent un rituel ténu
entre l’effroi et lui.
Mais jamais ne s’anima
la cire au visage des défunts.
Alors, l’homme érigea,
entre la mort et lui,
le rempart sonore des mots.
.
.
.
L’odeur du feu de bois
imprègne nos vêtements et nos cheveux.
Nous portons Encreux sur nos épaules,
sa terre lourde.
L’ancienne maison a pénétré nos pores,
le village est tatoué sur notre peau.
Mes mots sentent le chêne, le hêtre,
parfois le cerisier.

* * *

L’hiver baisse la garde.
Convulsions des dernières glaces.
Les rivières sont grosses.
Des lézards réveillent les pierres.
Quelque chose amorce un retour
que les poètes ont trop chanté.

* * *

Autrefois,
dans nos villages de montagne,
lorsque fondait la neige,
on descendait les morts des toits
pour les porter au cimetière.
.
.
.

Paysage du poème

Les mots de la forêt
possèdent la densité des verts.
À la base du ciel,
les montagnes inversent leur perspective,
creusent des encriers pour d’invisibles êtres
et les vallées saignent sous la morsure de l’herbe
offrant à la terre leur hémorragie.
Tout parle.
Aux lèvres des pierres,
le veilleur discerne, chant ininterrompu,
la voix des hommes disparus
mêlée à celle des dieux oubliés.
Poème chevillé au corps,
entends ce qui frémit sous le derme du fleuve !
– Le langage est tellement plus vaste que le réel –
Chaque mot recèle un nouveau soleil,
lumière au firmament des pages,
tant d’accords inédits,
chair du silence.
.
.
.
(17 mai)

Une révolution
s’organise au long des talus.
Le peuple des coquelicots,
calicots au poing,
envahit les prés.
Fragilité de la texture,
force du nombre.

(…)

.
(16 juillet)

La terre se craquelle,
remaniant la carte de la cour,
créant de nouveaux carrefours pour les insectes.
Partout la roche affleure sous l’herbe jaune.
Nous demeurons entre les murs épais
laissant les framboises sauvages
se dessécher sur les chemins.
Entre les pierres
fleurissent les lampes des joubarbes,
étoiles fuchsia.

.

(17 juillet)

Dans la bassine en cuivre,
tu tournes la confiture d’abricots.
Camaïeux orangés, lave sucrée.
Température et parfum s’élèvent jusqu’à l’étage.
La rampe en bois
transpire sous ma main.

.

(18 juillet)

Un scarabée
carrossé comme une Ferrari
fait lentement le tour
d’un pot de pensées.
Chacun de nos pas met en mouvement
un film accéléré de sauterelles et de grillons.

De quel monde
sommes-nous les insectes ?

.
(…)

(2 novembre)

Au cimetière,
la blondeur convenue des chrysanthèmes
ajoute à la monotonie
des morts trop bien rangés.
Il faudra la neige
pour le joindre au village.
Le gel des pierres tracera
quelques lignes nouvelles sur les caveaux,
autorisant l’émergence des racines.

Éphéméride. – Flammarion, 2009. – 373 p. – (collection poésie)
.
.
.

Bibliographie

Poésie
– La contrebandière des Sorgues (ou la mémoire de l’eau), Éd. La Bartavelle, 1992.
– Neuf fragments d’invisible (illustrations d’Odile Fix), Éd. La Bartavelle, 1993.
– L’Etang brisé, Éditions Albatroz/Le Manège du cochon seul, 1994.
– Clavicules des marges, Éd. La Bartavelle, 1996.
– Initiales (encres de Michèle Dadolle), Éd. Voix d’encre, 1999 (Prix Artaud 2000 ).
– Titre (ou coulisses des degrés), Éd. La Bartavelle, 1999.
– Sécantes de la paume (photos de Pierre Bastide), Éd. Albatroz/Manège du cochon seul, 2000.
– La Marche du milieu (encres de Michèle Dadolle), Éd. Voix d’encre, 2001.
– Et le vert dans la nuit (encres de Michèle Dadolle), ouvrage d’art, Éditions Artémis, 2003.
– Des ailes (encres de Michèle Dadolle), 2004, Éd. Voix d’encre.
– La parole redonnée au jardin, Éd. Encres Vives, 2006.
– Creusement de Cronce (encres de Michèle Dadolle), Éd. Voix d’encre, 2007
– Où qu’on va après ?  » (illustrations d’Elena Ojog), Ed. L’Idée Bleue, collection Le Farfadet Bleu, 2008
– Éphéméride, Éd. Flammarion, janvier 2009
– Saorge, dans la cellule du poème, (gouaches de Michèle Darolle, préface de Bernard Noël), Ed. Voix d’Encre, 2009
– Et l’orchestre joue sur le pont qui s’incline…, La Porte, 2011
– Celle, Ed. de l’Arbre à paroles », 2012

Littérature Jeunesse
– Un n’oiseau des z’oiseaux, Éd. Møtus, septembre 2008.

Auteur d’autres ouvrages d’art à tirage limité
– Ichinen (gravures de Clément Leca),
– Étang (gravure de Bernadette Planchenault),
– Lumière (exemplaire unique, peintures de Pierre Lafoucrière, calligraphies de Els Baekelandt, reliure de Carlos Sanchez-Alamo)
– Coupable guêpe, gravures de Bernadette Planchenault
– Vers verts, peintures d’Aaron Clarke.

Textes dans les revues
Regart, L’arbre à paroles, ARPA, Encres vagabondes, Phréatique, Rétro-viseur, Décharge, Les amis de Jean Sulivan, Midi, Lieux d’être, Voix d’encre, Contre-allées, Linéa, Hauteurs…


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